‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 229 sur 269 · SUBJONCTIF DANS LES CAUSALES ET LES FINALES · texte numérisé non relu

SUBJONCTIF DANS LES CAUSALES ET LES FINALES

§ 668. Les propositions causales ont naturellement l'indicatif : cf. les exemples p. 6')6-666. Il n'y a que I'ital. con cio sia cosa che qui puisse être suivi du subjonctif (cf. p. 666\ probablement par suite d'une attraction exercée par le mode de la proposition comparative qui constitue à l'origine la proposition verbale dont dépend la proposition causale. On est plus surpris de rencontrer le subjonctif dans des propositions introduites au moyen de como (p. 663) en moyen français, en espagnol et en portugais : cf. en franc, comme ils le priassent de leur vouloir écrire des lois (Amyot, LucuUus 4), en esp. como los principios en cual quier negccio scan dificultosos , en los que iratan de amor son dificultosisimos', en port. co7no estas ordems se nâo executassem com a preste^a que elle desejava, correu à grinalda (Gomes de Amorim, Am. Patr. 94) et aussi après puesto que : pues to que cause admiracion ver dos Don Ouijotes (D. Quich. 2, 72). Il est probable qu'il s'agit ici d'une imitation savante des constructions latines avec cum.

§ 669. Au contraire, il va tout aussi bien de soi que les propositions de but exigent, comme en latin déjà, le subjonctif : cf. des exemples p. 6()(>-6()%. Mais il reste assez étonnant, ainsi que déjà nous l'avons observé p. 676, qu'en roumain l'indicatif apparaisse après le de de but. Voici comment s'explique sans (715) doute cette remarquable dérogation à la règle commune des langues romanes. Le sentiment de l'existence du subjonctif s'est considérablement affaibli en roumain, attendu qu'en fait il ne subsiste plus que dans peu de cas une forme flexionnelle qui lui soit propre et que, dans la plupart des cas, l'emploi de sa pour introduire la proposition différencie le désir de renonciation (p. 150). Dès lors, si dans la proposition partielle aussi le subjonctif avec sa apparaît dans une mesure étendue, il s'agit partout d'une transmission directe de tournures déjà latines. Mais ici nous avons affaire à un cas tout nouveau. Deux actions sont unies entre elles, et peu à peu naît l'idée que la seconde est une conséquence de la première, ainsi que nous l'avons montré p. 629. Or cette conséquence peut être considérée comme existant effectivement ou seulement comme prédite, désirée par celui qui parle; mais, comme il n'exprime pas en réalité

dans sa phrase l'idée que la copulation n'implique ni identité, ni simultanéité, il ne marque pas, ou peut-être il ne le fait que par l'intonation, comment il faut interpréter la conséquence. Il se peu|: sans doute que de, par un développement ultérieur de sa signification de but, s'assimile aux autres propositions de but et se modifie en de sa.

§ 670. Dans les propositions temporelles se présentent, par rapport au latin, des divergences essentielles. Comme le lat. mm est perdu (p. 671), après ses représentants quando et como s'observe aussi non le subjonctif, qui serait étonnant et difficile à expliquer, mais l'indicatif (cf. les exemples cités p. 670) et, si dans le français primitif, le provençal, l'espagnol et le portugais on rencontre parfois le subjonctif, on peut y voir, ainsi que dans le cas analogue examiné p. 745, un latinisme. Sans doute, dans les langues de I'Ouest on trouve aussi le subjonctif après Q.UANDO, mais seulement quand l'action de la proposition subordonnée doit être représentée comme une action encore en perspective, dont on doit éventuellement poursuivre l'accomplissement et qui n'est pas absolument certaine : quando se rapproche donc de la signification conditionnelle, qu'il adopte souvent (p. 721), c.-à-d. quand la proposition verbale se trouve au futur : cf. los arroyos que me han de dar de beber cuando tenga gana (D. Quich. i, 2), mahana, disfra^ado, al (ji6) Hempo cuando vaya el sol en mitad de su jornada, Vendra â mi estancia (C, D.) ou dans les exhortations : cf. en port, quando a col era tenha tornado 0 auditor io, acrescenta-se, que tudo is to acontece porque os Portugueses querem (Gomes de Amorim, Am. Patr. 235). Ainsi nous avons déjà effleuré les cas où le subjonctif est usité dans toutes les langues romanes. Ce sont, comme en latin, du moins dans les commencements, les propositions de but, qui annoncent quelque chose qui arrive, et les propositions de priorité, car de part et d'autre l'accomplissement de l'action exprimée par la proposition partielle est non un fait, mais une possibilité. De même, les propositions mentionnées au § 598, étant donné qu'avec elles aussi il s'agit d'une réalisation conditionnelle de la proposition partielle, peuvent se présenter au subjonctif. Aux exemples donnés p. 674-677 et par lesquels on

§ éyO. 671. SUBJ. DANS LES TEMPORELLES ET LES MODALES 747

voit clairement aussi que l'on emploie le subjonctif et quand, il y a peu de chose à ajouter. Dans le français et le provençal règne une certaine tendance à mettre l'indicatif dans des propositions de but qui expriment l'état résultant d'une action : en a.îvanç. jusques à ce qu'on n'en a plus voulu (Rab. II, 17), en prov. tro la demanda qu'a faita a conquesa (B. Born 31, 7), et aussi dans d'autres cas, quand on est entièrement certain de l'accomplissement de l'action, l'on peut préférer la forme de la réalité : en esp. yo no sosiego hasta que iodo me lo explico (J. Valera, Com. Mend. 151) etc.

