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III. nie et Ipse

§ 68. Chez les grammairiens latins déjà, ilk est usité comme pronom de la troisième personne, et il s'est conservé dans toutes les langues romanes à l'exception du sarde qui, lui, a confié cette fonction à ipse. Sur ce sujet il n'y aurait pas un mot de plus à ajouter si le roumain et l'italien n'offraient aussi, dans une large proportion, l'emploi de cet ipse à côté de ille. En y regardant de plus près, on constate ici que la concordance des deux langues romanes de l'Est dans la réunion et le croisement de ille et ipse comme pronom personnel, est purement extérieure, accidentelle; que le roumain combine ipse et ille pour des raisons et d'une manière tout autres que l'italien, ce qui exclut donc toute idée de rapport historique entre ces deux langues.

§ 69. Dans le plus ancien document Hnguistique roumain, dans le Codex Voroneteanus, el est seul usité pour le sujet et le régime; après les prépositions on a tantôt îns ou însul, tantôt el ; et ces formes se répartissent comme suit : m exige toujours la forme déterminée : cu-r-unsul; après la et delà apparaît généralement dîns, après intru généralement îns (el apparaît seulement dans des cas isolés); après spre et càtrà l'usage est indécis; de n'admet que el. Les textes ultérieurs offrent des déplacements dans un sens ou dans l'autre. Il est tout naturel que^r^ introduisant le régime direct (§ 352) conserve d'abord el; mais en dehors de cela les autres traductions de la Bible présentent aussi el, même après eu, et le mettent après spre même dans des cas où le Cod. Vor. nous offre îns. La forme cii-n-unsul s'est perdue plus tard, bien que Michael Moxa la connaisse encore : ^i i purta cu-n-unsul în oaste ( ? 6 1 , 17 : il la porta avec soi dans sa (84) couche), si mergea ^i Brutii cu-n-un^ii (356, 37 : Brutus aussi allait avec eux) etc., mais déjà il dit aussi ^i miilti Turci périra

§ ^^. 70. Ipse ET îlle COMME PRONOMS PERSONNELS 87

eu dînsul (404, 29 : et beaucoup de Turcs périrent avec lui). L'emploi de dînsul au cours des temps s'est implanté de plus en plus au point que de nos jours il est presque seul usité après les prépositions et aussi après pre; il sert même de sujet, mais alors rarement et uniquement lorsqu'il se rapporte à des êtres vivants, surtout à des personnes. L'ancien msul n'est plus employé que dans les combinaisons întrînsul, dintrînsul, printrtnsul. On est encore allé plus loin en Olympo-Valachie, où el ne se rencontre presque plus, tandis qu'au contraire en Istrie et à Meglen il paraît être la forme habituelle même après les prépositions. Quant aux rapports de his et însul entre eux, nous avons déjà observé qu'après eu, dans les premiers temps, on trouve sans exception la forme la plus longue, et même ailleurs elle prédomine à tel point au début qu'on ne doit pas y voir une combinaison de îns avec l'article, mais plutôt el ou pour mieux dire le latin ille renforcé et d'abord employé avec certaines prépositions. Donc, déjà de très bonne heure, au lieu ou à côté de cum illo, on disait aussi cum ipso illo, expression où, dans une langue qui postposait ille employé comme article, l'accent devait presque nécessairement reculer sur le second membre, bien que peut-être aussi, comme autoriserait à le supposer l'assimilation vocalique dans cununsul, il n'occupât point originairement cette place. Plus tard alors, sous la pression de l'habitude qu'on avait de placer après les prépositions {eu excepté) la forme sans -// des noms (§ 156), on se servit aussi parfois avec le pronom de tJis, însà, sans que pourtant cette innovation provenant d'un malentendu l'ait emporté; car la langue littéraire aujourd'hui ne permet absolument que de dînsul, de dînsa, de dînsii, de dtnsele, la dînsul etc.

