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SÉPARATION DE GROUPES DE MOTS COMBINES

(212, 26 : l'an 1456 le Pape Calixte III adonné la commission h G. H., évêque de T., avec le consentement aussi de l'abbé Jean, avec autorité apostolique de détacher et séparer l'église de S. M. à Medels de l'église paroissiale de S. Jean Baptiste à Dissentis). Bien que cette tournure ne soit pas non plus contraire au génie roman : cf. en ital. di maggionnente adornarlo (Leop. 127), en port, nâo se letnbra de, ainda ha dias, combinarmos dur uns passeios (Diniz, Pup. 23e), l'extension considérable qu'elle a prise a cependant pu être favorisée par l'allemand, lequel rejette l'infinitif à la fin. — L'italien intercale volontiers un complément adverbial entre la préposition con et le substantif : questo andava dicendo in canto e con alquanto le gambe acconcie a ballare (Serc. 339), era una giornata piovigginosa con sparso nelV aria un brivido universale (De Marchi, Giac. id. 157), stando dietro le doppie vetriate délie finestre, con in testa un berettone {i'^'^^ , et cet emploi est tout à fait ordinaire. La même construction se présente dans le français le plus récent : cf. le pas était compliqué singulièrement, avec, de temps à autre, des bonds d'une vigueur prodigieuse (Loti, Fig. et choses 145), avec, sur son armure. Son grand col de dentelle, il vient faire le fier (Rostand, Cyrano 4, 4), V automne méridional (788) ava£, partout, la mélancolie des feuilles rousses (Loti, Fig. et choses 57). Avec d'autres prépositions, sauf peut-être avec sans, qui se conforme à l'usage de son contraire avec, rien de semblable ne paraît se rencontrer. Le phénomène peut s'expliquer par le mélange de deux constructions. L'idée qu'on est pourvu d'un objet peut, en itaHen notamment, être exprimée en nommant simplement, sans indiquer le rapport de possession, l'objet en question ; on peut donc dire dans le premier exemple questo andava dicendo in canto, le gambe acconcie a ballare (cf. § 424) et dès lors naturellement aussi bien alquanto le gambe a. Or, con le gambe a. étant une expression complètement équivalente à celle-là, par analogie avec elle une tournure con alquanto le gambe a. a pu s'employer également. Il en va de même avec le français, où l'on peut aussi penser à l'influence de ayant et autres tournures semblables.

Cf. pour le français A. Tobler, Zs. XXI, 170 à 172; plusieurs exemples italiens tirés de Manzoni sont cités par Vockeradt § 160, 2.

§ 737. Parmi les groupes verbaux, le plus résistant est can- TARE HABEO : en effet, en Italie et dans le Nord de la France, de tout temps il a été inséparable ; mais en vieux provençal, en ancien espagnol et actuellement encore en portugais, comme nous l'avons déjà montré p. 351, il peut être coupé en deux par le pronom-régime dépendant de l'infinitif. Au contraire, c'est seulement au cours du développement roman que *habeo CANTATU et *SUM VENUTU se sont fusionnés en un tout fixe. Quand le participe se trouve au commencement de la proposition, le verbe est enclitique et alors, dans les premiers temps déjà, il ne peut guère être séparé du participe que par un pronom atone. Autre est l'usage quand le participe suit le verbe. Dans ce cas, à l'époque ancienne, on peut placer après le verbe personnel non seulement des adverbes, mais aussi n'importe quel autre membre de la proposition : cf. en ital. ehbe assai di questo cose riso (Sacch. 138), en a. -franc, messe e matines ad li reis escultét (Roi. 164), H emperere est par matin leve:( (163) etc., en esp. à esta sa^ôn habian y a las doncellas la puerta ahierto (Amadis 3 b), mucho fué de lo ver maravillada (8 a). Mais ensuite il s'établit peu à peu entre le verbe et le participe une union plus étroite et, de même que la construction V. P. devient toujours plus immuable, par là diminue aussi la possibilité de les séparer ; (789) ainsi en est-il surtout en français, où de nos jours il n'y a plus que les adverbes qui occupent encore leur ancienne place : cf. en ital. qticsta cosa è mol to benfatta, ti ho tanto pregato, en franc. cest très bienfait, je vous ai tellement prié; il en est de même à l'Ouest. Le sursilvain présente une dérogation plus forte à la règle : cf. anno 61 ) ei Sointg Sigisbert vegnius a Muster (CM. 199, I : l'an 613 est Saint Sigisbert venu à Dissentis), igl atun hau ils nos, quel ei quels délia Claustra cun siu pievel, denovamein atacau igl inimitg e quel battiu et enten igl emprem Schlacht fugientau (209, 8 : en août ont les nôtres, c'est-à-dire ceux du monastère avec leur peuple, de nouveau attaqué l'ennemi et battu et dans le premier combat mis en fuite), aschia ha quest avat Martinus en quart temps de siu regimen cun grond laud finiu sia vetta(ii, ainsi a cet abbé Martin dans le court temps de son administration avec grande louange fini sa vie), in di ha la mumma cumondau als affons (March. 6, 2 : un jour a la mère

