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II. Combinaisons indéplaçables

§ 739. Parmi les groupes indéplaçables se rangent en première ligne ceux dont le premier élément est formé par les pronoms démonstratifs, y compris l'article, puis en général par des pronoms adjectifs, par des noms de nombre ou par des prépositions. Le roman se distingue essentiellement en ceci du latin, qui dans ces cas aussi jouissait d'une grande liberté. Cette différence considérable trouve peut-être sa meilleure explication dans les différences d'accentuation. Dans cette voie

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OÙ le vieux latin déjà s'était engagé en transformant en prépositions les anciennes postpositions, ainsi en disant cum pâtre au lieu de pâtre cum, la langue s'est avancée progressivement. Si jadis on accentuait encore cûtn pâtre, plus tard cependant s'était introduit cum pâtre, et c'est ainsi qu'à côté de hôftio ille put également se rencontrer l'accentuation ille homo, c.-à-d. donc que les mots atones et faibles de sens sont d'enclitiques devenus proclitiques. Seul le roumain postpose aussi les démonstratifs renforcés par -a. Il ne faut pas considérer comme exceptions des cas tels que le franc. Charles le Chauve, parce que ce n'est pas l'article, mais l'adjectif qui occupe ici une place anormale (cf. p. 194). Des constructions exceptionnelles comme l'a. -franc, une teche en son cuer manoit Tele que adés H sembloit Qu'il ne pouoit trop honorer Les bons (Cléom. 131) ne sont pas non plus surprenantes, pas plus que alter au sens de « d'une autre nature, autrement formé », donc marquant une distinction : en franc, son frère aîné, qui s'en était allé, acquis à des idées autres, depuis que son frère se destinait à la prêtrise (Zola, Lourdes 29). Si l'on voit en outre chez Cervantes : aûn podria ser que me deparase la aventura aquella de Amadîs (D. Quich. i, 18), la tournure ne réclame pas non plus d'explication; mais on dit aussi de nos jours « acabô V. Padre ? preguntaban los desalmados aquellos » (Giballero, Cuentos 18), delgada, espiritual, ojerosa, con un corte de cara fino y de expresion romântica, la niha aquella hahria sido perfecta beldad (Galdôs, Fort. Jac. 4, 32), où le pronom placé après le substantif précédé d'undéter- (792) minatif est manifestement destiné, en rappelant encore une fois l'attention sur ce substantif, à lui donner un relief particulier. Ce qui étonne déjà davantage, c'est la distinction partout introduite aujourd'hui, mais encore inconnue dans la période primitive, entre alguna casa (quelque maison) et («0) casa alguna (aucune maison), distinction que l'espagnol possède en commun avec le portugais : cf. en esp. haber A rnano alguna espada (D. Quich. i, 18), aqui cerca debe estar alguna fuente (20) à côté de la escuridad de la noche no les dejô ver cosa alguna (ibid.), jamàs habemos vencido batalla alguna (ibid.), sin duda alguna (ibid.); au reste, chez Cervantes encore on rencontre aussi sin alguna duda (29). Il faut sans doute partir de l'em-

ploi commun, dans lequel alguno postposé avait une accentuation et une signification plus énergiques, par conséquent était en réalité mieux à même de servir pour exprimer après coup une négation. A l'appui de cette hypothèse, observons qu'on peut en italien aussi préposer ou postposer alcuno, nissuno, ninno et qu'en français de même il est permis de dire sans malice aucune (Bourget, Id. trag. 119). Et plus remarquable encore est le port, tal dans des cas comme estas palavras tacs chorando espalhava (Lus. 3, 102), estas sentenças taes 0 velho honrado Fociferando estava (5, i).

§ 740. Un examen spécial est dû aux possessifs. Ainsi nous l'avons montré p. 808, dans une partie du domaine roman ils sont enclitiques, dans une autre proclitiques. Mais ils peuvent parfois être aussi postposés là où d'ordinaire ils sont proclitiques, probablement dans les mêmes conditions que les adjectifs, donc lorsqu'ils marquent une distinction. C'est ce qui explique qu'en espagnol apparaisse en ce cas la forme tonique. Si l'on entre dans les détails, il faut observer que l'iTALiEN dit quand on s'adresse à quelqu'un : padre mio, mamma mia, Erofilo nostra etc., puis l'amico mio e non délia Ventura (Enf. 2, éi), l'onore vostro e la salute mia (Lasca 54), da parte mia, dal canto suo etc. et dans les premiers temps, probablement aussi sans intention de faire ressortir le possessif, alli sudditi miei (Nov. 60), Tanimomio (65) etc. À l'Ouest, la situation est la même; cependant, en vieux portugais surtout, il semble qu'on rencontre très fréquemment la postposition du possessif sans qu'il soit vraiment accentué, alors que le port. mod. senhora sua (Diniz, Pup. 78) au sens de « maîtresse d'elle-même » n'est pas étonnant. À aucune époque le français n'a pratiqué (793) la postposition : si donc les poètes de la Pléiade, par opposition même à Marot, disent les mains tiennes etc., c'est une tournure qui, par le fait même qu'elle n'est employée que par une école de poètes raffinés, atteste son caractère étranger au génie du français.

§ 741. Ensuite ipse réclame une place à part. Après les observations formulées p. 812, on ne peut pas s'étonner qu'on

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