§ 70. En ITALIEN la situation est essentiellement différente, bien qu'ici aussi l'on constate une lutte entre egli et esso. Une première observation à faire, c'est que ille comme pronom per- (85) sonnel tonique paraît inconnu aux parlers du Sud de l'Italie centrale, notamment de Naples (mais non de Sicile, de Calabre et de Tarente), des Abruzzes, aux patois des environs de Rome au Nord jusqu'à Ronciglione inclusivement et, dans les premiers temps, aussi de la ville de Rome : d'accord avec le sarde, au

contraire, ils le remplacent par ipse, et c'est là ce qui doit expliquer que Mathilde Serao p. ex. fasse à peine une distinction entre egli et esso : cf. p. ex. egli la chiamava . . . essa accennava che slava meglio, una lieve luce appariva sidla sua fisonomia, ed ella ricadeva (Ad. Am. 60), Anna sapeva che essi erano là (62), Vocchio suo (de Cesare Dias) si facea vitreo e in quel silenzjo ella intendeva di essergli spiaciufa. Essa lo sapeva (67), egli vide che essa .... lo guardava (71), Vattimo era cost bello che la fanciulla, inconscia, pregava perche esso si arrestasse (95), con cui le donne crudelmente awelenano qnelli che esse non amano (107) etc., avec cette restriction qu'il y a peut-être une préférence un peu plus marquée pour esso. Il pourrait y avoir aussi connexité entre ce fait et l'usage opposé des écrivains du Nord et du Sud, qui paraissent éviter esso, tel le ferrarais Arioste, le génois Barrili ou, sur un point opposé, le sicilien Verga. Quant aux Florentins, ils ont complètement restreint l'emploi de egli, eglino aux personnes et, même après les prépositions, ils font rapporter esso aux noms de choses, lui, lei à ceux d'êtres personnifiés. Chez Boccace on rencontre ensuite esso usité aussi comme sujet personnel : essa spesse volte andava a Rustico (Dec. 3, 10). Mais il faudra encore un certain temps avant que cet usage ne prévale. Ainsi Cellini également restreint généralement l'emploi de esso au cas où il suit une préposition, et c'est seulement chez les modernes que essa notamment est souvent préféré comme sujet : la raison en est évidemment l'équivoque résultant de l'emploi de Ella ou Lei comme pronom de politesse (§ 86). Ainsi peut-on, comme dans une phrase de M. Serao citée plus haut, rencontrer tout simplement egli et essa l'un à côté de l'autre. Il reste surprenant que le cas contraire puisse aussi se constater, p. ex. dans le vieux génois com esso (Arch. Glott. XIV 33, i) en regard de corn ella (4); il ne l'est pas moins que le Brandan en ancien vénitien emploie souvent eso, esa comme pronom personnel, usage qui est pourtant tout

à fait inconnu à d'autres textes vénitiens anciens ou modernes.

§71. L'affaiblissement de sens que l'exposé précédent atteste dans ille et ipse, s'est également produit à une époque ultérieure pour cil ille dans les Grisons, le Nord de l'Italie et vrai-

§ yo- 72. Ille ET Ipse comme pronoms personnels 89

semblablement ailleurs aussi. C'est ainsi que le rédacteur sursilvain de la Cuorta Memoria emploie très souvent quel (86) notamment comme régime et après les prépositions : cf. quels che visitassien devo:(iusamein la basel^ia de Sointg Benedetg a Somvitg u quela gidassien cun almosnas (209, 26 : ceux qui visitaient dévotement l'église de Saint Benoît à Somvitg ou qui la secouraient de leurs aumônes), quels de Turitg han garegiau agid dais Grischuns e quel era obteniu (221, 7 : ceux de Zurich ont sollicité l'aide des Grisons et ils l'ont obtenue) et ainsi encore assez souvent ; cf. en outre in schnider ha voliu ira pil mund entuorn per mirar giu quel (Sûrs. Mâhrch. 15, i : un tailleur voulut aller par le monde pour le connaître), els ein aber stai pli sperts, ein sigli a mumma els egls et han cavau quels ad clla ord il tgau (6, 19 : mais ils ont été plus prompts, ils ont sauté aux yeux de la mère et les lui ont arrachés de la tête). En ce qui concerne le Nord de l'Italie, on peut se borner à signaler que Biondelli écrit même dans le paradigme de la conjugaison : en tur. kyel a porta, mond. kel u porta, alex. kul là l porta, parm. kol el porta (il porte), alors qu'au pluriel Turin et Parme conservent lor, que Mondovi et Alexandrie adoptent la forme correspondante kei i porta, kul la portu.

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