PRONOMS-SUJETS ET ARTICLE
de forme prépositionnelle (p, 77). — C'est seulement en roman que sont devenus proclitiques les pronoms-sujets, notamment dans les cas où ils ont pris le rôle de compagnons plus ou moins fixes du verbe (p. 367). Ce fait se trouve en (763) opposition directe avec l'usage du latin qui, au début de la proposition, dit sedeo ego cantabundus (Pétrone 154, 4), accipimus nos (84, lé) etc., de sorte donc qu'on pourrait croire à un renversement complet de cet usage. Mais, en réalité, voici comment les choses se sont passées. En latin, le pronom était exprimé quand le verbe ne venait qu'après coup, mais qu'on voulait déjà indiquer le sujet, en d'autres termes quand l'ordre logique, en vertu duquel on plaçait dans des circonstances déterminées le sujet en tête, entrait en conflit avec l'ordre grammatical, qui plaçait le verbe à la fin : ainsi nos jam ad triduum perveneranms (Pétrone 78, 3). Or, l'habitude de placer le pronom au début de la proposition quand le verbe ne venait que plus tard se développant toujours davantage, peu à peu ce pronom perdit de sa plénitude de tonalité; mais il a néanmoins persisté lorsque, conformément à l'ordre roman des mots (§ 746), le verbe recevait la seconde place dans la proposition : ainsi de nos jam ad triduum pervenerâmus, en passant par nos jam pervenerâmus, on arrive à nos pervenerâmus et dès lors tout naturellement à nos-pervenerâmus .
. § 714. Ensuite, encore une fois comme une création romane, il faut citer I'article, qui est en général proclitique et n'est enclitique qu'en roumain. Le latin dit ille hovio et homo ille, puis naturellement homo ille bonus, domus illa regis etc. On pouvait le placer en tête partout où le substantif ne se trouvait pas au commencement de la proposition, ce qui devait donc en réalité se produire dans la majorité des cas, et cette prédominance ensuite a finalement entraîné les autres cas après que ille, par suite de l'affaiblissement de sa signification et de son étroite corrélation avec le substantif, eut passé de son état primitif d'enclitique à celui de proclitique. Un phénomène plus surprenant, c'est la divergence qui se constate dans le roumain, lequel s'accorde en cela avec l'albanais et le bulgare, de manière qu'on ne peut s'empêcher d'admettre dans ce cas
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une influence réciproque ou une origine commune, sans que cependant jusqu'ici l'on ait réussi à établir avec quelque certitude le point de départ de cette singularité. Du reste, le vieux roumain présente aussi des exemples d'article préposé, et notamment le datif luQ) en vieux roumain et de nos jours (764) encore en Istrie et dans les Balkans se met devant le substantif et surtout devant les noms propres : eu marule lu Pavelu (Cod. Vor. 4, 7 : avec les mains de Paul), ^ise lu Pavelu duhulu (j, 4 : l'esprit dit à Paul), puis aie lui Christosu sirasti (146, 14 : les souffrances du Christ), de sorte donc qu'originairement, suivant les cas, l'une ou l'autre tournure était possible. Mais il est à présumer qu'en roumain, avant que n'intervînt une solution dans le sens que présentent les autres langues romanes, l'exemple d'un peuple voisin aura fiiit pencher la balance en faveur de la postposition. '^^^ «.(^1
Sur les diverses interprétations de l'article postposé et sur d'autres cas encore, vraisemblablement plus récents, d'article préposé, cf. -\ Zs. XIX, 505-509. »''^» ^"^"^ ^^ (Mhi.^ ,(î.l)o.
§715; E» 'opposition avec les mots cités jusqu'ici, les pronoms-régimes, auxquels on peut naturellement rattacher aussi les adverbes ibi et inde (p. 82 sqq.), sont originairement ENCLiTiauES. Quand le régime d'un verbe est déjà énoncé dans ce qui précède, il n'est pas toujours nécessaire de le répéter ; dans certains cas, en effet, il peut arriver qu'il se trouve, encore si vivement devant nos yeux qu'il devient inutile de l'exprimer de nouveau comme régime d'un verbe qui suit. Mais on peut aussi, pour motif de clarté, rappeler ce régime par un mot qui sera atone précisément parce qu'il n'a pas de sens par lui-même, mot qui se place aussi avant que possible dans la proposition, car il doit exprimer la relation avec ce qui précède. C'est ainsi qu'on dit en latin ânw te et non le ânio, per te Deos obsecro, quo tu me modo voles esse etc. Cet ordre du latin s'est particulièrement bien conservé en vieil espagnol et en vieux portugais, mais toutefois là dans une mesure plus restreinte qu'ici : en effet, chez Berceo p. ex. on n'en trouve presque aucune trace en dehors des usages communs à toutes les langues romanes (§716); mais le Cid, l'Alexandre,