SUBJONCTIF DANS LES CONCESSIVES
xvii^ siècles se manifeste une certaine prépondérance de l'indicatif non seulement après quoique, qui est en réalité issu d'une proposition relative de généralisation, mais aussi par analogie après bien que, encore que : cf. encore chez Molière la mienne^ quoique aux yeux elle n'est pas si forte (Éc. d. F. 1345). Mais ensuite les grammairiens philosophes introduisent l'emploi rigoureux du subjonctif, de sorte qu'au xviii^ siècle et dans la première moitié du xix* on ne rencontre presque plus l'indicatif. C'est seulement à l'époque actuelle qu'on se soustrait à une règle dont la forme routinière fait violence à la langue : cf. ils étaient si fers, bien qu'ils en riaient encore (Zola), malgré que je fus mal satisfait de mon arrestation, il y mit de la courtoisie et souvent ainsi, du moment qu'il faut insister sur la réalité du fait. Au contraire, il est naturel qu'on ait toujours employé le subjonctif dans des cas tels que l'a. -franc, mes qui qu en fust lie:^ et joian:^^, mes sire Ivains an fu dolan:^^ (Ch. Lyon 677) ou le franc, mod. ces raisons, si bonnes quelles fussent, ne pouvaient convaincre les visiteurs et autr. phrases sembl. L'espagnol reste fidèle à la règle fondamentale : cf. lo que una ve:( promete un caballero, procura complirlo aunque le cueste la vida (D. Quich. 2, 3 3) et /oj vestidos, aunque no eran muy buenos, hacian mucha ventaja à los que dejabaÇi, 31). On comprend qu'avec cuando concessif on n'ait que le subjonctif : en effet, cuando a d'abord un tout autre sens, et la concession réside uniquement dans le subjonctif; aussi cuattdo ne peut-il être employé dans les cas où, malgré la concession, le verbe se trouve à l'indicatif.
Pour le français, cf. A. Malmstedt, Stiidier i modem sprâkvetenskap utgifna af nyfiloJogiska sàllskap i Stockholm I, 59-69 et une interprétation différente de A. Tobler, Zs. XVIII, 408.
§ 674. Un dernier cas à signaler est celui-ci : quand deux PROPOSITIONS PARTIELLES de même nature et unies par et ou aut dépendent d'une même proposition verbale, la seconde peut se mettre au subjonctif: cf. en ital. conosceva conte spira il vento . . . e di che colore sia il nuvolb (Verga, Vita Campi 27), avéva visto come il fattore aveva potuto prender di mira il puledro . . . e gli fosse bastato il cuore per tirare il colpo (58), en a. -franc, por ce que vosveex a plain Que je n ai pas tort, se le plain. Et que ce soit
(721) san^^ jugement Qu'il suefre cest escillement (Ruteb, 26, 41), se ne te vueus par amor rendre Et te puesse par force prendre, Ja ni avra guardé parage (Thèbes 2749), se vus vole^ od niei venir e vus li vueuliei obéir . . . , ase^ avre:^ plus viande que ne voldre:( (M. France, Fables 26, 13) et de même alors de nos jours encore dans les propositions conditionnelles : s'il revenait et qu'il fît une réclamation, vous serie^ fort embarrassé ; si aucun accusateur ne se présente ou que l'accusation paraisse calomnieuse, les parents quittent le deuil, en esp. y como siempre los malos son desagradecidos y la necesidad sea ocasion de acudir à lo que no se debe, y el remédia présente ven^a el por venir, Gines acordà de hurtar el asno à Sancho (D. Quich. i, 23). Le procédé inverse est plus rare : en ital. io non so chi tu sie ne per che modo Venuto set quaggiù (^Enf. 33, 10), en franc, comme tous eussent soupe et qu'il y avoit largement gens qui (Commines 1,5), en port, para ver se conforme à sua sejaou se sâo dos de Chris to (Lus. i, 63). Dans les deux cas, il s'agit probablement d'une modification de la tournure projetée de prime abord. Dans le second, en effet, l'action exercée sur le mode de la proposition partielle par le verbe de la proposition verbale ou par la conjonction de la première proposition partielle pourrait bien avoir cessé de se faire sentir et l'on aura adopté la forme de la proposition complète; dans le premier, par un procédé contraire, la condition ou l'incertitude qui se trouve exprimée dans la conjonction ou dans le verbe de la proposition verbale, surtout aussi quand il s'agit non d'un fait, mais de la perception de ce fait, aura été oubliée et simplement exprimée par le mode du commandement ou de l'incertitude.
§ 675. Pour finir, il faut encore mentionner un cas très remarquable où s'opère le passage du subjonctif à l'indicatif. Le plus-que-parfait du subjonctif latin qui, dans les autres langues romanes, a été introduit dans la sphère de l'imparfait du subjonctif (§ 680), a conservé en roumain son ancienne signification de temps relatif, mais il s'emploie comme temps de l'indicatif: cf. la locul unde se împetrise frate-sàû, pâli ca dinsul (Basme 296, 19 : au lieu où avait été pétrifié son frère, il lui arriva comme à celui-ci), Impàratul se puse^e pe gdndurt, când
§ 675- 676. PASSAGE DU SUBJONCTIF À l'iNDICATIF 753
fiul sâû cel mat mie îî T^ise (29e, 23 : l'empereur était devenu rêveur quand son fils le plus jeune lui dit) etc. Il est vrai qu'en (722) même temps, à l'époque ancienne, il y a quelques traces de l'usage commun aux autres langues romanes : cf. nu-i cute:(a mimenea cà-l rugase (C B. i, 366, 7: personne n'osait l'interroger), mais la langue actuelle paraît n'en avoir rien conservé. Le changement de mode qui se rencontre ici et qui n'a son pareil nulle part ailleurs dans le domaine roman, est très surprenant, mais peut-être s'explique-t-il par les propositions temporelles où cum en latin s'employait avec le plus-que-parfait du subjonctif, tandis que le roman après quando présente l'indicatif (p. 746), de sorte donc qu'en pareil cas la forme en -sse a pu devenir l'équivalente de la forme en -ra.
