IV. Les Pronoms Possessifs
§ 72. L'emploi et le sens des possessifs appellent peu d'observations. A la différence du latin, suus n'a plus une valeur purement réfléchie, mais il s'emploie généralement devant une troisième personne, de sorte donc que p. ex. le latin Deum agnoscis ex operibus ejus a plutôt pour correspondant en roman l'ital. conosci Iddio dalle sue opère, franc, tu confiais Dieu à ses œuvres, esp. conoces à Dios à sus obras. Toutefois le roman aussi préfère souvent au possessif le pronom personnel avec de, a ou sous la forme du datif, de sorte donc que nos premières recherches doivent porter sur le rapport de ces deux tournures. C'est chose remarquable que le français surtout et moins l'italien accusent une certaine répugnance à établir une relation entre suus et des objets inanimés : on dit cette affaire est délicate, le succès en est douteux, non son succès; et l'italien aussi préfère-
(87) rait ne. Nous avons montré au t. II, § 92 que, pour marquer le rapport avec une pluralité de possesseurs, à côté de suus on rencontre illorum, en sarde ipsorum, et que ces anciens génitifs, quant à la forme aussi, sont souvent assimilés aux pronoms employés comme adjectifs. Mais il reste encore une remarque à faire relativement au sens du rapport de possession, car il se présente à ce propos des particularités de toute espèce.
Pour les rapports entre siius et illorum, il faut actuellement encore renvoyer à A. Tobler, Beitr. II, 80-82.
§ 73. C'est le ROUMAIN qui a le moins généralisé la substitution de suus à ejus et, dans les premiers temps surtout, il ne cesse pas non plus d'hésiter entre illorum et suus. Une phrase comme se înkinarà lui Adamû ca niste robi domnu sâu si le puse nume Adamû tuturora, càriiaft pre podoaba ei (C. B. I, 346, 28 : ils s'inclinèrent devant Adam comme des valets devant leur maître et Adam leur donna à tous des noms conformes à leur nature) conserve assez exactement la distinction faite par le latin, mais il en est d'autres où l'on observe l'équivalence complète des deux tournures : fàcû Dumne-^^eu omul eu mâna
lui pre kipul obra^ului sâu (346, 18 : Dieu fit l'homme avec
sa main d'après la forme de son visage), ^ise slugelor lui à côté de xj^e slugilor sale (C. B. II, 147 : il dit à ses valets). Un phénomène remarquable, c'est l'alternance entre lui et sâu dans l'exemple suivant : mai naînte de naslerea lui va^û lata sâu un vis : cà ràsàri soarele den trupul muierei-lui (C. B. I, 357, 27 : avant sa naissance son père rêva que le soleil s'élevait du corps de sa femme), où l'on voit que sâu et le premier lui se rapportent à un être précité, mais non représenté dans la phrase, et le second lui au sujet de la proposition principale. C'est surtout quand il pourrait y avoir équivoque que lui, ei est usité : bote:(â acel împàrat si slugile lui (C. B. II, 152 : il baptisa cet empereur et les serviteurs de celui-ci); parfois aussi, on ne voit pas de raison réelle à son emploi : cine va vrea de voia lui (C. B. I, 362, 10 : celui qui veut de sa propre volonté) etc. Il en est de même au pluriel : în sfatul lorii nu soseascâ sufleîul niieu {i în adunarea loru nu fie slava mea, cà în màniia sa omorârà pre omû si în hrâboriia sa cia orbitoare omorârà pre taore, blàste-