I'~733- PLACE DES ADJECTIFS
mais une propriété inhérente, caractéristique; la place attribuée à l'adjectif est donc très étroitement subordonnée à sa signification et doit par conséquent pour chaque adjectif être étudiée dans l'histoire des mots. Par là s'explique en même temps qu'au cours des siècles il puisse se produire des déplacements, car un changement dans le sens de l'adjectif entraîne aussi un changement dans la place qu'il occupe.
Cf. A. ToBLER, Zs. Vôlkerpsych. VI, 167-171 et G. Grober, Gruiidriss I, 214; voici l'explication de ce dernier : « das dem Substantivum vorangestellte Adjectiv attribuiert affektisch, das nachgcstellte distinguiert verstandesmàssig » (Préposé au substantif, l'adjectif attribue une propriété sous l'empire du sentiment ; postposé, il distingue par la raison un objet d'un autre) et c'est là-dessus que reposent les travaux de J. Cron, DieStellmig des attributiven Adjehtivs im Altfraniôsischen, 1891, et C. This, Zs. f. Nfr. XVI, 102-1 12, XX% (784) 193-200. Comme recueil précieux de matériaux, citons R. Wagner, Stelhing des attributiven Adjektivs in altfraniôsischen Prosatexten von Anfang des XIII. bis Anfang des XV. Jahrh., 1890, et comme résumé de tous les travaux, même de ceux qui ne sont pas cités ici, Th. ScHôNiNGH, Die Stelhing des attributiven Adjektivs im FraniôsiscJwn,
§732. Des considérations qui précèdent découle nécessairement la conséquence suivante : lorsqu'à un adjectif s'ajoutent encore d'autres déterminations, notamment donc lorsqu'il est uni à un adverbe de gradation, il se place après le substantif. C'est avant tout la position de l'accent qui l'exige, car nous avons déjà dit que, préposé au substantif, l'adjectif s'est étroitement soudé à lui et est faiblement accentué. En effet, l'on trouve en obw. in grond diemher de miraclas bein grondas (C. Mem. 214, 12 : un grand nombre de miracles bien grands), il temps il pli ruch (205, 24 : le temps le plus rude), ina vetta la pli religiusa (211, 30 : une vie la plus religieuse), en ital. li suai compagni più noti (Enf. 15, 102), queste parole cost chiare, en franc, en prenant désormais des sentiments plus grands (Voltaire, L.), toujours un mont plus haut vient arrêter sa vue (Masson, L.) etc., sans d'ailleurs que particulièrement avec plus (jnagis^ l'ordre habituel soit exclu .
§ 733. Quand on attribue À un seul substantif plusieurs ADJECTIFS, ils viennent en général après lui ; ils constituent
Meyer-Lubke, Grammaire III. 5i
8l8 CHAP. VI : ACCENTUATION ET ORDRE DES MOTS § 733.734.
une explication ultérieure et distinctive du substantif : cf. en
obw. schi schandlis artickcls (C. Mem. 218, 25 : si honteux
articles) m^'is art ickels schandlis e turpigius Ç216, 35), en ital.
una originalità quasi signorile e ridente (De Marchi, Giac. id. 7),
era dipinta un Addolorata a colori grossi e sbiaditi (13), un vec-
chio dalla testa grossa e quadrata sopra un collo grosso e corto(i^)
etc., en a. -franc, gent mauvaise et amere (Berte 558), assaut
grand et merveilleux (Villeh, 134), en franc, mod. vous êtes la
créature la meilleure, la plus consolante, la plus fraternelle (Zola,
Lourdes 61) etc., en esp. escudero fiel y legal (D. Quich. i,
102), de los caballeros del mundo niâs vivo de cora^pn y mas aco-
metedor en todas las afrentas (Amadis 20 b). Mais précisément
(785) ici l'ordre inverse est tout aussi fréquent : cf. en ital. cou occhio
irato mirava la sua gigantesca, niagra, vecchia persona (Pellico,
Pris. 58), en a. -franc, asex^ creues e enlinées dames (Roi. 3983)
etc., plus tard les horribles et espouentables fait:( et prouesses du très
renommé Pantagruel (Rab.), en esp. el sordo y confuso estruendo
(D. Quich. I, 20), esta gravisima, altisonante, minima, dulce é
imaginada historia (22) etc. Dans des cas de ce genre, on veut de
nouveau caractériser le substantif, non en distinguer les diverses
propriétés, et celles-ci sont mieux présentes à notre esprit, mieux
à sa portée que le substantif qu'elles désignent; on ne veut donc
pas le décrire seulement après coup. Nous avons une tournure
intermédiaire entre les deux précédentes dans l'ital. si passava
sotto il portico, un rustico e sgangherato portico (De Marchi, Giac.
id. 13). Il y a naturellement un usage différent de celui-là dans
l'a. -franc, biax doux amis (Auc. 26, 4) et autr. tournures
sembl. Enfin celle où le substantif occupe la place du milieu,
tournure générale et propre à toutes les époques : en franc, le
petit logement pauvre, ne réclame aucune autre explication.
§ 734. Les POSSESSIFS aussi, qu'ils précèdent ou qu'ils suivent le substantif, s'attachent fermement à lui, surtout naturellement quand ils sont proclitiques (p. 808), et l'on n'a ici d'autre question à traiter que celle de savoir comment la langue se comporte lorsqu'un adjectif et un possessif se rapportent AU MÊME substantif. La disposition S. P. A. ou S. A. P. ne semble du reste pas se présenter, sauf au Sud de l'Italie, et