‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 39 sur 269 · II. Le Pronom Réfléchi · texte numérisé non relu

II. Le Pronom Réfléchi

§ 67. C'est seulement b. la troisième personne que le latin possède une forme spéciale pour le réfléchi; naturellement, elle n'a pas de nominatif et de plus s'emploie indifféremment pour le singulier et le pluriel. Les langues romanes l'ont conservée, mais en en restreignant sensiblement l'emploi : en effet, elles ne s'en servent plus que pour désigner le sujet de la proposition principale, mais non celui d'une subordonnée. Par conséquent le latin se occidit se traduit en roum. par se ucise, en iial. par si accise, en franc, par // se tua, en esp. par se niaià, en port, par se matou, tandis que dans la phrase Jitgurtha milites obtestatur uti sese regnumque suum ob Romanoruin avaritia defendant, partout aujourd'hui sese serait rendu par le pronom personnel, comme du reste l'aurait fait aussi la langue populaire de Rome, qui (82) avait en pareil cas délaissé le réfléchi. Mais, après cela, il faut signaler une répulsion bien marquée à l'égard du réfléchi surtout après les prépositions, c.-à-d. donc lorsque le pronom est tonique : ainsi au lat. inter se dicebant répond, il est vrai, en esp. -port, decian entre si, mais en roum. T^iceâ într în^ii, en ital? dicevano fra loro, en franc, ils disaient entre eux. Cette réserve

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faite, le roumain présente une complète équivalence entre sine et el, lui; en général il préfère ces derniers et ne conserve l'autre que dans des locutions comme juhirea de sine (amourpropre), stàpînirea de sine (empire sur soi-même) etc. et î^î vine în sine (il revient à lui), se rapede fàrà sine (il sort de ses gonds), el delà sine a fàcut sa (il a par lui-même fait en sorte que). Mais, ce qui prouve combien peu on a conservé le sentiment de la signification de sine, c'est qu'on dit aussi : me-am venit în sine (je suis revenu à moi), alors que l'expression correcte aurait été me-am venit în mine. — L'italien, surtout dans les premiers temps, emploie seco pour con lui, con lei, con loro ou bien le joint à eux : seco lui, seco lei, de sorte donc qu'ici aussi, mais d'une manière un peu différente, on a complètement perdu l'intelligence du sens réel de seco : cf. stettero seco (Lasca 29, ils se tinrent avec lui), furono aile mani seco (Arioste, Supp. 5, 5 : ils en vinrent aux mains avec eux); on lit même encore chez Leopardi querelandomi seco (178) etc. Dans les patois se paraît avoir reculé encore davantage : cf. p. ex. en sic. parrava tra d'iddu (Fiabe 307, il disait en lui-même) etc. — Dans les parlers de la France au moyen âge, soi, se est d'abord employé comme en italien, mais de bonne heure et dans une proportion assez étendue apparaît le pronom personnel : cf. déjà dans Eulalie a lui nos laist venir ou de lui vengier jamais ne li ierl sez^ (Roi. 1966); en prov. ab ell es (Flam. 1885). Mais en même temps le réfléchi persiste, et la conséquence en est que pendant longtemps les deux pronoms ont presque même valeur et qu'on ne compte pas les cas où ils s'emploient l'un pour l'autre. C'est seulement au cours des xvi^ et xvii« siècles que s'établit la règle actuelle qui restreint l'emploi de soi à ne plus représenter que des noms de choses ou un sujet personnel indéterminé, comme o«, aucun, chacun, qui ou à éviter une amphibologie (// rapporte tout à soi); toutefois on rencontre encore assez fréquemment chez Molière des exemples comme une Ji lie que ... Un Valère a séduite et fait entrer che^^ soi (É. d. M. 926). — En ESPAGNOL aussi l'on observe parfois des empiétements de el : cf. el vi^çaino que asi le viô venir contra el (D. Q. I, 8), el hermoso panteon, que estaba cost ruyendo para él (Clem. (83) 124), et le PORTUGAIS emploie si et comsigo comme forme

tonique du pronom de politesse : cf. nem mesmo comsigo, snra. D.Josepha (Que'iroz, Cr. A. 73 : pas même avec vous, Madame].), nào qiier que en me sente ao pe de si (97, ne puis-je pas m'asseoir auprès de vous) etc.

Sur l'emploi de se atone pour me, te dans les Grisons, v. § 380,

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