§671. En ce qui concerne les propositions modales, tout d'abord le, groupe étudié au § 606 présente absolument le même état de choses que les propositions conditionnelles de non-réalité (§ 686). Dans les propositions de conséquence et de résultat (§ 605 sqq.) apparaît le subjonctif quand la conséquence ou le résultat est chose encore intentionnelle (elles se rapprochent donc des propositions de but, § 669) ou seulement chose conditionnelle, attendue, admise et par suite aussi notamment quand la proposition verbale est négative : cf. en ital. andate in maniera che msstino s' aweda di nulla (Manzoni, Pr. sp. 15), costei fil dal padre tanto teneramente amata quanto alciina altra figliiiola da padre fosse giamniai (Bocc. , Dec. 4, i), en a. -franc, qui purreit faire que Rollan^ i fust înor^ (Roi. 596) et de même alors en franc, mod. place:(jle de manière qu'il soit bien ferme, la victoire ne m'est pas si chère que je veuille paraître avoir vaincu pour moi seul, l'air est aussi beau qu'il s'en puisse faire (Molière, Bourg. Gent, i, 2), je vous rends grâce autant qu'on puisse rendre de l'obligeant secours que vous m'ave:( (717) prêté (Sgun. 335) etc., en prov. falha ' m poders davas mon companhier de tal guisa que no ' m posca ajiidar (B. Born 15, 13), no es tan grans lo ronhos qu'en un sol morsel 0 en dos non l'enpasses (24, 39), en esp. non fui tan simple que tomase el caminod e Toledo, etc. A cette classe appartiennent aussi les propositions introduites au moyen de l'ital. senT^a che, franc, sans que (§ 710), lesquelles présentent le verbe au subjonctif quand elles excluent quelque chose qui existe seulement dans la pensée : en ital. sen:(a che alcuno 0 marinarç 0 al tro se ne accorgesse^

una galea di corsari sopravenne (Bocc, Dec. 2, 6), en franc, des dignités, des biens que jusqu'au bout du monde On suit, sans que l'effet aux promesses réponde (La Font., Fables 7, 12); au contraire, elles l'ont naturellement à l'indicatif dans les cas où sans que, dans le français du xvi^ et du xvii^ siècle, signifie « si ce n'est que » : sans que mon bon génie au devant nia poussé, déjà tout mon bonheur eût été renversé (Molière, Et. 433). Enfin le subjonctif est à noter dans les propositions comparatives (§ 610) en italien et en vieux français, plus rarement dans le français moderne : cf. en ital. non fu meno coraggioso questo ambasciadore che fusse il cavalliere (Sacch. 36), // ribaldo torno più presto che il suo padrone non se Vaspettasse (Manzoni, Pr. sp. 20) etc., en a. -franc, je vos aim plus que vus ne faciès mi (Auc. 14, 16), plus est plaine de grace que ne soit la panthère (B. Com. 98), en même temps d'ailleurs que, dans les premiers temps déjà, l'indicatif est également employé. Ici aussi le subjonctif exprime la concession.

Cf. A. Horning, Zs. V, 386-391 et F. Bischoff, Zs. VI, 123-124.

§ 672. Les propositions relatives, conformément à la diversité de leur signification (§ 631 sqq.), présentent un état de choses très varié. S'il va de soi que l'indicatif est le mode le plus usité, le subjonctif est cependant requis dès que la proposition relative, au lieu de la constater simplement, exprime une propriété ou une activité qui est seulement désirée, exigée, admise, qui est subordonnée à certaines conditions ou suppositions, dont l'existence reste douteuse, qui renferme en soi un sens de concession, en d'autres termes quand la proposition relative contient quelque chose qui peut être rendu par une autre proposition partielle au subjonctif. Quelques (718) exemples pourront suffire : en roum. leacurî care sa ne facà sa avem copit (Basme i, 23 : remèdes tels qu'ils nous fassent que nous ayons des enfants), en ital. si mandarono in ronda birri che cacciassero gli accattoni al la^:(eretto (Manzoni, Pr. sp. 28), non credi tu trovar qui chi battesimo ti dea (Bocc, Dec. I, 2), vi prego che con altri lo mettiate che sia più esperto di me (Serc. 358), largo perdonatore è stato a ciascuno che bene gli abbia fatio (Sacch. 22), anda^xj 0 non anda:^i che sia (153), 0 mal

