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ORDRE DES PRONOMS-REGIMES EN ESP. ET PORT

D. Juan Manuel etc. en offrent de nombreux exemples, de même que plus tard encore l'Amadis; il est vrai qu'ici l'on pourrait songer à une influence de l'original portugais. On dit donc en a.-esp. en guisa que la non pierda (L. Gaza 25, 10), la caça comnio la el ordim (3, 7), la cosa del nimido de qiie se ellos mas espantan (16, 16), si lo yo saber piœdo (Alex. 34), desque se ombre vuelve con ellas una ve:^ (49)» quien se à el (765) llegava (112), porque lo muy veya oiiorado (177), veo que se non gabarà elle d'esté mercado (215), si lo por bien toviesses (291), si lo yo hallo (Amadis 18 b), si te non otorgan (22 b), que lo yo fallé (8 b), que lo tan bien guardava (8 b), en la non conocer (13), si me Dios remedio no pone (33), de se mejor defender (14 a) etc. L'emploi de l'enclise est donc encore plus prononcé en VIEUX PORTUGAIS : lo filho que Ihes Deus dara (Aleixo I, 13), hum forno onde-o elle mandava (Rom. XI, 382). todas triste:{as que Ihe os tens servos fa^iam (Aleixo 6, 23), pois se el partia (Graal 3), se me Deus valha (54), como Ihe nos farernos (11), quando vos Deus deu tal gracia (16), que se nom pode suffrer de chorar (3), porque 0 assim aventos perdudo (Aleixo 3, 12) etc. Il est vrai qu'on constate ici aussi des tendances à joindre le pronom au verbe : cf. asi Deus me conselhe (Graal 52), se Deus me ajude (60) à côté de se me Deus ajude (24) et surtout avec un sujet pronominal : que eu a descokro (22), que nos 0 achanws (Aleixo 7, 4) et autr. cas sembl. Mais ils sont cependant en nombre notablement inférieur et, si le portugais dans son développement historique a subi peu à peu un changement qui dans les langues-sœurs était presque accompli déjà avant les débuts de la littérature, jusqu'aujourd'hui pourtant l'ancien ordre, sans toutefois être une règle, s'est maintenu notamment dans les propositions négatives avec que ou dans celles qui commencent par e, jA : cf. os dons irmàos nào se achavam corn mais anima do que ella para tentar conversa (Diniz^ Pup. 162) à côté de uma lucta que 0 nào deixou repousar (162), habito que se ganha de peqmno e se nào perde mais (41), jà se nào repara nessas cousas (139) et aussi como queni se nào dava por satisfeito (164), que 0 irmào Ihe nào queria revelar (164), teve a prudencia de se nào dar por entendido (6')), queres que eu me nào entretenha a ouvil-o

(170), até agora tinha raxfto para nào me hnportar con ellas, por menàojulgar culpada(^ij')^, puis avec une disposition nouvelle 0 que nào o affligia dentasiadamente (165)^ e nào os podiajustificar (164).

§ 716. En dehors de ces cas, la règle pour toutes les langues (766) romanes est que le pronom s'unit immédiatement au verbe, c'est-à-dire qu'il le suit quand le verbe commence la proposition ou qu'il est précédé de la conjonction et, magis (mais); sinon, le pronom vient en premier lieu. Ainsi, pour nous servir de termes latins, on dit en ancien roman : pater me videt, non me videt^ sic me videt, nunc me pater videt, potest me videre etc., mais videt me, vide me, et videt me, magis videt me. Telle est la règle absolue en vieux roumain et en vieux français, sauf une exception qui va être examinée; elle est un peu moins rigoureuse en vieux provençal ; nous faisons entièrement abstraction des langues de l'Ouest; or, la raison de cette règle, c'est précisément que les pronoms à l'origine sont toujours enclitiques, ce qui fait qu'ils ne peuvent pas non plus se placer en tête de la proposition. Si l'action exercée par et et magis est identique, la cause en est peut-être, pour et, dans les rapports d'accentuation (§ 726); pour magis, elle peut s'expliquer par le fait que, conformément aux observations formulées p. 618 sq., le membre de phrase se mettait primitivement derrière et non devant magis. On dit donc en a.-ital. or m'ajutate mais ajutatemi, vedolo mais non lo vedo, sapetelo mais chi lo sa, viejie e portalo, verra e poi lo portera, non lo so ma credolo mais àetto nielo hanno, ma non lo credo etc., et il en est de même dans les langues-sœurs. Mais il est vrai que pour chacune d'elles il reste encore des cas divergents à examiner.

