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NOMBRES CARDINAUX ET PROPORTIONNELS

en ital. Pio Nom, Leone decimo ter:(o, et en franc, encore chez Marot Loys douxjesme, chez Montaigne Charles cinquiesme ; pour l'indication des chapitres : en ital. capitolo, capo, canto quinto ou cinque, franc, chapitre cinq ou cinquième chapitre, esp. el capitulo cinco. L'espagnol va plus loin encore, surtout à l'époque moderne : cf. siete ve^es lo pensava si le hiriere o no y al caho de las ocho el venablo le arrojô (Silva 254), huérfano de madré à los très ahos de edad (Valera, Cap. Mend. 9), à los très dias (Trueba, H. Cid 9, le troisième jour), â los sets tneses de la muerte de doha Blanca (Valera, Cap. Mend. 229, le sixième mois après la mort de dame B.); et l'on peut en rapprocher le prov. alsXXX jorns (M., R. 31, 106 : le trentième jour), sic. sunu inta H j misi (Fiabe 115, je suis au cinquième mois), ital. aile tre volte (Nov. 39, à la troisième fois).

Pour plus de détails sur les parlers de l'Obwald, cf. Th. Gartner, Ràtor. Gramm. § 200 à la fin, et pour l'espagnol cette remarque de Cuervo, n. 41 : « el uso de los ordinales va haciendose cada dia menos comun y come son puramente latinos, de ordinario solo las personas letradas los saben de veinte en adelante ».

§ 52. Aux proportionnels latins correspond, dans les premiers (65) temps surtout, une formation avec duplus : en ital. raddoppianio in mille doppi (Lasca 123, 13; Leop. 126), en a. -franc. a cent doubles (Guill. d'A. 45), ving doubles li renderoit (J. Journi, . 584), en prov. encen dobles doblat:( (Mahn, Ged. 477, 2), en esp. très dobles de loriga tente Fernando (Cid 3634), aujourd'hui con el cuatro doble, al très doble, où l'on doit donc remarquer que doble est invariable. On emploie de même tantum : en ital. le navi nemiche eran due tante, gli ho dato due tanti di più di quel che costava, ei mi parve tre cotanti che una gatta (Sacch. 83), en a. -franc. Et an la pucele revit De san et de biauté cent tan^^ Que not conté Calogrenan^^ (Ch. Lyon 782), messire Gauvains en a cent tani plus grant joie que nus (2286), en prov. me fat:( trop pieiti quella non fat cen tans (Mahn, Ged. 70, 5), en esp. seis tanlos mais fermosa (Berceo, Sil. 234) et ici également avec tanto invariable : dos tanto de lo que el ha niandado (AppoU. 500), quebrantaba al cuerpo mas que solie diez^ tanto (Berceo, Sil. 614), emploi qui se trouve encore en espagnol actuel : en el cuatro tanto (quadruple), en port, dous tanto mais claro (Graal 17). —

Pour les ADVERBES NUMÉRAUX, il cxistc un très grand nombre de périphrases, composées d'un substantif non déterminé, originairement à l'ablatif (§ 38), et du nom de nombre cardinal approprié. Le plus répandu est le lat. vice : en obw. veis, ital. vece, franc, fois, esp.-port. ve:(^, puis le dérivé a. -franc, foiiee, prov.-esp.-port. veyada. On emploie aussi en ital. volta : tre volte (trois fois), fiata, dont l'origine n'est pas tout à fait sûre, en a. -franc, voie (chemin), heure (temps) : il li rendent en une heure plus qu'en cinc cens na por ans fet (G. Coinc. 600, 304), tour, coup, bout (choc), saut etc. Dans les patois il y a p. ex. à mentionner le vionn. yad^e^, qui correspond pour la forme au franc, voyage.

Cf. A. ToBLER, Beitr. I, 148-159 et H. Morf, Littbl. 1887, 218.

§ 53. Parmi les « désignations numériques générales » il faut comprendre les expressions qui signifient « beaucoup, peu, tous, assez, quelques-uns, maints » et autr. sembl., c.-à-d. les représentants du lat. mnltus, paucns, omnis, satis etc. Et ici il y a d'abord à rechercher jusqu'à quel point les termes latins ont persisté ou ont été remplacés par d'autres, et jusqu'à quel point (66) leur signification s'est modifiée : il faut donc aussi examiner surtout comment ils se comportent pour le nombre, tandis que la question de savoir quelles sont, parmi ces désignations, celles qui sont employées substantivement ou adverbialement et celles qui le sont adjectivement, ressort de la syntaxe (§ 139 sqq.). Le lat. multus est demeuré partout : en roum. mult, ital. molto, a. -franc, moût, esp. mucho, port, muito; seul le français moderne l'a abandonné depuis le xvi^ siècle et y a suppléé par des tournures comme beaucoup, force ou par bien; dans le canton des Grisons, c'est blear tiré de plerique qui a pris sa place. Sous le rapport de la signification, il y a lieu de noter que, dans les langues de l'Ouest surtout, multus s'emploie au singulier pour désigner des individus lorsqu'on a en vue une pluraUté d'individus de cette espèce. Déjà en latin on dit multus hostis (maint ennemi, beaucoup d'ennemis); toutefois, dans cet exemple, il s'agit peut-être d'un emploi particulier, non de multus, mais de hostis, comme on l'a montré p. 28 pour les représentants romans de ce mot. De même l'ital. voi

