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LE PROHIBITIF

SOUS l'influence de l'impératif. Au reste, il se rencontre également ailleurs, p. ex. dans le Nord de l'Italie déjà au moyen âge, ensuite en macéd. nu n me kreapà (Weigand, Arum. 56, 5 : ne m'excite pas), de même qu'à l'inverse se présente ici une tournure macéd. sa nu d:(itsi {^2, 12 : ne dites pas) correspondante à l'esp. no digais. Peut-être y a-t-il encore lieu de rappeler que, précisément avec l'infinitif prohibitif, on aime tout particulièrement à employer le pronom personnel sujet : en roum. nu te face tu (Cânt. Mold. 324, ne fais pas semblant), ce qui arrive surtout fréquemment en vieux français.

§ 705. En ce qui concerne la négation dans les propositions PARTIELLES, on sait qu'en latin les verbes signifiant « craindre » ne sont pas suivis d'une proposition-régime, mais de la tournure exprimant la répulsion : ne veniat, tinieo (qu'il ne vienne pas — je le crains). Dans ce sens, le roman a d'abord introduit l'emploi d'une proposition-régime avec^w^; mais au début il conserve encore la négation et, sous l'influence des grammairiens, le français littéraire exige encore actuellement je crains qu'il ne vienne. Mais, un usage plus conforme au génie des langues romanes, c'est d'assimiler à toutes les autres aussi les propositions partielles qui dépendent des verbes exprimant la crainte, et c'est ainsi en effet que dans le discours direct nous ne trouvons plus la négation. Tel n'est pas seulement l'usage dans la plupart des patois, p. ex. dans ceux des Grisons et du Tyrol, car il se présente également assez souvent dans les langues littéraires : cf. en ital. noi ci concentriamo tutti in noi stessi, temendo che la nostra ventnra possa diminuirsi (Foscolo, V.) ou en a. -mil. havcr tema he Vinimigo vorax te possa mai comprende (Bonv., F 67), en a. -franc, jome crendreie que vus vus meslissiez^ (756) (Roi. 257), crie m qtiele seit perdue (Voyage Charlemagne 322) et ainsi encore en moyen français, et même au xvii^ siècle cette tournure n'est pas inconnue chez les poètes classiques ; l'espagnol et le portugais enfin ne connaissent absolument plus la négation dans ce cas; il est vrai qu'il se trouve pourtant chez Cervantes encore d'assez nombreux exemples de son emploi.

§ 706. Ensuite il faut citer une série de cas où le latin introduit le plus souvent par ne ou quin une proposition-régime et

OÙ les langues romanes, également fidèles encore à l'ancien usage traditionnel, se servent de que non. Ce sont tout d'abord les propositions-régimes dépendant des verbes qui signifient NIER, DÉFENDRE, ÉVITER, EMPÊCHER : ainsi en ital. negare, vietare, impedire, evitare, guardarsi, p. ex. negarono che taie parentado non si facesse (Serc. 32e), guarda che per la vita tua da quinci innan^i simile novella non sentiamo più (Bocc, Dec. 7, 8), en franc, empêcher, éviter, prendre garde mais plus défendre, tandis qu'on disait en a. -franc. : jo vus defent que ni adeist nuls hum (Roi. 2438) et qu'on pouvait encore au xvi'= siècle s'exprimer d'une manière analogue, mais on dit donc également de nos jours : la pluie empêchait quon ne s'allât promener, évite:( quil m vous parle, prene^ garde quon ne vous séduise, en esp. prohibir, defender, evitar, guardarse : prohihimos y defendemos que en el nuestro consejo . . . ninguno pueda ser abogado; era Erastro un ràstico ganadero, pero no le valiô tanto su rûstica y selvâtica suerte que defendiese que de su robusto pecho el blando amor no tomase entera posesion (Cervantes, Gai. i), por evitar que no se aumente la dura pestilencia (Num. 3, i), guardaos que no descubrais viiestro secreto et de même en portugais. Ensuite non seulement après les verbes négatifs, interrogatifs, conditionnels qui signifient nier, empêcher, douter, hésiter, mais aussi après ceux dont le sens est ne pouvoir s'empêcher, ne pas éviter, ne PAS changer : cf. en roum. nu ma îndoesc cà nu va (je ne doute pas qu'il ne veuille), en ital. io non dubito che voi non dobbiate vivere il più consolato signor del mcndo (Bocc, Dec. 10, 10), io non posso negare che la fortuna e la militia nonfussero cagioni deW imperio romane (Mach., Disc, i, 4), chimi vieterà dunque che io non prenda tutti i danari (Lascà 38), non posso fare che non mené dolga, non lascio che non vada, en franc, je ne nie pas, je ne doute (757) P^^ ^"^ ^^^^ *^^ ^^^'^> ^^ a. -franc, jo ne lerreie pur tut l'or que Deus fist, Que ne li die (Roi. 457), nale^ja plus delaiant Qu'au piéne l'an ailliez cheoir (Ch. Lyon 3976), ne puet remaindre que grant estor ni ait (B. Ant. 1223), en prov. ens Peire Gui nom poc laissar Que non Vavengues a plorar (Flam. 3573) etc., en esp. no niego que no pudiese hacerlo, no se pudo contener de no cortar la balija (Nov. ej. 3) etc. Si facilement que puissent s'expliquer tous ces cas par un croisement de deux manières de penser.

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