PLACE DU SUJET ET DU VERBE
tions de trois membres qui sont composées d'un sujet, d'un verbe et d'un prédicat, présentent un état de choses absolument identique. Dans ces propositions aussi, le verbe se place au milieu; conséquemment, quand le sujet a pris la première place, opus est a dû se transformer en est opus : en a. -franc, estuet (II, p. 30e) et cf. aussi en a. -sarde cussas iscripturas, incuntanente qui aen esser opus, açe s fâcher (Stat. Sass. 5, 32). Enfin, lorsqu'il y a un complément adverbial, nous retrouvons en a.franç.S. V. A. ou A. V. S., et cet ordre se maintient encore jusqu'en plein xvi^ siècle; c'est seulement avec le xvii^ que la construction S. V. A. ou A. S. V. devient de plus en plus la forme fixe, à part les exceptions conservées encore aujourd'hui : aussi, encore, à peine, peut-être, au moins, toujours, ainsi, pourvu que le sujet soit un pronom. On peut encore observer que, abstraction faite de ces cas, la disposition A. S. V. en général se rencontre plus tôt avec un sujet pronominal qu'avec un nominal, parce que le pronom se fond de plus en plus avec le verbe en une unité fixe. îorbi) n3
Cf. aussi L. Wespy, Die historische Entwickelung der Inversion da Subjehts im Franiôsischen und der Gehratich derseîben bei Lafontaine, Zs. f. Nfr. VI, 150-209.
§ 749. Beaucoup plus compliquée est la conformation des propositions composées de quatre membres, et parmi elles il (801) y a surtout lieu d'examiner les combinaisons S. V. R. R., S. V. R. P., S. V. R. A. En ce qui concerne d'abord la première, où un même verbe reçoit un régime direct et un indirect, dans les premiers temps règne pour la place du nom une entière liberté : cf. encui rendrunt a paiens cest asalt Li colp d'Almace (Roi. 2142) et laschent les resnes a lur cheVals curan:(^ (3349) et, si plus tard le régime direct s'unit de plus en plus au verbe, parfois cependant la grammaire du français moderne permet aussi de le placer après le régime indirect. Mais, quand il y avait des pronoms-régimes, l'ancienne langue avait alors pour règle absolue de placer l'accusatif avant le datif : nel nie reproverunt (Roi. 768), e deus la nus otreit (1008), puis en i a plus de mil (177), etc. La raison d'être de cette disposition, c'est peut-être que, dans la grande majorité des cas, le pro-
nom-accusatif se rapporte à une énonciation antérieure (cf. p. 796) et que le pronom-datif ne représente très souvent que la personne qui parle, celle à qui l'on s'adresse ou une troisième personne sur laquelle parfois on peut par un geste attirer l'attention. Au cours des xiv^ et xv siècles s'accomplit alors un changement, et voici en quoi il consista :
. ,,, a. -franc. .,,, nil le nie donne , ' donne-le-moi .^r^,;,-,, franc. mo^\. ., il me le donné . ■dqntie-le-moi
a.-franç. mar/pèiï/ le H donne donne-le-lui: umv uh
franc, mod. il le lui donne donne-le-lui
a. -franc, "^f'^'^^'' il le nous donne do7tne-le-nous franc, môd."' ' il nous le donne donne-le-nous
Cette modification, dont on peut trouver les premières traces dans les Cent Nouvelles Nouvelles et qui achève au xvi^ siècle son évolution, a peut-être une cause grammaticale et une cause rythmique. La première est la place occupée par le régime direct immédiatement auprès du verbe, comme on le voit surtout clairement avec l'impératif et dans le changement de le me en me le. Quant au rythme, son rôle se fait sentir avec le lui : il consiste en cette tendance à accentuer " " " que nous avons déjà pu observer p. 8ii et qui fait du le un proclitique par rapport au lui plus plein qui le suit. Il est vrai qu'alors cette tendance aurait pu maintenir aussi le nous, et de fait Amyot présente encore avec nous, vous beaucoup plus sou- (802) vent que dans le me l'ancienne disposition; c'est seulement Vaugelas qui rejette définitivement /e vous, de sorte qu'on pourrait admettre que vous le n'a été déterminé à son tour que par l'analogie de me le.
Pour la statistique des tournures anciennes et nouvelles au - ■ ■•'Xvi« siècle, cf. Jung, Dus Pronomcn hei Amyot, p. 8 à 10.
§ 750. Quand les propositions présentent l'ordre S. V. R. P. ou A. V. R. P., il faut distinguer si le prédicat du régime est un adjectif ou un participe. En ce qui concerne le second cas, il en a déjà été question p. 822; quant au premier, l'ordre moderne est R. P., ordre qui n'est pas non plus étranger à