‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 42 sur 269 · REPRESENTANTS ROMANS DE SUUS LATIN 9I · texte numérisé non relu

REPRESENTANTS ROMANS DE SUUS LATIN 9I

mata sa fie màniia lorû (Gaster I, 35, 26 : que mon âme ne suive pas leurs conseils, et que ma grandeur ne se confonde (88) pas dans leur compagnie, car dans leur colère ils ont tué des hommes, et dans leur légèreté ils ont aveuglé des bœufs. Maudite soit leur colère).

§ 74. Au lieu ou à côté de suus etc. les autres langues emploient le pronom personnel avec de ou ad lorsqu'il importe d'éviter l'ambiguïté de sens de suuSy lorsque donc le contexte à lui seul n'indique pas si le possesseur est masculin ou féminin alors qu'il est nécessaire de le savoir, ou bien aussi lorsque le rapport de possession doit être mis spécialement en relief. L'italien se sert de di Let, surtout comme pronom de politesse : la di Lei bontà (votre bonté) à côté de la sua bontâ (sa bonté), sans faire pourtant de cet emploi une règle absolue, ou bien pour appuyer davantage : per onor di te e per consola^ione di lei (en ton honneur et pour sa consolation), ou bien encore pour éviter l'équivoque : passando dalVnscio di lei (Lasca 192, 21). On dit concurremment centomila pari di lui (Serc. 396) et // pari suoi (Arioste, Cass. 5, 4 : ses pairs). Le français moderne ajoute au possessif le pronom personnel avec à pour éviter l'équivoque : quelques billets de mille francs, tirés de sa bourse à elle, ou pour appuyer davantage : son père à lui. En pareil cas, plus anciennement, la langue recourait à de avec le pronom personnel, sans exprimer le possessif : et si vous voule^ avoir la bonne grace d'elle, je vous conseille de vous faire amy et serviteur de lui (Hept. I, 348). Mais, même sans qu'il y ait pour motif un besoin de clarté, le vieux français et encore les xv^ et xvi* siècles font fréquemment usage de cette construction : cf. l'anme de tei en pareïs seit mise (Roi. 2934), se la cortoisie seussent et la grant proesce de lui (Ch. Lyon 4022), por le douçor de li et por s'amor (Auc. 24, 77), mais se la fille s' esj'ouissoit de sa portée, la mère d'elle en avoit à cent doubles joyes (G. N. N. 14, 84), alle^^ à Venterrement d'elle (Rabelais II, 3) etc. — On constate un emploi tout spécialement fréquent de de elle etc. en espagnol et en portugais, ce qui s'explique aisément par l'ambiguïté du sens de su.

§ 75. L'emploi qui vient d'être étudié du pronom personnel

avec ad ou, ce qui revient au même, de la forme du datif de (89) ce même pronom à la place du possessif, a pris en roman une plus large extension qu'en allemand. Mais comme, même dans des cas tels que le port, voces per doem se eu Ihes interrompu a conversa (Diniz, Pup. 248) ou as duas irmàs, que Ihe nào sentiram a entrada{i^6), le datif continue pourtant à dépendre avant tout du verbe, on ne peut pas encore dire proprement qu'il remplace le pronom possessif de la même manière en quelque sorte que le fait illormn. Il n'y a qu'un seul dialecte isolé, le macédonien, où cependant le dernier pas se trouve aussi franchi : cf. fatsa ts din tràndâfilà (Weig., Arom. 12, 4 : ton visage comme une rose), bagà n ts fesea (13, place-moi ton fez sur la tête), dada ri m îngàcea (13, 8 : ma mère me gronda) etc. Toutefois, à côté de cela, l'ancien pronom s'est conservé : cf. sa n yinà tu mânle a nieale (12, 12 : qu'elle vienne dans mes mains), dâ n frâmtea tao (21, donne-moi ton front) etc. D'ailleurs le valaque aussi ne fait aucune distinction entre calu-ml et calul mieu (mon cheval). Cf. encore § 270.

§ 76. Souvent l'emploi du possessif est PLÉONASTiauE, soit que l'idée de possession soit exprimée par habere, soit qu'elle le soit par de ou ad ou le datif possessif; mais il faut faire abstraction complète des cas étudiés au § 74, où il ne peut assurément pas être question de pléonasme. Nous avons donné dans le paragraphe précédent un exemple du macédonien : pour le reste, cf. le roum. élu ni-i capul nostru (C. B. II, 122 : il est notre tête à nous), le se va umplea masa lor de hranà (C. B. I, 354, 22 : leur table à eux va s'empHr de mets). L'ancien italien affectionne surtout des expressions comme avea una sua nioglie (Nov. 40), avea un suo castellano (35), avea una sua donna (Sacch. 84), aveva un suo tinico figliuolo (Cellini 13), aveva un suo primo e valoroso capitano (3, 12) etc.; pourtant on rencontre aussi parfois l'autre tournure : di tutti i servi le magagne loro racconterai (^Pulci, Driad. 2, 23). En ancien français les cas sont très rares : cf. entre autres mais vous

n'entendes mie de Yosaphas sœvre et sa vie (Barl. et Jos. 288, 31), ïemperur ne dute:( mie sa rage et sa grant folie (Chardry, S. Dorm. 959), -^^ proece qu'il avoit (Ccy 346); le provençal

