‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 258 sur 269 · C. ORDRE DES MEMBRES DE LA PROPOSITION · texte numérisé non relu

C. ORDRE DES MEMBRES DE LA PROPOSITION

§ 746. Tandis que le latin aime à mettre le verbe à la fin de la proposition, en roman s'est graduellement développée et de plus en plus accusée la tendance à lui accorder la seconde place dans la proposition et à grouper les autres membres de telle sorte que le sujet demeure aussi rapproché que possible du verbe. La conséquence nécessaire de cette règle est que, dans une proposition composée d'un sujet, d'un régime et d'un verbe, l'ordre habituel des mots sera S. V. R. ou R. V. S. ; dans

cell© qui est constituée par des compléments adverbiaux et les deux ou trois autres membres, il sera (les compléments adverbiaux étant mis en tête) A. V. S. ou A. V. S. R. Cette ancienne règle, appliquée avec une assez grande rigueur en français surtout, a été contrariée plus tard par une seconde règle, qui est à son tour particulièrement appliquée en français et d'après laquelle le sujet, dans renonciation, quelle qu'elle soit, doit précéder le verbe, de sorte donc qu'en français moderne la proposition le fils aime le père, malgré l'absence complète de flexion, est aussi peu équivoque qu'en latin ^/m^ amat patrem; ce qui s'exprimait dans une époque antérieure au moyen des (798) terminaisons, c'est actuellement l'ordre des mots qui l'indique. Ainsi l'objet des paragraphes qui vont suivre sera d'exposer le principe de la conception primitive dans ses détails, ainsi que les exceptions qu'elle subit et les vestiges qu'elle a laissés; or, le français étant la langue qui en présente l'application la plus symétrique, c'est lui qui doit ici recevoir la première place.

Le mérite d'avoir reconnu la place fixe du verbe et, conséquemment, son importance pour la structure générale de la proposition revient à R. Thurneysen (cf. ses développements Zs. XVI, 289- 307). Peut-on, toutefois, concevoir avec lui la chose de telle sorte que le verbe aurait pris dans la proposition la place où l'accent se fait le plus faiblement sentir et serait par conséquent devenu en quelque sorte enclitique par rapport au mot le plus fortement accentué ? C'est un point que je crois pouvoir mettre en doute. Il n'est pas permis de s'appuyer sur les pronoms-régimes atones, car avec eux le roman s'est borné à conserver ce qui était déjà d'usage en latin et même il s'en est peu à peu débarrassé, tandis que la place qu'il a donnée au verbe constitue une innovation. L'explication doit être tirée de lois grammaticales ou rythmiques, et non de la logique, ainsi que Thurneysen l'a justement mis en lumière; toutefois on ne pourra se prononcer là-dessus avec quelque certitude qu'après avoir fait des recherches plus approfondies sur l'état des choses dans les autres langues. C'est sur la manière de voir de Thurneysen que se base l'étude de Orlopp, Uber die Wortstellung bel Rabelais, 1887.

§ 747. Commençons d'abord par les propositions de deux MEMBRES ayant pour type // rois dist et voi Vhomme. Or, à ce sujet, il faut insister sur ce fait que précisément les plus anciens

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