§ 676. Dans un domaine assez étendu, on voit l'infinitif se substituer au verbe personnel, surtout dans les propositions RELATIVES et daus les propositions interrogatives subordonnées. Des textes de la moyenne latinité déjà et toutes les langues romanes, même le roumain, présentent cette singulière inexactitude d'expression après la locution non habeo auoD : cf. en roum, nau ce mdnca (Math. 15, 17 : ils n'ont que manger), nau avut de unde strange cârt (Gaster i, 69, 15 : ils n'ont eu d'où rassembler des documents) et de nos jours nau ce càutap'aci (Basme 148, 14 : ils n'ont que chercher par ici), nam ce :(ice {ij6, 6 : je n'ai que dire), naveaû dupa cebeaapà (174, 3 : ils n'avaient d'où boire de l'eau), navea unde pune picïorul (^i^^ , 3 : elle n'avait où poser le pied) etc., en ital. io non ho che fare nulla con la giustizja ; non aveva donde vivere etc., en franc, je nai que faire avec le gouvernement etc. et cf. aussi en a. -franc, ni ëussie^que demorer (Ch. Lyon 1626) et avec les formes unipersonnelles de avoir : H pères fu cortois, ni ol que ensegnier (H., Alexis 167), puis on s'est mépris sur la nature du que et l'on y a joint le de dont il a été question p. 458 : si ni ot que de l'avaler (Ch. Lyon 4165), si ni a mes que del monter (2623) et la même méprise se retrouve en espagnol : non havie que acabdar (Hita 129), non les tente que dar (Berceo, Mill. 253), non hay con quien tratar su rescateÇD. Quich. i, 40), en port, nào tendo a quemvencer na terra (Lus. i, 48). Il est
Meyer -l.ÛBKE, Grammaire III. 48
beaucoup plus rare de trouver en roumain l'infinitif avec avca affirmatif : amu ce scrie (Cod. Vor. 72, 14 : j'ai à écrire), aveaû ^i ei pe ce pune ochiî în casa /or (Basme 285, 19 : ils avaient eux (723) aussi sur quoi poser les yeux dans leur maison), sa prindeîî pdsàrele, ca sa avett ce mânca (33e, i : prenez des oiseaux afin que vous ayez de quoi manger). — L'italien va plus loin. Outre qu'il emploie l'infinitif après avère interrogatif et affirmatif, p. ex. domine, che hai tu che fare con cotesto villano? (Lasca 53), avevano ora di che lodarsi (Manzoni, Pr. sp. 28), on y trouve encore qui è questa cena e non saria chi mangiarla (Bocc, Dec. 2, 2), c' era che vedere e che ascoltare (Verga, Vita Campi 27), dar che ridire (Lasca 21), credi tu che mi manchi dove mangiare (Arioste, Supp. I, 2). En revanche, le vieux français, lui, présente cl peine une extension de l'ancien usage: il semble que Chrétien de Troyes n'a dit qu'une fois se favoie sur coi monter (Perc. 8335), donc dans la proposition conditionnelle, et savoir s'il avoit que mengier (G. de Dole 1068) se rapproche aussi beaucoup de avoir négatif; le français moderne va plus loin : cet obligeant amour a de quoi nie confondre (Molière, Femm. sav. 1477). Tout autre est la situation dans l'Ouest, où dès le début l'infinitif s'emploie dans une large mesure : cf. en esp. avemos que fablar (Cid 744), tant avien que veer (Berceo, S. Mill. 210) et aujourd'hui tuvo que guardar cama (J. Valera, Com. Mend. 55), tuvo que disculparnie (58), ô habia que mentir 0 habia que declarar que (114), où l'on voit qu'on s'est fort éloigné de l'usage primitif, car ici que n'est plus pronom relatif, mais conjonction, et tener a pris le sens de « devoir », de sorte donc que tuvo que équivaut à la tournure tuvo de (p. 368), puis daba que decir â todos (D. Quich. i, 24), le diô que llorar (Nov. ej. 167), dijo como su sehor se habia de poner en camino ô procurar como seer emperador (D. Quich. i, 26), acudiô Sancho â su asno para sacar de las alf or j as con que limpiar se y con que curar â su amo (18), buscar adonde alojar (i, 10), por ver si hallaban puer ta por do irse (Nov. ej. 173), hallaban alguna cepa vegetal, donde fijar y alimentar las raices (J. Valera, Com. Mend. 62), no tne queda mâs que ver (Caballero, Nov. no), enfin dar ôrden como sacar â vuestro amo de aquella inûtil penitencia (D. Quich. i, 26). Même usage en portugais: hajam que retraer (Graal 14), se