$j6. 77. POSSESSIF PLÉONASTiaUE ET SENS DES POSSESSIFS 93

et le CATALAN au contraire en offrent en abondance : so es (90) (Tamor sa dreitura (Flam. 3203), de metges lor tneigia (B., D. 222, 13), de ctii vos vuelh comtar sa via (216, 16), un dart don om non pot son colp veser (B., C. 251, 3), de na Faidid^ atretal vnolh sas hellas den^ en dos (B, Born 12, 51) etc. On est allé plus loin encore en espagnol et en portugais : cf. en esp. antes de la noche en Bttrgos del entra su carta (Cid 23), Fele:;^ Munox so sobrino del Campeador (741), del roy el su mandado (Berceo, Sil. 744), del go:(o cnita es su hermana ÇAppoW. 265), aventurando su vida por salvar la suya del emperador (Amadis 322 a), sus padres de Leonisa (Nov. ej. 56), habia un su nido (Cal. 24 b), un hermano suyo que tenia (Patraii. 159 a) etc., en port, como se fossem seus filhos todos de rei Artur (Graal 85), ante seus pees do cavallo de seu irmào (128), era um meu soo filho que tiinha (Aleixo 8, 14) et aussi de seus pecados que fex (Graal m) etc. Cf. A. ToBLER, Beitr. II, 78-80.

§ 77. La SIGNIFICATION des possessifs jouit en roman comme en latin d'une certaine élasticité. A côté du sens primitif tel qu'on le voit dans le franc. ina maison « la maison qui m'appartient » ou « dans laquelle j'habite », mon peuple « le peuple auquel j'appartiens », on remarque une série d'acceptions dérivées. Déjà le latin possède et l'on n'a aucune peine à comprendre nwn ami (quelqu'un qui se montre à mon égard comme ami); il faut seulement observer que les noms de personnes sont loin d'être tous susceptibles d'être unis au possessif. En effet, s'il est vrai qu'on peut dire en obw. igl miu tarditur (Alig 52, 76), en a. -franc, mon /ra/Yor (Mousk. 9423 : quelqu'un qui me trahit), en revanche c'est à peine si le franc, mod. autorise encore fnon traître, alors que son assassin et autre sembl. ne font aucune difficulté. Rien ne s'oppose à ce qu'on dise en franc, mod. votre ennemi, votre adversaire, mais on ne pourrait guère risquer aujourd'hui même en poésie votre rebelle (Garnier, Juifves II 04). L'ital. il mio conoscente, a. -franc, ses conoissanx (S. Thom. 2563) n'est pas autrement surprenant, vu l'évolution du sens de ce participe (p. 22). On peut encore y rattacher d'autres participes : en a. -franc. // rois ert lor bienvoellans (Mousk. 27122), prov. vostre bevolen (Daurel 43), en a. -franc.

sis obedien^ sui (S. Thom. 5200). On s'étonne davantage de (9O voir avec des participes passés la personne qui agit représentée par le possessif : en a. -franc, un soen norri (Turpin I, 38, 24 : un homme élevé par lui), en franc, mod. son obligé (un homme obUgé par lui), en a.-esp. es mucho tu pagada (Berceo, Sil. 241 : elle est grandement ton obligée), et alors aussi l'idée opposée era el rey su despagado (169, le roi était mécontent de lui). On peut se demander si, dans le dernier exemple, on n'a pas affaire à un procédé purement mécanique et analogique. En effet, à l'instar de la casa del padre et la su casa, pagado del abad aurait aussi entraîné su pagado; et cette hypothèse est encore plus vraisemblable dans des cas tels que Tital. // suo migliore, il suo pare (à côté de // pare di lui, p. 91) et le franc, mon aîné, cadet, pareil, etc.

§ 78. C'est d'une manière analogue que le possessif s'unit à des substantifs abstraits pour désigner la personne qui est l'objet de l'action : en obw. enten miu regiert ÇAWg 75, en souvenir de moi), en ital. le ingiurie nostre (Tasse, Jér. 4, 12 : les offenses qui nous ont été fiiites), ^^r amor mio (par amour pour moi), en a. -franc, ni aïe (R., Alise. 2397 : l'aide qu'on m'apporte), por soe amor (Alex. 34 c : par amour pour lui) et beaucoup d'autres exemples, et même encore en franc, mod. sans votre respect (Mol., Crit. 74), à votre considération (Sic. 17), obtenir son pardon, mes injures (Racine, Ath. 552) etc., en prov. per lur amor (Flam. 184, par amour pour eux) et aussi tos dos (B., C. 133, 35 : les dons que tu as reçus), en esp. el tu grati deseyo (AppoU. 253,1e grand désir que tu inspires), con su miedo (49, par crainte de lui), en port. Collingwood é grande enthusiasta sen (Amorim, Am. Patr. 299 : C. est grandement enthousiaste de vous), sus saudades (le désir qu'il inspire), dar algumas indicaçôes a seu respeito (Amorim, Am. Patr. 41) etc. De même l'ital. sue notiiie, franc, mod. ses nouvelles, esp. nuevas suyas (nouvelles de lui) se rattache à ce groupe et montre une fois de plus qu'une locution composée de deux substantifs unis par de peut être remplacée par une autre avec le possessif, même en des cas où de n'a pas précisément le sens possessif. Mais il n'y a pas d'exemple plus caractéristique de cette substitution mécanique d'une expression à une autre que l'emploi simultané

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