$6j2. SUBJONCTIF DANS LES RELATIVES 749

0 ben che ti comandi (Arioste, Cass. i, 2) etc., en franc, ils cherchaient un prince qui voulût les recevoir sous sa protection, il n'y a pas d'ennemi qui ne puisse nuire, apprenons autre chose qui soit plus joli, ave:^vous un ennemi qui ne soit des miens, il est peu de sujets sur lesquels on ait tant écrit etc., en esp. el dia se acerca en que Sarago:(a sea castigada (Trueba, H. Cid 149 1), yo le dire cosas que le admiren, no habré nadie que me cono^ca etc. Une attention spéciale est due au cas où, par l'emploi de plus (magis^ ou d'un comparatif avec article, on extrait de toute la masse des substantifs de même nature celui auquel revient à un degré particulièrement élevé la propriété concédée

i. ou requise dans la proposition relative : cf. en ital. costui era uno dei più slretti ed intimi colkghidi scelleratèx^ che avesse Vinnominato (Manzoni, Pr. sp. 20) et aussi avete preso il solo partito onorevole che vi rimanesse (10), en a. -franc, au plus haut prince qui soit de mere nex (Aym. Narb. 2418), en franc, mod. c était le meilleur argument quon pût employer, puis je ne vois que nous deux qui soyons raisonnables, en prov. la gensor quel mon sia (B. Born 9, 30), 7non gang ai perdut el melhor rei que anc nasques de maire (26, 4), en esp. diciendole ser el mâs buen caballero que en ningun sieglo se hubiese visto (D. Quich. 2, 41).

• Mais ici aussi l'indicatif apparaît quand la proposition relative contient quelque chose de réellement existant, et à ce propos

■ il est encore à noter que le français moderne accuse plutôt une progression dans l'emploi du subjonctif: on a donc en ital. Calico f H la prima terra del ducato che invasero quel demoni (Manzoni, Pr. sp. 28), en a. -franc, coms fut de Rome del miel^ qui donc i eret (Alexis 4), des meillors qui el champ puedent estre (Roi. 2121), où la concession est exprimée par le verbe pooir, et même les mieux armés qui vindrent jamais en France (Commines 4, 5) et naturellement aujourd'hui cest le plus grand quon a choisi pour chef, en esp. la pa:{ es el mejor bien que los hombres pueden desear et aussi descnbri en el la mayor belle^a que (719) humanos ojos han visto (Nov. ej. 189). — Enfin c'est encore le subjonctif qui apparaît dans les propositions relatives intercalées et SANS ANTÉCÉDENT, notamment en ital. cF io sappia, franc. que je sache, esp. que sepa, port, que saiba, naturellement aussi avec d'autres personnes, ensuite avec d'autres verbes : en ital.

per quello che si dica (Bocc, Dec. 2, i), en a. -franc, que Turn oïst (Rou 2, 2207), ^^^ ^^ membrast et autr. locutions sembl. Dans ces cas, la proposition verbale est presque toujours négative, de sorte qu'on peut ici reconnaître directement le caractère concessif du subjonctif. Si on le trouve aussi dans une proposition affirmative : en ital. là chiesa, per quello che si dica, è si piena di gente che quasi ni una persona vi puo entrare (Bocc, Dec. 2, i), il faut probablement y voir également une concession : « conformément à ce que pourrait dire l'un ou l'autre ». D'un autre côté, on peut naturellement recourir partout à l'indicatif, et d'ailleurs le français moderne dit uniquement que je crois, que je pense. Sur les propositions relatives concessives, cf. §673; sur les conditionnelles, cf. § 688.

Cf. A. ToBLER, Beitràge i, 98-99 et 2, 14-20, Th. Kalepky, Zs. XVIII, 159-169.

§673. Dans les propositions concessives, on peut encore une fois, comme au reste en latin déjà, employer les deux formes verbales, selon que la concession renferme quelque chose de réel ou seulement quelque chose d'hypothétique. Mais, pour simple que soit cette règle fondamentale, on rencontre pourtant, si l'on entre dans les détails, des dérogations de toute espèce. En roumain, macar semble exiger toujours le subjonctif avec ou sans sa (p. 150). Pareillement en italien c'est le subjonctif qui domine, même dans des cas tels que io ii conosco ancor sie lordo tutto (Enf. 8, 39); c'est seulement quand il s'agit de faits absolument certains qu'apparaît l'indicatif : quantunque il rè Agramante non abborida di capitani, pur ne finge (Arioste, Roi. 14, 18), dovunque Vira e la gracia di Dio coglie l'uonw, quivi ed il bene ed il malegli convien sostenere (Bocc, V.); au contraire, on a aussi le subjonctif avec les relatifs de généralisation : che che sia etc. (cf. p. 714). En français, nous trouvons un état de choses plus caractéristique. Dans les premiers temps, conformément à la règle fondamentale, on rencontre souvent l'indicatif, notamment dans les propositions relatives de généralisation : qui quonques en la chambre entreient, lor semblantes i esgardeient (Troie 14643), con bien que d'autre part se dent. Si (720) li otroie quan k'il veut (Chev. II esp. 7219) et aux xv% xvi^ et

Page 1