PLACE DU SUJET ET DU VERBE
textes, p. ex. la Chanson de Roland, sans exception avec les verbes déclaratifs suivis du discours direct, font venir le sujet en second lieu : dist li païens (537), respunt Rolland (255) etc.; cet usage tient évidemment à ce que l'action de parler se présente la première à l'esprit, que la personne de celui qui parle est ce qu'il y a de neuf, par conséquent de postérieur et de plus important. Mais, si Marsile commence par Bels sire Guenes (563), la réponse à la question est introduite par Guenes respunt (567), ce qui confirme l'explication qui vient d'être donnée. En dehors de là, la proposition optative et Timpérative présentent naturellement le verbe en tête : aït vos Deus (Roi. 1865), vienget li rets (1744); de plus, dans renonciation, assez souvent les verbes intransitifs passent en avant, soit qu'on n'éprouve qu'après coup le besoin de nommer le sujet, soit qu'on veuille le mettre particulièrement en relief. Mais déjà au XIII' siècle l'ordre S. V. est le seul usité, sauf dans les cas (799) qui ont persisté jusqu'aujourd'hui, et si au xvi^ l'ordre V. S. regagne encore du terrain, on a peut-être affaire à l'influence du latin. Actuellement, il y a quelques verbes de mouvement comme veftir, entrer, apparaître, suivre, rester qui se placent volontiers en tête de la proposition, surtout dans les enumerations : vint ensuite le janissaire; Démosthène se taisait, la poésie m chantait plus , restaient les philosophes (Lùck.) etautr. phrases sembl., restes de l'époque ancienne qui ont pu se maintenir parce qu'en pareil cas on signale tout d'abord l'apparition de quelque chose de nouveau ou l'existence de quelque chose d'antérieur et, en n'indiquant cela même qu'après coup, on lui donne d'autant plus de reUef. — Quant à l'ordre R. V., il se rencontre encore dans le Roland, mais il recule de plus en plus sous l'action de la construction normale S. V. R. qui a dû tout d'abord se produire avec les mots non-fléchis. La conséquence en a été qu'assez souvent, même dans renonciation, le verbe se met au commencement de la proposition. Mais, d'un autre côté, dans toutes les propositions composées de trois membres et plus, le verbe continua à prendre toujours la seconde place, de sorte que les propositions avec l'ordre V. R. se trouvèrent être avec les autres dans une opposition qu'on a pu facilement éprouver le besoin de faire disparaître. C'est aussi, en effet, ce qui est
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arrivé le plus souvent, et cela en exprimant en avant le pronom-sujet, de sorte donc qu'à une tournure et voi le roi, bien voi le roi etc. correspond, dans la proposition non-introduite, cette autre jou voi le roi. n9upé»8ni
§ 748. Les PROPOSITIONS DE TROIS MEMBRES qui sont composées d'un sujet, d'un verbe et d'un régime, présentent la disposition S. V. R. ou R. V. S., cette dernière étant d'abord encore la plus fréquente; cependant on a compté que, dans les plus anciens monuments, 63 °/o de tous les exemples ont le régime en premier lieu, dans le Roland 42 % seulement, dans le Chevalier au lion 38 %, chez Joinville 11 %. La prose du xvi^ siècle aussi, en dépit de ses latinismes, offre un état de choses qui ne diffère guère de celui-là. Mais alors c'est sur l'ordre R. V. S. que se règle aussi le verbe déclaratif ou interrogatif intercalé dans le discours direct ou venant après lui, et il a, à travers toutes les époques, conservé son ancienne place. En dehors de là, on n'en rencontre encore dans la langue actuelle qu'un reste qu'on ne comprend plus dans tant vaut V homme, tant vaut sa terre et autant vaut mourir, tournures stéréotypées où (800) le régime primitif paraît être un complément adverbial et l'ancien sujet un régime. — La construction S. R. V. se présente d'abord uniquement quand, après le sujet, se produit une pause, ainsi p. ex. dans la Chanson de Roland quand la césure tombe après le sujet : e quatre cunte Vestrier II ont tenu (2820), puis chez les prosateurs du xiii^ siècle dans les propositions relatives dont le sujet est le pronom relatif : cf. encore aujourd'hui dans les proverbes qui terre a guerre a et qui trop embrasse mal étreint, où il est vrai que trop est, à son tour, bien près d'être un adverbe. Enfin la construction R. S. V. n'est guère possible dans une proposition indépendante qu'avec un sujet pronominal, où elle s'expUque par le fait que le pronom-sujet et le verbe constituent presque une unité fixe, de sorte qu'il ne s'agit, à proprement parler, que de la disposition R. V. De bonne heure déjà et toujours à partir du xvi^ siècle, en pareil cas on rappelle le régime qui précède au moyen du pronom (voy. p. 439 sqq.); cependant La Fontaine dit encore puis en autant de parts le cerf il dépeça (Fables i, 6). — Les proposi-