L^^ PRONOMS PERSONNELS EN ITALIEN
ce qui concerne costiUy colui, ils présentent exactement le même mode de développement, sauf qu'ils s'introduisent d'une manière encore plus décidée, chez Dante déjà, comme nominatifs et que leur emploi est plus rare au datif. Au contraire, altrui dans les premiers' temps reste fidèle à sa fonction latine : hanno potenia di far altrui maie (Dante, Inf. 2, 89) et souvent; en outre, avec une valeur de possessif : pregoti che alla mente altrui mi rechi (6, 89), mais il apparaît aussi comme régime direct : che mena dritto altrui per ogni calle (i, 18) et plus rarement après les prépositions, tandis que altri est exclusivement employé comme nominatif. Ensuite, au cours des temps, altrui devient plus rare comme datif; au contraire, comme possessif, il est encore usité même aujourd'hui; comme cas régime et après les prépositions, il est de règle. Enfin cui reste exclusivement borné au cas oblique ; chi comme relatif le reste au nominatif; comme interrogatif il sert aussi pour le cas oblique. Pour plus de renseignements sur cette question, voyez l'étude de la proposition.
§ 59. Les patois, comme nous l'avons déjà indiqué II, § 75 sq., se comportent en partie fort différemment. Il n'y a que le sarde qui maintienne encore une distinction syntaxique entre mie et me\ ailleurs, pour le cas oblique, on n'a adopté partout qu'uNE seule forme, qui repose en partie sur le datif, en partie sur l'accusatif; cependant on a également signalé à Matera (Basilicate) une forme qui se rencontre seulement après les prépositions : a tek, da tek à côté du nom. ti (de tu') et de l'accusatif te. Dans l'Italie du Nord le cas oblique de la première et de la deuxième personne a usurpé la place du nominatif, et cela de bonne heure déjà en génois et en lombard : cf. en a.-gén. e my si ve digo (Arch. Glott. XIV 28, 2$),ti lo diray a my (29, 13), en a. -mil. tanto sonto eo plu segura, mi e la roba mia (Bonv., H 167), sempre staremo mi e le (Besc. 19 12) à côté de ma eo di quilli tri vitij no posso fi blasmadha (Bonv., G 166), plus ont ka tu per nomero (G 22) etc. Dans le plus ancien vénitien, eo, tu semblent seuls se rencontrer; c'est le Brandan qui (75) le premier montre en même temps mi, qui domine ensuite seul chez le citoyen vénitien Calvo, chez le padouan Ruzante et chez le bellunois Cavassico. De Venise il pénètre aussi dans
le rhétique de l'Istrie. Ti partage en général les destinées de mi, à part les quelques exceptions signalées II, p. 102-3. Pour l'explication du phénomène, qui sépare nettement l'italien septentrional du rhétique et du toscan, mais le rattache au français, v. § 63. A la troisième personne du singulier, lui etc. se présente dès l'origine en milanais comme nominatif et comme cas oblique : cf. per questa via teniva e lu e la tnujer (Bonv., P 4), e lor in diverse parte sen van (92), accusaràn lor miseri (D 96), quelii k'era richissimo (P 75), tugi quellor ke aravano (O 107) etc., tandis que c'est à peine si l'ancien génois et l'ancien vénitien connaissent encore cet emploi. Les démonstratifs présentent les mêmes modifications que dans la langue littéraire; les interrogatifs et les relatifs au contraire s'en écartent essentiellement; ainsi ki sert de cas oblique au Nord : en a. -mil. oi sposa mia per ki purissim amor (Bonv., E 2), reo companion da hi nom posso partire (17), en a.-gén. gay a quello per chi lo figlo de l'omo sera trayo (Arch. Glott. XIV 29, i), Jhesu naxarem a chi fo dito Criste (31, 45). A l'inverse, cui s'emploie au Sud comme nominatif : en a. -sic. cui jura sen:(a rasuni la nomu di nostru signuri e per nenti, si illu jura falsu (L. Viz 6), cui mitti la manu a l'aratu e riguarda in diretu, non est dignu di lu riami di celu (228), en sic. mod. ku si potti ammuccari, s'amuccau (Fiabe 108 : celui qui put se cacher, se cacha), en calabr. mi skyatta ku non voli (Gant. regg. 1,4: qu'il éclate, celui qui ne veut pas).
