‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 248 sur 269 · POSSESSIFS ATONES · texte numérisé non relu

POSSESSIFS ATONES

on trouve por souue dementia (29), dans l'Alexis par stie amur ; les locutions consacrées mien escient et mon escient, mien vtiel et mon vtiel se rencontrent encore, même à une époque plus récente, à côté l'une de l'autre. En revanche, un empiétement en sens opposé de la forme atone sur le domaine de la forme accentuée ne paraît guère s'être produit. En provençal, au contraire, on observe une distinction rigoureuse entre lo mieus amies et mos amies. En ancien espagnol, les deux formes paraissent être équivalentes devant le nom : on y dit toujours mio Cid, mio d'ailleurs étant en somme encore plus fréquent ici, tandis que cependant Berceo déjà préfère de beaucoup mi et qu'au XV* siècle, en position atone et proclitique, sauf dans la formule consacrée mia fe, on ne rencontre que cette dernière forme. L'omission ou l'emploi de l'article dans l'espèce est sans importance.

§ 726. Enfin restent quelques observations à présenter sur les CONJONCTIONS. Du moment qu'elles commencent la proposition, elles ne peuvent naturellement être que proclitiques; au contraire, quand elles unissent entre elles des propositions, l'on peut se demander de quel côté elles penchent le plus, si c'est en avant ou en arrière. Or, à ce propos, on peut signaler en première ligne une tendance décidée que manifestent pour l'enclise les conjonctions adversatives et qui consiste en ce qu'elles se placent derrière le premier mot de la nouvelle proposition, ce qui se voit particulièrement en toute évidence avec le roumain însà (cf. les exemples cités p. 619), en outre avec l'ital, perà et le port, porém. En ce qui concerne et, tout ce qu'on peut dire, c'est que conformément aux observations faites p. 798 et § 751 il est entièrement atone; peut-être l'esp. y trahit-il même une enclise, car padre y madré se trouve avec pâtre et maire dans le même rapport que ley avec lee de lege (I, p. 272). En ce qui regarde les autres conjonctions déjà latines, on peut renvoyer au § 751; en revanche, ici doit se placer l'examen des conjonctions composées d'une préposition et de que. Pour exprimer le lat. quid, il existe en français deux formes, une accentuée quoi et une atone que. Celle-là n'est d'abord employée que dans des propositions sans verbe : quoi .?;

8lO CHAP. VI : ACCENTUATION ET ORDRE DES MOTS § 726. 727.

celle-ci l'est aussi au commencement de la proposition : que veuxtu ? dans la période ancienne et dans la moderne : cf. que valt (777) cist crJT^, cisî dois ne ceste noise? (Alexis loi), à moins qu'on ne doive peut-être envisager qué-valt, soit donc en lat. quid valet, comme une unité, de sorte que que ne serait pas atone sans plus, mais une forme antéconsonantique, hypothèse en faveur de laquelle on ne trouve aucun point d'appui dans les textes qui nous sont parvenus. Quand alors ce que s'unit à une préposition, le même état de choses se présente qu'avec le pronom personnel (p. 8ii) : la préposition demeure atone, proclitique et le pronom reçoit l'accent : por quel ■ t portât ta medre (Alexis 27). La règle est la même avec le relatif. Mais alors, quand la conjonction que se combine avec une préposition, celle-ci en latin semble avoir porté l'accent, et de là viennent encore aujourd'hui l'esp.-port. parque, a. -franc, pour que « pourvu que », « de manière que ». Il est vrai que cette explication paraît contredite par l'ital. perché; mais, si l'on considère que l'ancienne langue dit non seulement perch' egli, où l'on pourrait aussi bien supposer perché 'gli, mais aussi perch' ha : cf. encore aujourd'hui le rom. lo voî sapé pperch' ha ddufijji matti (Belli I, 65), on se trouve ramené à un pér che primitif, que plus tard l'influence du perché interrogatif (cf. l'esp. parqué employé comme interrogatif dans les propositions sans verbe) aura modifié en perché. L'influence réciproque de la conjonction et du pronom se manifeste dans un ordre inverse quand, en vieux français, le relatif après les prépositions apparaît parfois sous la forme que : cf. Rollan^ meforfist en or e en aveir, Purque jo quis sa mort e sun destreit (Roi. 3758), tandis que la forme également usitée en a. -franc, pourquoi « pourvu que » se trouve sur le même pied que l'ital. perché.

§ 727. Jusqu'à présent nous avons discuté les cas où un mot proclitique ou un enclitique se rencontrait avec un mot accentué. Mais il arrive aussi que deux mots atones soient unis ENTRE eux, et l'on doit ici se demander comment, en ce cas, se comporte la langue. Quand deux enclitiques se rencontrent, à peine semble-t-il se produire une altération : tous deux restent atones ; du moins c'est le cas pour les pronoms personnels, ainsi qu'il résulte clairement des exemples donnés au § 749.

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