^53- DÉSIGNATIONS NUxMERIClUES GÉNÉRALES 69

avete Jatta molta strada (De Marchi, Giac. id. 89) signifie non pas « nombreux chemins, beaucoup de chemins », mais « beaucoup de chemin ». Mais on aperçoit clairement un emploi nouveau de multus dans le prov. mouta lagrema hegtida (Flam. 14 11), inout ergueil e mouta menassa l'aven del gilos a suffrir (1352), l'esp. avie mucha caheça echada en el prado (Alej. <)jj), fablaba mucha palabra Joca (Berceo, Sil. 293), mucha duena andaban (Berceo, S. Mill. 374), façon de parler encore en usage aujourd'hui, le port, quem quiver viver bem neste mundo, fa^ a vista grossa a muita cousa (Diniz, Pup. 69). Paucus aussi a généralement persisté : en ital. poco^ franc, peu, esp. poco, port, potico; seul le roumain l'a remplacé par putin, qui proprement veut dire « petit », et le même transfert d'un mot signifiant extension dans l'espace à la désignation de la quantité se rencontre en provençal, où petit se présente aussi à côté de pauc : tan cuiava saber d'amor e tan petit en sai (Appel, C. 17, 9), em petit d'ora (3, 292) etc. Les débuts d'un changement de sens de paucus analogue à celui qui a été observé dans multus, se trouvent peut-être dans des cas comme con due 0 tre spilloni d'argento appuntati nella poca treccia dei capelli (De Marchi, Giac. id. 14); toutefois ici l'emploi Aq poco se comprend encore facilement en tant que treccia se rapproche beaucoup d'un nom de matière. Tantus a pris la place de tot, de telle sorte donc que nous avons ici dans toutes les langues romanes un phénomène (67) qui, pour l'idée de « peu », ne s'est accompli que sur une partie de leur domaine; au surplus, le mot a dans l'Ouest les mêmes destinées que multus : en esp. tanta mula (Cid 1966), con tanta preguntilla (J. Valera, Com. Mend. 106, avec une si grande manie de questionner). Mais, ce qui est remarquable, l'a. -franc, et prov. tant a également ce sens : la veïssiex^ tant chevalier plurer (Roi. 349), tant hume mort (1623), // voit tant chemin (Mér. 2529), en prov. am mais tant enemic ieu a Dieu non au^ic (Appel, C. 76, 33). — Omnis n'a laissé de faibles traces qu'en Italie (II, p. 652-3). Bien que ogni repose très vraisemblablement et ogna indubitablement sur le pluriel latin, les deux formes ne s'emploient jamais qu'au singulier : ogni uomo (tout homme), ogni volta (chaque fois), en a. -mil. omia di (Bonv., A 95), omia peccaior Q 141) etc.; ce n'est qu'exceptionnelle-

yO CHAPITRE I : LES MOTS À FLEXION § 53.

ment qu'on trouve en ancien italien ogni altri peccati et autr. sembl. ; quant à Ognissanti (Toussaint), c'est naturellement un latinisme. Le passage du pluriel au singulier doit être interprété tout à fait de la même façon que celui qui vient d'être observé pour miiltus et tanins. L'idée de pluralité contenue dans midtus, omnis est d'abord unie à un singulier grammatical avec les noms de matière et les collectifs; et alors, avec les noms de choses aussi, le singulier peut persister ou s'introduire lorsqu'on doit attirer spécialement l'attention sur chaque individu, lorsqu'on veut indiquer qu'on considère en particulier chacun des objets qui tous ensemble sont multiy omnes. C'est la voie opposée qu'a suivie totus, qui en bas latin déjà élimine omnis, en développant de l'idée de totalité celle d'universalité : totum aurum (l'or tout entier, tout l'or). Il est vrai que l'emploi adverbial semble avoir exercé quelque influence sur ce développement (v. § 320). — Quant aux représentants de satis, il faut seulement remarquer que adsatis : en ital. assai, franc, asscx^, esp. asa:(^, a exclusivement en italien, très souvent en vieux français le sens de « beaucoup », et qu'en ital. abbastan^a exprime l'idée de « assez ». — Avec les mots qui désignent un nombre indéterminé plus restreint, avec « quelques-uns », « beaucoup, maints », la situation est tout à fait caractéristique. L'italien possède ici qualche, exclusivement singulier, et parecchi, (68) presque uniquement pluriel. Le premier, qu'il soit formé de eccu aliquid ou de quale quid, est proprement un neutre indéfini, qui tire de l'idée indéfinie sa valeur numérale, puis s'unit aussi à des substantifs, tout en révélant encore clairement sa nature originelle par sa répugnance pour le pluriel : on dit donc qualche giorno (quelque jour; quelques jours), da qualche anno (depuis quelques années) etc. Parecchio signifie à l'origine « une petite paire » ; on attend par conséquent un parecchio di giorni (une paire de jours). Mais il semble qu'on a dit de bonne heure un parecchio giorni, comme abbastan:{a cittadini etc. (§.139); alors on a fait l'accord plus complet, on a laissé de côté le un devenu superflu, et l'on a dit simplement parecchi giorni. C'est par le même procédé qu'ont été créés le franc. quelques jours etc., esp. algunos dias, avec cette seule différence que la concordance entre la forme et le sens, qui manque à

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