Le Cas Oblique en Français et en Provençal
§ 37. Le cas 0BLIQ.UE EST LE CAS DE l'objet DIRECT : il Correspond donc en cet emploi à l'accusatif latin, ce qu'il serait superflu de confirmer par des exemples. En outre, abstraction faite des exceptions citées au § 36, c'est le cas employé après les PRÉPOSITIONS : ici il correspond donc à l'accusatif et à l'ablatif latins; cependant il a déjà été montré (II, p. 29) par un exemple du premier siècle de notre ère que la langue populaire avait une tendance marquée à faire usage de l'accusatif après toutes les prépositions. Ici encore il est inutile de donner des exemples. Puis le cas oblique est usité dans le sens du génitif latin, mais seulement quand le déterminatif est un nom de personne, un nom propre ou un nom de chose appliqué à une personne : en a. -franc, la chambre son pedre (Alex. 1 5 d), el nom la virgine (18 d), l'onor mon père (Aiol 768), frères sa feme (Villeh. 91), en la voluntei le roi (Mén. R. 52), la feauté V empereur (Villeh. 1 14, 5 : la fidélité à l'empereur), en l'ostel le légat (16^} etc. ; en prov. ses Deu licencia (Boèce 19), lo fis Mallio Torquator (40), la terra mas enfans (B. de Born 20, 42) etc.; cf. encore § 42. Dans cet emploi restreint, mais cependant un peu plus souvent aussi avec les noms d'animaux, le cas oblique se trouve au sens d'un datif : en a. -franc, sagrament que son fradre Karlo jurat (Serments), fut presentede Maximiien (Eul. 11), Deu porofrit le gu^nt (Ko\. 2365), ne porrés men père faire honte- (Ane. 10, 67), // nums Joyuse Vespee fu dune:( (Roi. 2508), // un les autres dient
Meyer-Lubke, Grammaire HI. 4
(R., Alise. 499), sonceval ahati le frain (Perc. 24445)5/0/ qtie devex la vraie croi^ (Ccy 2574) ^^^-i ^^ prov. venc Boeci ta grauT;^ dolors al cor (Boèce 41), Boeci anc no venc e pesât (67), demandet Arloy, al cortes dragoman (Appel, C. 6, 3) etc. Enfin il représente I'accusatif de dimension du latin, très rarement au sens de lieu : la roelle... estait xupiés lée (FI. Bl. 859), plus souvent au sens de temps : H mien barun, nurrit vus ai Jung tens (Roi. (48) 3374), quin^ainne se sunt reposé (J. Condé I, 215, 1496); en prov. Bascol que ' usa loncx temps amada ÇAppel, C. 5, 243), ou bien au sens abstrait : en a. -franc, moult vous ain:{ grant masse (Jourd. 2125) etc.
D'autres exemples du cas oblique, au sens du génitif et du datif, de mots qui ne désignent pas proprement des personnes, sont donnés par A. ToBLER, Beitrâge I, 60 sq., 174 Rem.
