PHRASE CONDITIONNELLE DE NON-RÉALITÉ
à la proposition verbale : cf. en ital. e se non fosse che da quel precinto Più che daW altro era la costa corta, Non so di lui, ma io sarei ben vinto (Enf. 24, 34), en a. -franc, por la dame que veoie Descendi de mon cheval; Car a nul fuer ne voudroie Que je li fasse mal (Rom. Past, i, 40, 19), en esp. ni irie à la eglesia nin à ningun mandado Que el su nomne ante non fuesse aclamado (Berceo, Mil. 102) ou bien dans une proposition relative : qui al quisiese série su ocasion (Cid 3460), en port, encore aujourd'hui : 0 que 0 satisfaria mais, seriam- artigos tremendos n'um jornal (Cr. Padre 318). En- même temps on trouve alors dans un domaine étendu si habuissem dederam aussi bien au sens de si habuissem dédissent que de si haberem darem. Pour r ANCIEN italien, cf. chi volesse salir di notte, fora egli impedito d'altrui (Purg. 7, 49); pour le vieux français, on ne peut citer qu'un exemple et qui n'est pas même absolument sûr : melx ii fura, non fusses nax (Passion 38); en provençal, l'emploi est plus fréquent : reis dels cor tes foret^, senher, si acset:(^ mais viscut (B. Born 26, 15), tost Vagra ' l reis joves matât. Si ' l corns no ' l naguess essenhat (14, 7); dans le plus ancien espagnol, il se rencontre avec le sens originaire : si ellos le viessen, no escapara de muert (Cid 2774), tanto no se la^drassen, non se vieran vengados (Alex. 721) et aussi de nos jours encore si no temiere asustar à su prima, le hubiera dado un cuarto conato de vahido (Galdôs, Font. 288), plus rarement avec changement de temps : mejores parescieran si fuesen bien pensados (R. Pal. 1398) et aujourd'hui no lo creo ni creyera à mis ojos si lo viesen (Am. Ter. 3, 5). Même usage en portugais : sse via chamar (756) per sen nome quem 0 nunca vira nem houvira, sse l he nom fosse demostrado per nos so Ssenhor (Rom. XI, 370), se ella nom fosse ^ nom leixara el em nenhuma guisa que elle nom viesse a esta festa tant grande (Graal 12) etc.
§ 688. Par un développement ultérieur, on rencontre alors une ATTRACTION du mode de la proposition partielle sur celui de la proposition verbale, phénomène qui se produit de deux façons différentes. À la place du subjonctif se présente l'indicatif, MAIS SANS aUE LE TEMPS SOIT CHANGÉ, OU BIEN DANS les deux PROPOSITIONS APPARAÎT LA MÊME FORME VERBALE. Lc
premier procédé est celui du français : cf. en a. -franc. Nuit est tute pleniere La u nen at lumière, E tu:( tens durereit Se H soleil^ nesteit (Comp. 313), se tu voloies aler Ci près jusqu'à une fontainne, N'an revandroies pas san:^ painne Se tu H randoies son droit (Ch. Lyon 373); il n'est donc pas encore dans le Roland, mais au cours des siècles il a pris une extension toujours plus considérable, et il est seul employé dans le français moderne; il en est de même en provençal : anc paires tan gran mal no trais Per sa filla con ieu trairia S'enaisi tos tems la perdia (Flam. 24); il n'est pas rare non plus en italien : di certo mi avrebbe guidato a morte se Vaiuto vostro badava troppo a soccorrermi (Lasca 168, 10), se Lucia non faceva quel segno, la risposta sarebbe probabilmente stata diver sa (Manzoni, Pr. sp. 3) et il est remarquable qu'il s'emploie pour le passé. En revanche, l'Ouest dit SI habueram dederam, et c'est la construction habituelle en espagnol depuis la fin du xiv^ siècle ; elle s'emploie avec une fréquence toute particulière au xvi= siècle, mais ensuite elle redevient plus rare : cf. si de lo oculto hablar te pudiera, no fuera necesario alter car tan miserablemente estas r axones (Célest. 8), en port, se mais mundo houvera, là chegara (Lus. 7, 14). Les propositions relatives qui renferment une condition (p. 712) se comportent naturellement de même, mais en outre c'est peut-être par suite d'une attraction dont on trouve ailleurs aussi des exemples précisément dans des propositions relatives : en franc, qui le verrait, dirait, en prov. e qui ' m diria m'en partis, Faria ' m morir de era (B., C. 44, 24). — Mais alors comment £iut-il expliquer l'indicatif? On doit envisager ici deux choses. D'abord on peut exprimer la nonréalité en transportant simplement l'action dans le passé, sans qu'en même temps le mode de la non-réalité soit nécessaire (737) (S^- là-dessus § 689). Ensuite il faut examiner la signification fondamentale de *dare habebam, car cette locution est déjà antérieure à l'époque romane, et ce n'est point p. ex. une forme ital. daria etc. fixée dans sa signification qui a pris la place de dassi. Si habuissem, dare habebam signifie « si j'avais, j'avais à donner, je devais donner ». Or, quand on dit cela, si l'on pense au fond en le disant « mais je n'ai pas eu », il en résulte purement et simplement ce rapport avec le passé qui a été.