§ 717. En roumain, le pronom a conservé son ancienne place avec l'impératif et avec le subjonctif optatif; son caractère enclitique apparaît nettement lorsqu'il y a copulation entre deux impératifs : prindeti-u de 0 legati (C. B. 2, 147 : prenezles et liez-les); si rend naturellement l'enclise possible (cf. § 726). Il est à noter que jusqu'aujourd'hui le pronom est SÉPARÉ du verbe PAR mat, prea et tot : nu-l mat schimba (C. B. I, 358, 10 : il ne le changea jamais), undese mat au^ise (Basrae

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267, 21 : OÙ s'entendit-il jamais), acum te mal rog Ç^<), 36 : de plus je te prie), {i 0 prea îndràgi împàratul (366, 28 : et l'empereur s'éprit fort d'elle), nu-4 prea era bine (264, 8 : il n'était pas très bien), se tot întorcea pe lângà dînsul ^i se tot uîta pe de toate pârtile la el (72, 9 : il tourna tout autour de lui et regarda de toutes parts après lui). Si d'après le § 745 on ne s'étonne pas autrement de trouver aussi prea et tot placés immédiatement devant le verbe, il y a pourtant lieu d'observer (767) que ces trois adverbes se sont combinés avec le verbe de manière à former directement avec lui des groupes fixes. Cf. H. TiKTiN, Zs. IX, 590-596.

§ 718. De l'ancienne règle, I'italien aussi n'a plus conservé que l'enclise avec l'impératif, danivii; mais dans les premiers temps il l'avait généralisée de la manière indiquée au § 716, avec cette seule réserve que déjà chez Dante se présente parfois l'ordre suivant : e -f- pronom + verbe, auquel l'influence du provençal, qui est ici beaucoup plus libre (§719), n'est peutêtre pas complètement étrangère. De même, lorsqu'une communication débute par une proposition partielle et qu'en tête de la proposition verbale figure le verbe avec un pronomrégime, alors dans la majorité des cas le pronom vient après le verbe, p. ex. quando verrai, racconterolti tutto, plus rarement ti racconterà tutto. La transformation de l'ancienne tournure en la nouvelle ou bien, en d'autres termes, le fait que les cas relativement rares où le verbe était placé en tête de la proposition ont été assimilés à la grande quantité de ceux où le verbe est à l'intérieur de la proposition, pourrait avoir commencé à se produire dans la seconde moitié du xiV siècle et avait d'abord occasionné une période de confusion, période où le pronom s'unissait aussi à un verbe à l'intérieur de la proposition, jusqu'à ce que finalement l'enclise disparut complètement dans renonciation; c'est tout au plus si avec le réfléchi :. dicesi^ trovansi, elle traîne encore une pénible existence. Mais une mention spéciale revient encore à un cas particulier. Déjà chez Sacchetti on lit essendosi adunche posti a tavola, il detto gonfahmieri in capo di tavola, il maestro Ditto allatogli (871), phrase où il n'y a pas de verbe, où le pronom suit comme

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enclitique le mot avec lequel il est pour le sens dans la relation la plus étroite. On voit donc combien fort est encore le sentiment qu'on a de l'enclise, si fort même qu'on n'adopte pas la forme tonique usitée après les prépositions, ce qui cependant, étant donnée l'étroite parenté de l'adverbe avec les prépositions, aurait été assez naturel. Vu la faveur dont jouit en italien la construction ici en question (p. 409), les exemples de l'espèce doivent avoir été suffisamment nombreux pour qu'à une époque un peu postérieure le terme enclitique se soit appuyé sur l'adverbe même quand il y avait un verbe : cf. non seulement Sergio, sempre pressole, e con le parole e coi fatti accon- (768) ciamente le dava favore (Lasca 165, 20), di fatto trovo cohii morto intornogli awiluppato (92, 20), mais même sempre seco stesso mulinava controgli (25). Cet emploi a été poussé encore plus loin dans les patois du Nord : en effet, des adverbes comme incontra, dietro, sopra, intorno et autr. sembl. se combinent toujours avec le pronom atone là où la langue écrite dit dietro a lui etc.

Cf. A, MussAFiA, Una parlicoîarilà sintaltica délia lingua italiana dei primi secoli, Mise. fil. ling. 255 à 261.

§ 719. Le FRANÇAIS MODERNE sc Comporte comme l'italien, en ce sens qu'il ne conserve au pronom son ancienne place qu'avec l'impératif : donne:(^moi, mais ne le dites pas, et aussi par analogie taise:(-vous et suivcTi-moi ; cependant, tout au moins dans la langue poétique, il est encore permis de dire : prends ton luth et me donne un baiser (A. de Musset, Poésies nouv. 37). Mais déjà l'ancienne langue présente ici une dérogation surprenante à l'usage primitif en ce qu'après et et mais elle tolère le pronom et que par conséquent dès le début elle dit e me voit, mais le viieil etc. Par là, elle se différencie aussi du provençal : cf. en prov. e laissem los oimais estar (Appel, C. 3, 3), es eix Tie una flairors tan grant^ (31)3 ^ ^ ' doninas (67), e es s'en el vergier ^«/ra/;^ (156), adonc si leva e seina si (Flam. 2126) etc., mais alors cependant déjà tot:(^ los vest e ' Is encavalga (1729), fort lo pre^ica e-l salmona (1796), e la trais de Normandia e menet la ' n en Englaterra (Appel, C. 122 b, 19), puis mais nteravilhava si qui era (Doue. 204, 39); toutefois avec mais