§ 38. Mais outre cela le cas oblique français notamment continue I'ablatif latin, en partie dans des formules stéréotypées comme le lat. hac parte et autr. sembl., en a. -franc, qualez^vos ceste part querant (Érec 165), il na point de mal autre part (Ch. Lyon 2972) tûtes par:( (S. Thom. 71, 20), dites quel part vos vorroiz^ or aler (Charr. Nîm. 822) ; le prov. emploie part tout simplement comme préposition : part l'arbre sec (B. de Born 4, 42 : au delà de, v. § 126); puis en a. -franc, che^, le:{ (près de, § 126); monvuel (suivant ma volonté), en prov. dMssïson talen (Flam, 39); en a. -franc, mal gre (contre le gré de) : un coup li a done, sel porte a terre maugré suen (Ch. Lyon 4493), il Vauera tot maugre vostre (Ferg. 158, 33), maugré Vain^née seror (Ch. Lyon 618 1), en prov. mal grat dels fais lau^engiers (R. d'Aurenga ap. Appel, C. 19^ 40), mal grat d'amor (R. de Vaqueiras ap. Appel, C. 27, 30) etc. ; merci (grâce à) : cist camps est vostre la mercit Dieu (Roi. 2183), mes vos la vostre grant merci nii enorastes (Ch. Lyon 1012), par cestui qui, soe merci, m'en a seue anjusque ci (5947) et rarement grace : le grace Dieu nous avons bien fait (R. Clary xlix), en prov. merce Dieu e ma noyrissa (Marcabrun ap. Appel, C. 64, 12), domna, dis el, vostra merce car digati (Appel, C. 3, 589); foi (par la fidélité, foi) dans les expressions particulièrement fréquentes foi que doi saint Piere (Ferg. 158, 32), foi que doi diu (FI. Bl. 1049),/?/ que vos deve^
§38. LE CAS OBLiaUE EN FRANÇAIS ET EN PROVENÇAL 5I
le roi (Ch. Lyon 128), en prov. Domna, vers es, fe que dei vos (Appel, C. 3, 465); escient, qui n'est pas tout à fait populaire : mien escient dons cen^ an:( ad passet (Roi. 524), en prov. anc no ' n vishella^or mon escien (G. de Poitou ap. Appel, C. 59, 17). Enfin doivent encore appartenir à cette classe l'a. -franc. // vint ancontre ans h pas (Ch. Lyon 4479, au pas), tot le pas, plus que le pas, chah pas (IV Liv. 25), sun petit pas (Roi. 2227), le grant pas et autr. sembl., puis aussi avec d'autres termes Den^^ de la sale uns veltres avalât, que vint a Carie les galops et les sal:{ (Roi. 731), descent a pied, alex^ i est pleins curs (2878), la pucele va (49) Vamhleure vers le chevalier (Érec 159), // ctiens Guillaumes les enchauce grant erre{Conr. Louis 2168 var.); le prov. quanc non estey iorn d'Arago que ' l saut no y volgues ir (Arnaut Daniel ap. Appel, C. 25, 41), s'en anet lo gran trot (Appel, C. 9, 57) etc. Ensuite on trouve le cas oblique avec la même valeur exactement que I'ablatif de temps latin : le lat. hoc anno donne en a. -franc., prov, cest an et autr. sembl.; una vice (une fois) devient en a.-franç. une foi:(, prov. una ve\, et de là naît alors mainte autre locution analogue (v. § 52); en revanche, le cas oblique sert plus rarement à rendre I'ablatif de mesure : cf. par exemple Li chevaliers . .. fu ... plus grani de moi la teste tote (Ch. Lyon ^26), plus haute fu deus grans pies mesurés (H. Bord. 10136). En ce qui concerne l'idée de temps, le htm. tertio die ante est devenu en ancien français tier:( fur devant ço que David revenist (IV Liv. 114); quant à celle de valeur, le traducteur des Dialogues du Pape Grégoire rend le lat. equum suum duodecim aureis vendidit par il vendit son cheval do:(e besan:^ (Dial. Grég. 37, 18), et l'on peut s'exprimer de même avec vendre, acheter et coûter : cf. pour ce dernier il vosist qu'il fussent tuit ars, si li eust costé mil mars (Ch. Lyon 1277). Ainsi s'exprime alors aussi le prov. : Catola, anc de ren non fo près un pas (Appel, C. 85, 45), Vavia vendut XXX d. d'argent (116, 59). Enfin il faut citer les locutions correspondant à I'ablatif absolu du latin et propres surtout au langage épique; elles se composent d'un substantif et d'un participe ou adjectif, et s'attachent au sujet ou au régime avec une valeur de prédicat : Paien chevalchent Halbercs vestu^ et lur brunies dublées, Healmes lcu:iei et ceintes lur espées (Roi. 710), Erec chevauche lance droite (Érec 747), to^^ nus
pies et en lange men irai outre mer (Ren. Mont. 337, 8) etc.; en prov. la reine au master en vait pe^ nu:( (Gir. Ross. ap. Appel, C. I, 5 51) etc.
Cf. H. Nehry, Ûber den Gebrauch des absoliiten Casus oUiquus des altfraniôsischen Suhtantivs, Diss. Berlin 1882.