PLACE DES MOTS DANS LA PHRASE INTERROGATIVE
fera généralement que si déjà précédemment il a été question de la chose, s'il rattache son interrogation à une énonciation déjà connue, et alors par conséquent, sous l'impression de ce qu'il a entendu, il placera aussi en tête un autre mot que celui sur lequel porte la question et ne marquera celle-ci que par l'intonation interrogative. En outre, dans la phrase, il se peut que ce ne soit pas tant le verbe que l'accomplissement de l'action qu'on mette en question précisément au moyen d'un sujet (808) déterminé : « vient-il, le père? » (avec l'accent sur « père »); mais là aussi l'ordre des mots ne peut être différent; l'intonation seule varie, de même d'ailleurs aussi que renonciation « le père vient » peut avoir l'accent sur « père » ou sur « vient ». Nous n'avons pas à nous arrêter là-dessus davantage et même, après tout ce que nous avons vu jusqu'ici sur l'ordre des mots en roman, il se comprend de soi que, si l'interrogation porte sur un membre de proposition, si donc un pronom interrogatif vient en tête ou si les interrogations verbales sont introduites au moyen d'une des particules étudiées au § 519, le sujet se place nécessairement derrière le verbe. Pour confirmer ces règles, on trouvera des exemples en abondance dans les ~ §514 sqq., de sorte que pas n'est besoia d'en donner d'autres ici; mais les exceptions doivent, elles, être examinées ici.
Dans le livre (p. 157-245) cité à la suite du § 512, A. Schulze indique en vieux français toute espèce de particularités que nous devons ici passer sous silence. iJ^J- â-'r -
§ 756. En effet, si nous laissons entièrement de côté les interrogations verbales sous forme d'énonciation, il peut arriver que, même avec des interrogations portant sur un membre de proposition, le terme interrogatif ne se trouve pas en tête de la phrase : cf. en ital. quella che cosa è che io li veggio? (Bocc, Dec. 3, 10) et sans doute aussi il padrone è egli in casa? y en a. -franc, ce que puet estre? (Ch. Lyon im), de chou que chaut, quant ne sont secouru? (Alise. 308), mais ce que vaut? (Ruteb. 2, 451), quaveT^-vous? Vous quave^^ empensé? (Doon 2564), en prov. eu que farai? (Phm. 2379), evos, en Estragnat, per que fa:^etx? (G. Ross. 3520),^ tu qu estas com fai ratx al pertus? (B. Born 6, 19). Le caractère particulier de cette tour-
nure, c'est que celui qui parle ne veut d'abord aucunement poser une question, mais exprimer une idée sur un être, qu'il attire d'abord l'attention de la personne à qui il s'adresse sur quelque chose et que c'est seulement par rapport à cela qu'il pose alors une question. Or ici le français va particulièrement loin en ce qu'il met presque toujours le sujet en avant; mais, en le répétant au moyen d'un pronom rattaché au verbe, il crée toutefois entre l'interrogation et renonciation une distinction profonde qui nous conduit, ainsi que nous l'avons montré au t. II, p. 407, à un facteur morphologique entièrement nou- (809) veau. On dit donc votre père, vient-il?; votre père, où est-il mort? etc. : cf. déjà en a. -franc, et la haïne Donne rest ele tote aperte? (Ch. Lyon 6014), et mes sire Gauvains chaeles, Li frans, H dou:;^, ou iert il donques? (3698). Si ces exemples et aussi ceux du français moderne qui les précèdent peuvent encore être expliqués par l'anacoluthe qui vient d'être caractérisée, en revanche où votre père est-il mort? prouve qu'on a complètement méconnu le véritable état de choses. / <>-,'
Cf. A. TOBLER, Beitr. i, 55-56. ;>(,fil)p Jb^'j Jtï ,0cfl3V
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§ 757. Ainsi que nous l'avons exposé p. 771, en roman la négation appartient au verbe; par voie de conséquence, la particule négative se place immédiatement devant le verbe et est atone. Ils ne peuvent être séparés que par les pronomsrégimes et quand ceux-ci sont tout à fait proclitiques tandis que, s'ils sont enclitiques, la négation reste auprès du verbe (cf. p. 797). Il n'y a que l'ancien français qui ait constitué, avec non et ne(n), deux formes différentes, l'une tonique et l'autre atone. S'il emploie la première dans des cas tels que Sire, non iert il (Ch. Lyon 4643), on peut se demander si c'est la pleine signification que renferme le verbe ou sa nature enclitique (p. 807) qui est en cause. Cette remarque s'applique également à non fai, non ferai (p. 585). Toutefois qu'on tienne compte de l'observation suivante. On rencontre simultanément je non et naje. Dans je non sont renfermées, à proprement parler, deux idées : je? non, tandis que naje, nenil pré-
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sentent la négation atone et par conséquent présupposent une tournure ne fà^, — Que, dans une période postérieure, les ternies qui renforcent la négation suivent le verbe, qu'antérieurement, et même encore aujourd'hui dans les langues qui se laissent plutôt guider par le sentiment, ils puissent le précéder (cf. en a. -franc, pas m Ventent^ Durm. 1643), la chose se com-prend également d'elle-même. Il n'y a que les rapports de la négation avec l'infinitif en français qui nécessitent une observation. En général, la règle actuelle est de mettre pas devant lui : // parut ne pas savoir de quoi il s' agissait ^ il m'est indifférent d'écrire ou de ne pas écrire, disposition à côté de laquelle cependant n'écrire pas n'est pas interdit. Il s'établit donc une tendance à assimiler la particule négative à l'adverbe y et aux (810) pronoms atones (p. 800). Mais il est complètement interdit aujourd'hui de la placer comme dans je vous supplie de ne me pas refuser et ^^nje.dontm.c^ contentement (Molière, ^AédyvçH.)
