PLACE DES ADJECTIFS ET DES POSSESSIFS
A. S. P. OU P. S. A. ne donne lieu à aucune observation. Mais les constructions A. P. S. et P. A. S., elles, se rencontrent côte à côte suivant que l'un ou l'autre mot s'attache plus étroitement au substantif: cf. en roum. en marea sa mirare (Basme 158, lé : à son grand étonnement), en ital. // timvo niio alloggio (Pellico, Pris. 9), caro mio amico à côté de mio caro amico etc., en esp. aqnel gran su aniigo (D. Quich. i, 12), la diilce mi enemiga (i, 13) à côté de deste vuestro enamorado amigo (i, 13) et olro su grande amigo (12). Dans les dialectes, il faut remarquer l'abruzz. so la fijja bona /^(Trad. abr. i, 12 : je suis ta bonne fille), où le possessif est fortement enclitique (p. 808).
§735. Les groupes examinés dans les § 229 sqq. sont en général inséparables; la chose va de soi. Il est vrai que les (786) exceptions ne sont pas rares, mais elles rentrent dans le domaine des constructions occasionnelles, et seuls quelques points peuvent être ici mentionnés. Quand par l'emploi de unus on détache un individu de toute la série de ceux qui possèdent au plus haut degré une propriété, unus peut alors prendre sa place habituelle devant le substantif, et l'adjectif qui s'y rattache au moyen du de partitif et qui se trouve au pluriel peut, en vertu de l'indépendance qu'il acquiert dans ce cas, se présenter après le substantif : cf. en obw. in religius dels pli nobels (C.Mem. 211, 14 : un religieux des plus nobles), en ital. una famiglia délie più nobili, en franc, une famille des plus nobles, en esp. una ciudad de las mejoresÇD. Quich. i, 24), en port, unia familia das mais nobres (Gomes de Amorim, Am. Patr. 458). Dans ces cas, peut-être celui qui parle n'a-t-il conçu l'idée de détacher p. ex. une famille des autres qu'alors que sa pensée una famiglia nobile était déjà prête à être exprimée. Mais, quand c'est l'idée de détacher un individu d'un ensemble qui lui vient d'abord à l'esprit, il dit alors una délie più nobili faniiglie etc. L'explication est la même lorsqu'un substantif joint à un adjectif au moyen d'une préposition est séparé de cet adjectif par le substantif auquel l'adjectif sert d'attribut : cf. en ital. bella donna di suo corpo (Trist. ricc. 3, 12), ella si mostra da lungi la più bella e rigogliosa città del suo
pîccol sito (Villani 3, 3), queste contrarie oppinîoni alla verità (Mach., Disc. 2, 18), en esp. estos tan remotos y apartados lugares del trato comi'm (D. Quich. i, 27). Ici aussi l'on caractérise un substantif au moyen d'adjectifs déterminés, et ce n'est qu'après coup qu'on précise encore le sens de l'un de ces adjectifs. Si de prime abord déjà l'on a l'intention d'ajouter cette explication, l'on place l'adjectif après le substantif, renonçant donc ainsi à la troisième construction possible P. S. A. S. (laquelle a été adoptée entre autres par l'allemand), et cela parce que, dans l'esprit des Romans, l'adjectif attributif préposé au substantif forme avec lui une unité. Nous avons au contraire un fait d'une autre nature dans l'esp. llena el aima de imagînaciones y sospechasÇD. Quich. I, 27), où la place de l'article montre que l'on a affaire à une tournure predicative, c'est-à-dire que el aima est un terme faiblement accentué et intercalé pour élucider l'adj. llena. Et nous avons encore une fois une tournure à comprendre autrement dans l'a. -franc. // avoit plain poing de gros (hrec 6875), plein hanap de vin (G. Bourg. 2223), franc, mod. une (787) pleine bourse de louis, car de se rattache tout d'abord à poing, hanap, bourse et non à plein.
§ 736. Dans certaines conditions, il arrive que la préposition EST SÉPARÉE du mot qu'elle doit unir à un autre. C'est avec un infinitif que ce phénomène se produit le plus facilement, pour la raison que, conformément à l'ancien ordre des mots, le régime précède l'infinitif et constitue avec lui une combinaison fixe (voy. là-dessus § 744). En revanche, on s'étonne davantage de rencontrer des exemples, d'ailleurs limités au Canton des Grisons, comme l'obw. ha empermess ded en in onn vegnir (March. 9, 40: il a promis de venir dans un an), perquei ha El aschia merilau de sinil di de lur fiasta era retscheiver per lur intercessiun la duida marschei (C. Mem. 214, 5 : c'est pourquoi il a ainsi mérité de recevoir aussi au jour de leur fête, par leur intercession, la récompense due), anno 14^6 ha Papa Calistus, il tier^, dau la commissiun a Georgia Haack, Uestg de Trient, de cun consentimen era digl Avat Johannes, cun Apostolica Auctoritat sparter e separar la baselgia de S. Martin eiiten Medel dalla baselgia parochiala de S. Gion Baptista a Muster