PLACE DES ADJECTIFS
rencontre aussi d'autres exemples isolés d'adjectifs préposés : cf. si-i pierdea eu gro^nice morti (C. B. i, 365, 7 : et il la tuait d'une horrible mort), eu marea sa mirare (Basme 158, lé : à sa grande surprise) etc.
§731. Après les considérations qui précèdent, il devient évident que l'impulsion individuelle joue un rôle si important (782) dans la place assignée à l'adjectif que la grammaire doit se contenter d'exposer une série de cas typiques, particulièrement de ceux où paraît se constituer peu à peu un ordre grammatical des deux termes (p. 792); il s'agit donc tout d'abord de montrer quels sont les adjectifs qui apparaissent le plus souvent DEVANT LE SUBSTANTIF. D'abord OH peut mentionner sanctus. Il précède toujours un nom propre : cf. les exemples donnés p. 196. En même temps, on trouve alors tout aussi régulièrement en ital. la terra santa, franc, la terre sainte etc. et de plus, pour nous en tenir uniquement au français : V écriture sainte, le Heu saint, l'huile sainte, l'eau sainte du baptême, la cité sainte et aussi mener une vie sainte. Si l'on comprend cette différence, si l'a. -franc. // cors sain:^, prov. lo corsant:((\e saint) suit.également la règle, on s'étonne cependant de rencontrer le saint sépulcre à côté de l'a. -franc, sépulcre saint (Pass. 324). — Bonus aussi précède le substantif. Si alors l'a.-esp, hombre bueno (Amadis 9 a), a. -port, homem bôo (Graal 11) se présente avec le sens de « ermite », cet ordre est conforme à la règle, car bonus doit ici distinguer un homme des autres, doit indiquer une bonté spéciale, la bonté chrétienne, la piété : cf. en a. -port, este homem boo (Kom. XI, 357 : cet homme pieux). Mais si, dans la page citée de l' Amadis, on trouve immédiatement l'un après l'autre « mucho me place », dijo el hombre bueno et « por su boca », dijo el buen hombre, peut-être y a-t-il dans le second cas une réaction due à la place occupée par buen pris dans sa signification habituelle. L'esp. niandô llamar todos los homes buenos de la tierra (Amadis 9 a) se comprend aussi parfaitement, car les homes buenos forment évidemment une classe à part, et si Don Quichotte, voulant s'exprimer avec une tendresse particuHère, dit Sancho bueno (i, 18), cette expression est de même nature que Sancho amigo (i, 20); l'adjectif est une apostrophe amicale qui ne vient
8l6 CHAP. VI : ACCENTUATION ET ORDRE DES MOTS § 73 I.
qu'après coup. — Ou bien grandis a d'abord sa place marquée, même en vieux français, absolument devant le substantif; aussi, dans l'obw. il fravi ha priu siu marti grond (M'irch. 17, 31 : le forgeron a pris son marteau, le grand), marti grand ne désigne-t-il pas en général un grand marteau, mais parmi les différents marteaux celui qui se distingue par une dimension particulière; de même la baselgia gronda (C. Mem. 215, 35) est « l'église cathédrale», et aussi la différence que le français (785) moderne établit entre un grand homme et un homme grand provient de ce que la grandeur physique est considérée comme un caractère distinctif ; de même froid dans eau froide est une propriété distinctive et dans froide lumière une propriété caractéristique, etc. ; ou bien l'esp. creyendo que cosa grande dehia de ser la que la habla movida à escribirme (D . Quich. i, 27) désigne « quelque chose d'extraordinaire », tandis que grande cosa signifierait « chose importante ». — Autre cas : le franc. haut précède le substantif, mais des fenêtres hautes laissaient tomber une froide lumière (Zola, Lourdes) signifie des « fenêtres haut placées », la ville hauteÇh ville supérieure) etc., cette dernière expression employée clairement par opposition à la ville basse et la première aussi pour désigner une propriété distinctive et non une propriété qui appartient en général facilement à des fenêtres; pareillement, l'esp. un pradecillo que al pié de unas altas pehas se hacia (D. Quich. i, 20) rentre entièrement dans la règle, à côté de quoi viô D. Ouijote, que estaba entre unos albores altos, que eran castanos, que hacen la sombra muy escura (ibid.) s'explique par la description : l'essentiel, ce sont d'abord les arbres, puis ces arbres sont décrits de plus près selon leurs diverses propriétés. Et l'on pourrait ainsi alléguer encore bien des exemples. Une question plus difficile est de savoir quels sont donc en général les adjectifs qui dans le principe précèdent le substantif. Abstraction faite de considérations stylistiques comme celles que nous avons indiquées p. 781 par un exemple italien et comme probablement aussi celles qui ont déterminé le franc, autrefois surtout, régnait un incroyable désordre . . . aujourd'hui, existait une organisation puissante (Zola, Lourdes 118), on pourrait dire que ce sont ceux qui, par la nature de leur signification, expriment non une propriété distinctive,