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c'est le cas qui est de loin le plus rare. Car aussi permet l'enclise, bien que l'emploi du pronom tonique dans le passage Charles, chevalche! car tei ne fait clartet (Roi. 2454) puisse s'expliquer par une tournure car — iei ne fait, où l'on voit que le pronom apparaît accentué au début de la proposition : cf. ni ad celui ni ploi't et set denunt {iS^6), tei covenist helme e bronie a porter (Alexis 83). La place spéciale assignée en français au pronom trouvera son explication au § 750. Avec les groupes de propositions, l'usage est le même qu'en italien : cf. sur rherbe vert descent enmi un pred, Cidchet s'en tere (Roi. 2449), s'en reregiiarde troevet le cors Rollant, Cumbatrat sei a trestuîe sa gent (613). Le dernier exemple est surprenant à cause de la forme tonique du pronom. Il s'agit évidemment ici des premières traces de la tendance qui s'accuse dès l'époque (769) ancienne, surtout avec l'impératif : cf. escoute-moi (Mér. 1283) et qui s'est conservée dans le seul cas que connaisse la langue actuelle de pronom placé après le verbe : cf. en franc, mod. donne-moi, corrige-loi. C'est peut-être avec le singulier des verbes en -a que cet usage a pris naissance : dans *donne-me, p. ex., il y aurait eu deux syllabes atones après l'accent principal. — Quant au provençal, il pourra sufRre de citer encore deux exemples pour les groupes de propositions : aqiiels que ne avian pro, donavo ne a sels que m ' n avian (Appel, C. 118, 21) et quan lo vescoms s'en fo aperceubutT^, en estraigniet en Bernart de si (122 b, 10). Une chose à noter, c'est qu'ici sa, la se comportent aussi comme \'y atone : cf. digas li, non sa intre (Flam. 6142), s'a vos pla^y mudar /a • «:(m? (3521).

Pour le provençal, cf. Elsner dans le travail (p. 38 sq.) signalé à la suite du § 54.

§ 720. En ESPAGNOL a persisté jusqu'à nos jours une répugnance à se servir de pronoms atones au commencement d'une proposition. Comme particularités propres aux premiers temps, on peut encore signaler les suivantes. L'ordre des mots pues faced me asi mi doncel caballero (Amadis ï2a),puesfagamos lo por el (ibid.) pourrait s'expliquer par la provenance de pues (p. 626); mais, comme on dit pues te tu crées mejor (34 b), il vaudra mieux voir là un transfert de la forme de l'impératif non-intro-

Meyf.r-Lûbkb, Grammaire III. S'

duit dans le domaine de l'impératif introduit. Dans pero digoos (8 b), l'ordre des mots observé après mâs a également été appliqué à pero. De même qu'en italien, une fois qu'on eut perdu le sentiment qui déterminait primitivement l'ordre des mots, il se manifesta une tendance décidée à rattacher le pronom comme enclitique au verbe : aussi ne peut-on guère prétendre expliquer p. ex. los manteles al:{ados fuése el doncel (Amadis 12 a), à la manana armôse (12 b) par un repos plus considérable après le complément adverbial de temps. Mais alors, un fait plus remarquable et au fond vraiment étonnant, c'est que les adverbes a.-esp. ende et i viennent toujours après le verbe et parfois même reculent tout à la fin de la proposition : cf. les exemples cités p, 82 et en guisa que la non pierda y (L. Caza 25, lo),. no hestuvo i mmho (Amadis 35 h),faxerle albergar de noche y (L. Caza 31, 8) etc., et c'est ainsi qu'on dit encore en esp. mod. hay vis-à-vis du franc, il y a. En (770) voici peut-être l'explication. Tandis que les pronoms atones proprement dits doivent à des raisons d'accentuation qui remontent à la période indo -germanique primitive, la place qui leur est attribuée aussi en avant que possible dans la proposition, l'adverbe locatif hic est à l'origine un mot accentué et pouvait, donc se mettre n'importe où, au commencement ou à la fin, mais beaucoup moins facilement qu'ailleurs dans la partie la plus faiblement accentuée de la proposition, donc après le premier mot ou devant le verbe. L'affaiblissement de sens et par conséquent d'accentuation atteignit les deux mots à une époque où ils se trouvaient généralement placés derrière le verbe : ils devinrent donc des enclitiques suivant le verbe et ne revinrent que peu à peu aussi devant celui-ci, dans la proportion où ils se rapprochaient pour le sens des pronoms. Ce rapprochement s'est pleinement accompli en Italie et en France, mais seulement dans une mesure plus restreinte dans les langues de l'Ouest, d'où cette différence dans la place occu pée par inde et hic.

§ 721. Le PORTUGAIS, après ce qui a été dit p. 797, ne donne lieu qu'à peu d'observations. Après certains adverbes de temps, un repos paraît s'être introduit, notamment après entont :

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