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UNION DE DEUX MOTS ATONES 81I

Une espèce d'exception se présente seulement dans le français qui, à côté de écoute-moi (p. 8oi), place donne-m'en; toutefois elle s'explique par la même tendance qui a donné naissance à écoute-moi. Une véritable accentuation du premier des deux (778) mots proprement atones apparaît dans une proportion restreinte en sicilien avec porta-mi-cci, Itva-ti-llu, où l'on doit probablement voir le résultat de cette loi rythmique qui a été signalée au t. 1, § 6 10 pour le calabrais aussi en dehors de la combinaison de deux mots atones. Ensuite il serait bien possible que la conservation de Ve dans l'ital. melo etc. (II, § 84) impliquât l'existence d'un accent secondaire. En apparence, on a le phénomène contraire quand on emploie côte à côte en a. -franc, mon ami et le mien ami etc. (p. 808), attendu que des DEUX termes proclitiques le second est accentué. Ce qui peut expliquer cette singularité, c'est que l'article en toutes circonstances est atone; mais elle peut aussi provenir du fait que, dans ce cas, à l'origine du moins, le possessif était accentué pour le sens.

§ 728. Mais des transformations importantes se présentent quand des mots proclitiques et des enclitiques se rencontrent. En ancien latin, lorsqu'une préposition s'unissait à un pronom personnel, on avait coutume d'accentuer la première : pro me. Cet usage provenait de ce que le latin accentuait en général fortement les termes initiaux et de ce que les prépositions n'étaient pas encore proclitiques. Il en est autrement dans le latin postérieur et le roman. Ici, comme on l'a déjà dit p. 794, les prépositions s'appuyent sur le mot suivant; l'article aussi et un peu plus tard les possessifs apparaissent dans la même position, de sorte donc que l'ancien rythme descendant fut remplacé par un rythme ascendant. Or, comme d'autre part les pronoms personnels existaient sous une double forme, une atone et une accentuée, la forme pleine du pronom s'unit aux prépositions toujours atones, donc en ital. per me, franc. pour moiy esp. por mi etc. Nous avons montré p. 803 que cette circonstance est importante notamment pour le rapport entre le pronom et l'infinitif.

Il n'est pas tout à fait certain que l'ital. del etc. remonte à dé illo : cf. Zs. XXI, 328-529.

8l2 CHAP. VI : ACCEMTUATION ET ORDRE DES MOTS § 729.

B. COMBINAISONS FIXES I. Combinaisons inséparables

§ 729. Parmi les combinaisons inséparables, substantif et ADJECTIF prennent la première place. Car il est de fait que, moins que n'importe quel autre groupe, ils ne peuvent être séparés l'un de l'autre; c'est notamment quand l'adjectif précède son substantif qu'il s'unit intimement à lui ; c'est d'ailleurs aussi pourquoi ce groupe de mots précisément fournit aux mots composés un contingent particulièrement élevé (II, § 543 et 544). En revanche, placé en second lieu, l'adjectif est un peu plus libre. Même en faisant complètement abstraction du roum. omul eel bun (§ 158), du franc. Louis le Grand (p. 194, 197), il est à noter que certains adverbes de gradation à leur tour peuvent s'unir si étroitement à l'adjectif que le groupe ne peut plus être rompu : en franc, un homme très intelligent, la femme la plus aimable etc. La contradiction n'est qu'apparente quand on a l'ordre suivi dans l'ital. tutto il giorno, franc, tout le jour, esp. iodo el dia, l'a. -franc, en pure ma chemise (A. A. 614), l'esp. con solo la imaginacion, l'a. -franc, par esse la chariere (Ph. Thaon, Comp. 1433), meisme le jour (IV Livr. 16) et autr. locutions sembl. Partout il s'agit d'expressions qui étaient à l'origine adverbiales, donc qui se rattachaient au verbe, mais qui ensuite, étant donnés les étroits rapports de sens qu'elles avaient avec un substantif, se rapprochèrent de celui-ci, s'accordèrent aussi en genre et en nombre avec lui, tout en conservant au moins encore assez fortement l'empreinte de leur nature originelle pour ne pas se fondre avec le substantif en une locution inséparable. Au reste, l'ital. solo a aussi franchi ce dernier pas. Cf. encore p. 174. Plus étonnantes sont les indications numérales, notamment l'ital. ambedue le mani, a. -franc, an^ dons les castes (Jourd. 1048) et de même en provençal, ancien espagnol et ancien portugais, puis l'ital. una mez^a mia figliuola (De Marchi, Giac. id. 46), a. -franc, pour demi le trésor de Rome (G. Dole 64). Peut-être faut-il voir là une assimilation à la tournure avec totus, comme c'est indubitablement le cas avec l'ital. ogni lor virtù.

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