§ 737- 738- SÉPARATION DE *haheo cantatu 823

commandé aux enfants), la sera ha il hiioh degt a las femnas (8, 8 : le soir a le garçon dit aux femmes), // crucifix ha aher nuota respondiu (14, le crucifix n'a cependant rien répondu), cmi quel ha il retg serrau giu il contract, mo ha el madem temps detg (9, 4 : avec celui-là a le roi conclu le contrat, mais il a en même temps dit), etc. Le verbe personnel peut donc être suivi par le sujet ou par un complément adverbial, tandis que les régimes n'apparaissent qu'après le participe. Il semble d'ailleurs qu'au cours des temps cet usage ait subi une restriction, en ce sens que ce n'est pas le sujet et le complément adverbial, mais seulement l'un d'eux qui s'intercale entre les deux éléments constitutifs du verbe; en d'autres termes, il s'opère ici également un rapprochement qui, à la vérité, étant donnée la prédilection extraordinaire pour la construction V. S., laquelle est propre au sursilvain (§ 753), ne conduira guère dans ce cas aussi rapidement à la jonction complète, et elle ne se produira pas davantage dans le cas V. A. P., où le parler du Canton des Grisons concorde avec les autres langues romanes.

§ 738. Ensuite la plupart des combinaisons d'un verbe avec un infinitif consignées dans les §§ 324-331 sont, d'une fixité telle qu'un pronom-régime se rapportant par le sens à l'infinitif s€ joint au verbe personnel : cf. en roum. nu se puturà (790) scula (Cod. Schei. 36, 13 : ils ne se purent lever), en ital. io te le vo' dare (Sere 39), ?twlte herbe mi hanno voluto divorare (Leop. 176), non ii posso dire (Arioste, Cass. i, 4), ei mi ti pare conoscere (Sacch. 214) et aussi non vi credette mai rivedere (112), andatelo ad impiccare (41), finiscimi d'uccidere (Arioste, Cass. 4, 2) et puis, chose plus remarquable, avec séparation de l'infinitif et du verbe personnel au moyen d'un complément adverbial ti verra a casa del moro ritrovare (ibid.) et par suite d'une tendance plus forte encore à joindre le pronom au verbe personnel riavere non gli potea (Sacch. 135), en a. -franc, ne ' s poet guarder (Ko\. ^), s'en deit bien repairier (36), noble vassal vos i soit hum clamer (352), en cest païs nus est venu:( cunfundre (17), lors s'entre vont des poin:^ferir (Mér. 744), ne fi mis pas aler por mei (Thèbes 3673), ne Vot talent de laissier en sus de lui (Cléom. 14669), ne le faisoit que flatter (Commmes 6, 12), je ne m'en suis pu taire (3, 8), où le suis également est à signaler.

tournure actuellement rejetée par la langue écrite, mais encore bien connue du parler et de la littérature populaires, et qu'on peut aussi rencontrer chez Molière : je crois quelle me vient de donner un soufflet (Dép. am. 1092), en prov. volg i Boecis metre quastiazp (Boèce 22), e podon las ben solassar (Flam. 6472), e tot suau la près a cofortar (M., R. 133, 79) etc., en esp. non lo queria hacer(D. Quich. i, 27), se podia hallar (24), se volvieron â poner en camino (Caballero, Nov. éi), les comenxp â decir (Amadis 21 a), où dans la période primitive elle est de loin la plus usitée et même de nos jours encore parfaitement possible avec poder, querer, deber, osar, saber, ir, llegar, salir, volver; il n'en est pas autrement en portugais. Ensuite avec le gérondif : en ital. lo va notando, en a. -franc, après le vait sivant (Roi. II 60), en esp. mager los estan lamando, ninguno non responde (Cid 2305). Ce qui est vrai pour les pronoms l'est aussi pour les adverbes : cf. en a. -franc, tant ne ' l vus sai ne preisier ne loer (Roi. 532), bien les vunt ajustant (3024) ou en port. Esmerado tam fortemente viu chorar Panuncio (Rom. XI, 364), quando se ella assi sentio ferido (Graal 67), etc. Mais, en même temps, partout et cà toutes les époques se présente aussi l'ordre exigé par la stricte logique et, comme nous l'avons dit, dans le français littéraire moderne, principalement sans doute à cause des grammairiens, il est devenu la règle : cf. en roum. nu poate ascundese (Dos. 5,4), en ital. vuol insegnarmi (Av'iostQ, Cass. 3, i), ave- (791) ria potato immaginarsi (4, i), en esp, no quiere mi suerte dariiie otra cosa (D. Quich. i, 24), lo que sabré deciros (23), deseaban tenerlo (Amadis 6 a) etc.

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