‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 256 sur 269 · PLACE DES PRONOMS ATTRIBUTIFS · texte numérisé non relu

PLACE DES PRONOMS ATTRIBUTIFS

dise en ital. l'autore stesso, franc, l'auteur Ini-méme ; en effet, comme le pronom se rattachait primitivement au verbe, la construction : sujet ou régime -|- compléments adverbiaux + verbe était tout aussi possible que régime + compléments adverbiaux + sujet ou régime -|- verbe (cf. § 748). Mais, quand la place attribuée à ipse en fait purement un pronom ou un adjectif, comme en ital. lo stesso autore, franc, le même auteur, sa signification en est changée : il n'indique plus la manière dont une action s'accomplit, mais une particularité de l'objet qu'il détermine, et cette particularité, conformément au sens de ipse, ne peut être que l'identité avec un autre objet déjà cité : « le même auteur ». Si facile que soit donc à justifier chez ipse cette différence de signification d'après la place qu'il occupe, elle n'est cependant pas observée rigoureusement. Sans doute, l'italien et le français littéraire moderne la maintiennent fermement; mais Corneille encore ne craint pas de dire ce vieillard fut la même vertu ; de même on dit en a.-prov. aquesta eissaguerra (Appel, C. 3, 152); à l'inverse, on trouve en ital. la faute medesima (Lasca 194, 10 : la même jeune fille), // papero stesso (54, la même oie), en a. -franc, nuncierent vus cez^ paroles meismes (Roi. 204). A l'Ouest, la construction ipse -\- S. est la seule qui se rencontre aujourd'hui, sans qu'on tienne compte de la signification.

§ 742. Les NOMS DE NOMBRE ORDINAUX aussi réclament encore une observation complémentaire. Si l'on dit couramment en ital. Pio nom, capo secondo, en franc. Charles-Quint ou bien, avec le nom de nombre cardinal (p. 66^, Louis Quatorze et de même à l'Ouest, la postposition du nom de nombre s'explique par l'intention de marquer une distinction ; cependant on ne saurait nier, dans ces expressions, l'influence de la forme écrite, ce qui ressort notamment du fait que la construction : article N. S. n'est pas étrangère à l'ancienne langue. Le roumain seul recourt partout et toujours à la postposition : în noaptea d'întâiii (Basme 153, 12 : dans la première nuit), fiul lui dintâîû (son premier fils). Si, dans le vieux français (794) également, l'on rencontre sa fille la seconde (Brut M. 2824), c'est là, comme déjà l'atteste l'article, une explication donnée après

coup; maison est plus surpris de trouver des exemples comme en franc, les impressions premières du commissaire de police s'effaçaient peu à peu (Belot, Affolée d'amour 41), s' accusant d'être la cause première de la ruine (Zola, Lourdes 37), en esp. se vuelven en su ser primero (D. Quich. i, 18), à su morada primera (14), la ve7^ primera (i, 13, 2, 7), un hij'o segundo (i, 24), tal fué el golpe primero y tal el segundo que (i, 18) etc. Sans doute, dans les exemples français, on peut regarder premier comme ayant une valeur non pas numérique, mais figurée : ce sont les premières impressions par opposition non pas aux secondes, troisièmes etc., mais aux impressions ultérieures, d'autre nature, de sorte que premier se comporte ici de la même manière que le mot autre cité p. 825; mais cette explication ne s'applique pas aux exemples espagnols : ici les noms de nombre paraissent plutôt osciller entre la catégorie des pronoms et celle des adjectifs et ainsi changer de place selon que l'un ou l'autre caractère l'emporte. Ensuite on a pu utiliser la tournure pour produire des effets de style, ainsi que le montre alli me dijo el que viô la ve^ primera â aquella enemiga mortal del linaj'e humano, y alli fué tamhien donde la primera vex le declare su pensamiento tan honesto como enamorado (D. Quich. i, 18).

§ 743 . Aux groupes qui ne sont devenus fixes qu'au cours du développement roman se rattache la copulation de deux SUBSTANTIFS AU MOYEN DE de. Lotsqu'on a notamment un rapport de possession, le parler roman, étant à cette première étape qui s'est conservée en vieux français et en vieux provençal, a tout d'abord coutume de mettre en avant le mot qui est au cas régime : cf. dans les Serments pro deo amur, usage qui se rencontre alors aussi plus tard, qui est le même en prov. ses deu licencia (Boèce 19) et qui ne diffère naturellement pas avec les pronoms, comme V autrui richece, la cui merci; on a de même en ital. Valtrui probità, il celui consiglio, i coloro béni, un ricco giudeo il cui nome era Melchisedech (Bocc, Dec. i, 3), etc. Si, pour les pronoms, on peut songer à une influence exercée par la place des possessifs (p. 808), c'est à cette influence aussi qu'il faudra recourir pour le nom, et même on pourra dire que,

