COMPARATIF
tournure périphrastique pour les adjectifs en -eus, -ius, -uus : elle dit donc magis idoneus, amplius, exigiius etc. Or il est remarquable qu'en latin déjà et par continuation en roman il s'est également produit un croisement des deux modes de formation : on dit donc magis (j>lus^ melior, sans que le sens du simple melior en soit aucunement modifié. C'est ainsi qu'on lit déjà chez Plaute magis stultius (Stichus 699) etc., et des tournures analogues se rencontrent dans les patois modernes et parfois dans les anciennes langues littéraires, tandis qu'un langage plus raffiné évite naturellement cette accumulation : cf. en prov. iot lo plus rie e 'l plus melhor (Appel, C. 9, 8), en a.-esp. bueno fué en comienxp, a post res mas mejor (Berceo, Sil. 31), alguno mas mayor (20), los mas tnejores que y eran (Hi ta 285), los que son mas mejores (1200) etc. De même le prov. yeu soi dels autres pus prims (Bartsch, Denkm, 5, 20), esp. mas primero (Alej. 244) peut être mentionné ici, primero étant au point de (61) vue syntaxique l'équivalent d'un comparatif (v. § 245). Il y a encore l'a. -franc, mains menre (Ch. II esp. 5821), plus meilleur, que Ramus et H. Estienne signalent comme propres à la langue vulgaire; comme exemples modernes, citons le rom. è piu mejjo er carnovah (Belli i, 9), abruzz. kkyu meyyç etc. Il est plus -^ rare que les comparatifs tombent jusqu'au rang de simples ■positifs. Ramus blâme l'emploi de pire au sens de mauvais, tandis qu'on se demande si, dans l'a, -franc, tost me torneroit a pis (Clig. 629), on doit prendre pis pour l'équivalent de mal; et de même, dans l'expression consacrée grant e menour, celui-ci peut avoir son sens propre. Mais, si l'auteur du Bastart de Bouillon écrit il Varont par tamps et horrible et greignour (189), on peut certes admettre qu'il ne connaît plus l'exacte fonction de ce mot qui lui vient uniquement de la langue des livres et non de celle de la conversation. Un exemple qui prouve que le sentiment du vrai sens de ces derniers comparatifs peut échapper même à des auteurs modernes qui écrivent avec soin, nous est fourni par una gruta mayor y de mas grande entrada (J. Valera, Com. Mend. 62); dès lors, si l'on trouve aussi mas malo esforcio dans le poème en ancien espagnol sur Alexandre (1073), il n'y a là rien qui puisse étonner.
§ 48. Sur la question des rapports des formes neutres avec les formes à flexion, l'essentiel a été dit II, § 66; il suffît d'y ajouter que l'ancien provençal aussi connaît H mielhs (le meilleur). Si nous avons pu là observer un empiétement du neutre, c'est l'inverse qui se présente dans l'ital. per lo migliore : cf. per lo migliore si stette in pace (Sacch. 84, de guerre lasse il se tint tranquille), vattene a casa per lo tuo migliore (68); a. -franc. // meudres (Trouv. Belges i, 84, 23 : le meilleur), pren le meillor (Mér. 2185); prov. Ver meillor se ' us pot veT^er (Appel, C. 3, 375) etc.
Au contraire, dans l'ital. venendo alpeggiore del giuoco (Sacch. 68), a. -franc, jou en ai le pior de la bataille (Alisch. 433), il doit y avoir un substantif masculin sous-entendu (capo, chief}), de même qu'on pense à un féminin devant le prov, chau^eti la melhor {Appel, C. 96, i). — Cf. encore D. Behrens, Zs. f. Nfr. XVII, 2, 69.