VERBES ATONES
OÙ êtes-vous allés?), toute gresale erta-se-va (12, 31 : tous les péchés seront pardonnes); toutefois elle n'a persisté jusqu'aujourd'hui qu'avec l'imparfait du futur : dare-are Dumne^eu (que le Seigneur-Dieu donne) et dans l'interrogation : înteîes-ai (as-tu compris ?). — Dans les autres langues, la situation est plus embrouillée. L'Italie et la France, dans la période préhistorique déjà, ont généralisé avec cantare habeo la position des termes qui est en usage au commencement de la proposition; mais dans les anciens textes de l'Ouest apparaît encore en partie la disposition régulière en tant que la forme habeo cantare ne se trouve pas encore au commencement de la proposition : cf. en a.-esp. mucho de mayor precio a seer cl tu wa«/o (Berceo, S. Laur. 70)^ oy a seer el dia que le as de provar (Alex. 1526), en port. este avîa dar cima aas maravilhosas aventuras (Gïzû 12) etc.; cf. encore les exemples avec le pronom donnés p. 797. En ce qui concerne les locutions avec le participe, l'italien, le vieux français et le provençal présentent aussi au moins des traces encore visibles de l'enclise. Le Roland, au commencement de la proposition, observe une distinction rigoureuse entre enquis ad niult la lei de salvetet (^126} y pris ai Valterne (199), oit rave:( (282) etc. et bien ad oit (1587), e out preiet (385) etc. ou bien entre ale:^ en est (11) et e est renies (302); observons, il est vrai, qu'il ne résulte pas de là sans plus qu'il y a enclise, car le vieux français met en général le verbe à la seconde place dans la proposition (§ 746). Mais en revanche niene:(^ sere:(^ (478) est démonstratif, car ser-e:( en soi pourrait parfaitement se trouver au commencement de la proposition, et même il s'y trouve en réalité dans sere:(^ sis hoem (39). Étant donnée la rigueur avec laquelle on respecte l'ordre des mots en ancien français, on ne peut donc pas non plus s'étonner si d'autres auxiliaires encore suivent l'infinitif, si l'on dit venir vueil ou or vueil venir, mais pas, d'abord, vueil venir. L'usage est le même en provençal. (775) Mais, si l'on trouve également en italien, où l'ordre des mots est beaucoup plus libre, giunte son quattro donne (Arioste, Roi. 10, 29), ici aussi nous sommes évidemment en présence de sono enclitique. Il est vrai que l'enclise est assez faible; en effet, déjà dans l'ancienne prose on rencontre à chaque pas e ha detto etc., tandis qu'en cas d'enclise complète, d'après le §767,
8o8 CHAP. VI : ACCENTUATION ET ORDRE DES MOTS § 724. 725.
on devrait attendre e detto ha. L'Ouest, au contraire, même dans ses plus anciens monuments, ne présente aucun point d'appui pour l'enclise.
§ 725. Un phénomène remarquable est la façon dont se comportent les possessifs, chez lesquels nous avons montré au t. II, § 86 qu'à l'époque latine déjà de doubles formes, atones et toniques, s'étaient constituées. Ici d'abord se pose la question de savoir si les formes atones sont enclitiques ou proclitiques et en même temps en quoi consiste leur emploi par rapport aux formes accentuées. En ce qui concerne ce dernier point, on pourrait peut-être dire en général que l'emploi des formes toniques est obligatoire quand le pronom se présente entre un autre pronom et le substantif, de sorte donc que les types primitifs seraient : en a. -franc. // miens amis, tins miens amis mais mis amis, en prov. lo mieus amies, uns mieus amies mais înos amies, en esp, el mio amigo, un mio amigo mais mi amigo. Comme d'autre part l'espagnol dit amigo mio, il en résulterait immédiatement que les possessifs atones sont proclitiques. Et, en réalité, cette conclusion s'applique aux langues de l'Ouest, au français, au rhétoroman et à l'italien septentrional et se confirme en outre encore par l'ital. madonna, mais il en est autrement pour tout le Sud de l'Italie, pour la Sardaigne et aussi pour le toscan vulgaire avec son padremo, mogliema; cf. encore les formes mentionnées au t. II, p. 122. — Dans le détail, voici les observations qui sont encore à faire. En engadin, le féminin seul distingue entre mia tonique et ma atone etc., et tous deux sont employés sans différence devant le substantif : cf. ma cher a val (Caderas, N. R. 9, 13 : ma chère vallée), ta valleda (6, 9 : ta vallée), al eler d sa lanternetta (12, 8 : à la clarté de sa lanterne) à côté de sper tia riva (5,9: sur ta rive), dschaiva a sia sour (18,2 : il disait à sa sœur) etc., mais après le substantif .c'est toujours comme en espagnol : la chera mia (5, 12 : ma (776) chère). Forma mia (lé, 13 : mon âme) etc. — Dans le plus ancien français ne règne aucun usage absolument fixe. Les Serments présentent d'ordinaire les formes accentuées : meos sendra, meonyol, sua part, mais cependant aussi sunfradre; dans l'Eulalie,