§ 60. En FRANÇAIS, le fait le plus caractéristique et le plus important est l'élimination de jo, tu, il par moi, toi, lui, eux. Ce phénomène embrasse toute la France du Nord, s'étend à travers la Suisse française, le Dauphiné, la Savoie et les communes vaudoises vers le Piémont, et il se retrouve, comme on l'a vu au paragraphe précédent, dans l'italien du Nord. Le plus ancien exemple doit être mei et ceste femme feimes cuvenant (IV Livr. 369); toutefois, pendant toute la période du vieux français, jou etc. est la forme habituelle; c'est seulement au xiv^ siècle qu'il se manifeste un mouvement décisif au profit de (76) moi; au xvi^ tu est presque inconnu comme pronom indépendant, tandis qu'on voit pourtant encore apparaître je, il : rf. je,
§ 60. 6l. LES PRONOMS PERSONNELS EN FRANC. ET EN PROV. 79
dist Picrochole, le prendrai à merci (Rabelais i, 33), je hoy comme un templier : et je tam'quam sponsiis, et moy sicut terra sine aqua (i, 5), cependant je qui vous fais ces tant véritables contes (2, 32), // seul à tous suffirait (3, 19), il qui par tout le passé a vescu tant saintement en son estât, ne peut estre sans quelque désastre (3 , 3 6), il son père (3, 41), elle est toute trou, et il de tnesme toute cheville (4, 9), //:(, toutefois, en un jour mangent leur evesque (3, 2). Jusqu'aujourd'hui il en est resté un dernier vestige dans l'expression juridique je soussigné. Au surplus il n'y a rien à ajouter à ce qui a été dit au deuxième volume. Chez le relatif l'ancienne forme cui s'est confondue dans la prononciation avec qui : il ne peut donc pas ici être question de l'élimination d'une des formes par l'autre. Une autre limitation des pronoms de la troisième personne, mais qui apparaît seulement en français moderne et qui d'ailleurs n'est pas observée rigoureusement, consiste en ce que, unis à des prépositions, ils ne peuvent se rapporter qu'à des personnes ou à des êtres personnifiés, tandis que, quand il s'agit de choses, c'est en (§ 64) ou y (§ 65) qu'on emploie. L'ancienne langue, au contraire, ne fait entre en et de lui etc. qu'une différence d'accentuation.
§ 61. Le PROVENÇAL a des procédés tout différents. Depuis le xiii^ siècle on y rencontre tu comme cas oblique accentué : aunit as tu e ton linhatge (Flam. 1172), tandis que mi disparaît seulement au xvi^ siècle au profit de yeu. En conformité avec le provençal, le catalan et le vaudois généralisent tu, tandis qu'à la première personne celui-là maintient la distinction des deux cas et que celui-ci, selon une remarque déjà faite (p. 77), emploie aussi mi comme nominatif. Comme te est de beaucoup la forme la plus répandue au cas oblique (II, 102-3), o'^ serait peut-être fondé à supposer que, te étant aussi cas oblique atone, cette circonstance aurait facilité ou même déterminé l'introduction de tu à la place du te tonique. A la troisième personne lui, lieis, lor sont également employés de bonne heure au lieu de el etc. après les prépositions ou comme pronoms-régimes accentués : cf. per lui aurien trastut redemcio (Boèce 25), lonhet de lui (Appel, C. 5, 25), en lui refraigni mas dolors (22, 29), ieu vuelh anara ton osdal per sanhar Ihui (Brev. 20694), et el ac voluntat de lieis ve^er (M., B. 34) etc. Mais à côté se trouve aussi el : e faufres (77)
80 CHAPITRE I : LES MOTS À FLEXION §6l. 62,
fer el (Appel, C. 3, 262), tornarai ves el (459) etc. Il ne semble pas y avoir de règle pour la répartition de ces formes; bien que certains textes. Flamenca p. ex., aient une préférence particulière pour lui, cependant el aussi n'y fait jamais entièrement défaut : cf. de lui (1791) à côté de ab el (1865). Au cours des temps lui disparaît complètement : la raison en est peut-être que el fut maintenu grâce à son emploi simultané comme nominatif.
§ 62. Dans la péninsule ibérique, où dès l'origine les formes étaient peu nombreuses, il n'y a que des changements insignifiants à mentionner. Si tu en ancien espagnol se présente assez souvent après les prépositions (Zs. XVII, 10), il est évident qu'il faut l'attribuer à une influence catalane. Que le nominatif, dans les circonstances étudiées au § 36, puisse aussi figurer après les prépositions, il n'y a là rien d'étonnant : cf. entre yo y ellas en vuestra merced somos nos (Cid 2087), entre mi oficial y yo hicimos este retahlo (Caballero, Cuentos 5 1) et surtout le plus souvent entre yo y tu, sans que le nominatif soit d'ailleurs la règle. En outre, un trait propre à l'espagnol est l'emploi du nominatif après como et que, même quand les noms des objets comparés sont au cas régime : caballero tan inconsiderado como yo (Timoneda, Patr. 160 b), has tu visto mas valeroso caballero que yo (D. Q.. i, 10), no tienen mas heredero que yo (Caball., Nov. 7) etc., ou dans des cas comme por lo que toca al tio A. y yo{6iy Sans doute, en quelques-uns de ces exemples on pourrait voir des propositions incomplètes où le verbe « être » serait à suppléer; cependant cette interprétation n'est pas admissible pour tous : on dira plutôt que, le régime étant séparé du verbe par un autre substantif, on ne peut pas employer la forme exigée du cas régime, mais bien celle, plus fréquente quand le pronom est tonique, du cas sujet. Ce qui confirme cette explication, c'est que, dans des cas où le rapport entre forme du sujet et forme du régime n'est pas aussi clair, p. ex. lorsqu'il s'agit de el et si, la forme du régime persiste : quien demanda las cosas mas altas que si. A l'inverse on trouve en port, era
melhor que ti (Rom. IX, 443).
§ 63. Si nous jetons un coup d'œil sur le développement des cas chez les pronoms accentués, nous constatons en premier