15)- ... '.:<'ur.^r^urr:- ^V.^:^l:r.,-r-
§ 758. Mais il arrive que la négation soit réellement séparée du verbe, et c'est quand celui-ci constitue avec un mot proclitique un ensemble fixe. Sous ce rapport entre avant tout en ligne de compte le pronom-régime : en ital. non lo vedo, franc. je ne le vois pas etc. dès les tout premiers temps ^ il en est autrement à l'Ouest, où l'emploi enclitique des pronoms détermine un état de choses un peu diiférent : cf. les exemples p. 797. Avec le pronom-sujet, rien de pareil ne se produit en français : sur je vois se règle je ne vois pdi,'ët l*'6n'rie dit point" ne je vois pas. Mais en vénitien et en frîoulan l'on dit, pas encore certes au xvi^ siècle, mais bien au xviii^ et de nos jours d'une façon générale no el yede (il ne voit pas) etc. Comment en revanche expliquer le piém. / sort pi nen den d'ése camâ vost fiôl (je ne suis plus digne d'être appelé votre fils), volia pi nen intré nt ka (il ne voulait plus entrer dans la maison) ? C'est un point qui n'est pas encore éclairci.
§ 759. Mais il arrive aussi que celui qui parle énonce quelque chose qui sera ou bien a été réellement exécuté, et qu'il repousse seulement certaines circonstances qu'on pourrait à la rigueur y associer, et dans ce cas la négation devrait se
joindre à ce membre de proposition dont on conteste le rapport avec le verbe. La chose est plus particulièrement claire dans des cas tels que le lat. non scolae, sed vitae discimus; toutefois une disposition comme non discimus scolae sed vitae ne pourrait pas, il est vrai, se justifier logiquement, mais (et c'est bien là d'abord le point important) ne serait pas équivoque, car de fait sed vitae est en quelque sorte une proposition indépendante dont le verbe n'est pas exprimé pour la raison que ce qui précède permet de le suppléer facilement. A la teneur indiquée du dicton latin correspond assez exactement le prov. om per veltat non a lo pel chanut; o es enferms o a afan agiit (Boèce 107)^ sauf que le motif réel est introduit par anacoluthe. Si, ici non plus, il ne peut pas encore se produire de malentendu, bien que la place de non soit pourtant étonnante, en revanche dans un (811) cas comme l'ital. e non dopo molti giorni quello manda chc mandata avea per lafanciulla (Serc. 405) l'adjonction de tion au verbe donnerait un sens complètement différent. Mais en somme on peut cependant dire que les langues romanes associent la négation au verbe partout où un autre ordre n'est pas absolument nécessaire, que, même dans des cas comme le franc, tout ce qui reluit nest pas or, n'existe pas pour les Romans cette manière de voir qui semble être la plus naturelle quand on recourt à l'analyse logique ou que l'on consulte le sentiment linguistique de ceux qui accordent à la négation une assez grande mobilité. Nous devons renoncer à faire ici un exposé plus détaillé de cette question; en revanche, on peut encore signaler un exemple du procédé inverse. Machiavel commence le chapitre 14 du premier livre dé ses Discours par cette phrase : non solamente gli augurii, corne di sopra si ê discorso, erano il fondamento in huona parte delV antica religione de gentili, ma ancora erano quelli che erano cagione del ben essere délia repuhblica romana. Étant donnée la place attribuée à non solamente devant augurii, on s'attend à trouver un second sujet mis en opposition avec celui-là ; or, au lieu de cela, c'est plutôt un verbe qui se présente. Cette faute contre la logique et, ce qui est certes plus grave, contre la tournure habituelle du roman s'explique par le fait que la proposition commence par un adverbe, mais ensuite arrive immédiatement le sujet, de
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sorte donc que non solamente est assimilé à n'importe quel autre
adverbe.
Cf. A.ToBLER, Beitr. 2, 159-166 et Th. Kalepky, Die Negation im Proven\aUschen, 1888.