§743- 744- PLACE DES SUBSTANTIFS UNIS PAR de 829

surtout dans les locutions plus ou moins consacrées et qui (795) remontent au datif latin, Tordre des mots autorisé en latin a pu être conservé parce que le sens de ces locutions les rattachait très étroitement aux pronoms possessifs, et qu'ensuite les formes romanes avec cf<? et ad qui les ont remplacées (§40 sqq.) ont aussi gardé parfois la même disposition. Or il se fit un croisement entre cet usage et la tendance romane consistant, en présence de deux idées dépendantes l'une de l'autre, à placer en première ligne l'idée à déterminer comme étant connue et en second lieu l'idée déterminante comme étant nouvelle. Et, dans l'ancienne langue déjà, même quand il s'agit d'exprimer un rapport possessif ou partitif, ce nouveau genre de construction s'emploie aussi souvent que l'ancien; toutefois, même aujourd'hui, il ne l'a pas encore définitivement emporté.

§ 744. Enfin Ton peut encore toucher ici deux points qui nous font déjà empiéter sur le chapitre de Tordre des membres de la proposition. Quand on doit unir à un verbe un régime et un infinitif, auquel cas le régime forme le sujet de Tinfinitif. Tordre naturel des mots est V. R. I. : cf. encore aujourd'hui en franc, je vois le roi venir ou en a. -franc. /a/ l'home deu venir (Alex. 35) etc. Si, en même temps, surtout dans la période primitive, on rencontre souvent aussi V. I. R., cela se comprend, et R. V. I. non plus ne réclame aucune explication. Mais, un fait remarquable, c'est qu'en présence de la construction manifestement la plus fréquente V. R. I. ou, ce qui revient au même, V. -Substantif L, on 'a peu à peu pris l'habitude de mettre généralement à la suite l'un de l'autre V. R. I.,même quand le substantif ou son représentant est régime de l'infinitif, et la chose arrive également avec des verbes nontransitifs et aussi quand Tinfinitif est joint au verbe par une préposition. Ce dernier cas est particulièrement intéressant quand le régime apparaît sous la forme indéterminée. La combinaison R. I. est inséparable, de sorte donc que la préposition se place devant le régime et qu'alors, quand elle se rencontre avec Tarticle, elle se fusionne avec lui aussi complètement que dans la construction préposition + article + substantif : cf. en a. -franc, dou bien oïr au sens de d'oïr le bien. Que des adverbes

et des locutions adverbiales présentent aussi la même disposition, la chose n'est pas autrement surprenante. On dit donc en ital. veggendo la reina cid fare (Trist. ricc. 12), per poter quelle pelli guastare (Serc. 16), a méfia di dovere le sue mancate cose ristorare (25), il pensiere délia visita fare (Buon., Tancia i, (796) 14), dei futuri Casi predir teneva il pregio (Arioste, Roi. 44, 86), en a. -franc, bien purre-^ vos soldeiers luer (Roi. 133), funt lur sumiers trusser (701), qni me destraint et me pelice pour V enfant paistre (Ruteb. 2, 57), maint sage se sont congoï Don bien oïr (Vrai Aniel 5) et même cil qui viendrent del bois vener Se sont d'une pari tuit assis (G. Dole 472), en prov. sesforsa epoina Del\ barons servir et onrar (Flam. 7457), en esp. pensô del gladio aguisar (^K'^'^oW. 385) et cf. 2luss\ pavor me va tofnando d'esti lugar pasar (L. N. S. 53), de miedo de la corte enojar (AppoU. 254), conveniente de al palacio tornar (Ildef. 216), en a. -port, quero îodos teus feitos saber (Graal 3), começou as lanças a britar (15), por quanto Iha prouvera de ao seu poboo dar tal aiuda (Aleixo 9, 17), honde ouvera tant asinha agnisado de atam gram companha faxer ianto algo (Graal 29) etc. Mais alors, tandis que partout au cours des siècles cet ordre des mots a été délaissé au profit de l'ordre habituel I. R. et que de nouveau V. I. sont ainsi rapprochés, de sorte qu'on peut dire en franc, je vois venir le roi, les langues de l'Ouest, d'abord par analogie, ont aussi transporté à cette place le sujet d'un infinitif : en esp. sin yo merecerle (D. Quich. i, 27), sin yo pedilla (14), bien que cette tournure soit ici exceptionnelle et que l'usage le veuille après l'infinitif, en port, chegou a occasiào da snra. Theresa julgar ter obtido uma grande alavanca (Diniz, Pup. 116), porqtie nào 0 has de tu ter (112), que te hei de eu dixer(^\è) etc. ; et cette construction a ensuite rendu possible ce singulier développement de ha de en une forme qui a été discutée au t. II, p. 306. Dans le roman primitif, on suit pour le gérondif le même usage que pour la construction S. I : cf. les exemples p. 554 sqq.

Sur la fusion de l'article avec le pronom, cf. A. Tobler, Vrai Aniel, Rem. au vers 5 .

§ 745. En ce qui concerne les adverbes, il n'y a que peu de chose à dire ici. Certains d'entre eux n'abandonnent pas leur

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