DIVISION DES VERBES UNIPERSONNELS
Artur, eu ie trago ho cavaleyro desejado (n); en outre, pour parler à Dieu, la forme usuelle est tu. Les autres particularités appartiennent moins à la grammaire qu'à l'histoire de la civilisation.
Cf. A MussAFiA, Zs. IV, 109-113 et V. Schliebitz, Die Person der Anrede in der fran^ôsisclien Sprache. Diss. Breslau 1886.
§ 98. Les verbes unipersonnels se partagent en deux classes distinctes, qui se différencient entre elles dans leur développement historique de la manière suivante : l'une n'a presque pas déplacé son domaine depuis le plus ancien latin jusqu'à la période actuelle du développement roman; l'autre, au contraire, accuse nettement une tendance, qui cependant n'est pas, bien entendu, uniforme partout, à passer aux verbes qui ont toutes leurs personnes. Comme type pour la première on peut donner en franc. // plenty pour la seconde // me souvient une chose ou je me souviens (Tune chose. Les deux façons de dire ont ceci de commun que celui qui parle ne tient aucun compte de l'auteur de l'action, qu'il remarque un simple fait, sans se préoccuper de celui qui l'a accompli ou sans pouvoir se le représenter, et qu'il choisit à cet effet la forme du verbe personnel qui est en grammaire la forme la plus indéterminée. Mais il y a cette différence entre les deux classes que les verbes appartenant à la première expriment en vertu de leur signification des activités ou plutôt des accidents pour lesquels il ne semble pas y avoir d'auteurs; ceux de la seconde, au contraire, désignent des événements pour lesquels l'auteur, s'il n'est pas nommé d'abord, est exprimé ou du moins peut l'être après le verbe sous la forme usuelle ou sous une forme spéciale, et qui en outre ont encore un régime direct personnel (§ 390). Au point de vue formel, une autre différence encore entre ces derniers verbes et ceux de la première classe, c'est d'abord (112) qu'à côté de la troisième personne du singulier, ils peuvent aussi avoir la troisième du pluriel. Vis-à-vis d'une expression comme mi riesce Vimpresa en italien se développe bientôt mi riescono le imprese; mais il arrive aussi que le rapport de personne et de chose soit renversé, et qu'on dise ci riesco, en franc, fy réussis. On a aussi dénommé les deux espèces de verbes
Il6 CHAPITRE 1 : LES MOTS À FLEXION § 98. 99.
« impersonnels » ou « sans sujet »; cependant cette dernière qualification ne convient absolument pas à ceux de la deuxième classe, et la première est inexacte pour toutes deux, car la négation de l'idée « personne » que contient le terme « impersonnel », n'est certes pas le point essentiel. La dénomination de « unipersonnels » a pour la grammaire l'avantage de caractériser un phénomène grammatical dans sa particularité grammaticale.
§ 99. A la première classe des verbes unipersonnels appartiennent tous ceux qui désignent des phénomènes de la nature au sens le plus étendu de ce terme : tels sont donc en latin pluît, ninguiî, fulgurat etc., tels en roum ploac, ningc^ en ital. piove, nevica, tiiona, lampeggia, halcna, gela, en franc, il pleut, neige, tonne, grésille, gèle, en esp. llueve, Ihvi^na, nieva, truena, grani:(a, relampaguea, hiela etc. Ensuite ce sont les expressions qui indiquent le temps ou la température, lesquelles sont tantôt des verbes simples : en a. -franc, ajorne, anuitc, avespre, iverne, en esp. amanece, anochecc, en port, amanhece, anoitece (il est vrai qu'en même temps le vieux français dit aussi li jors ajorne^, tantôt des locutions composées comme en ital. fa giorno, notte, caldo, qtiindici giorni fa, en franc, // fait jour (en a. -franc, fait jorn ec non fait jor^, nuit, clair, chaud, en esp. hace frio, calor, sombra, algunos dias hace, en port. fax frio, quinze dias etc. On constate ici en espagnol, lorsqu'on y dit aussi hicieron grandes calores à côté de hice grandes calores, un transfert aux verbes personnels, k facere se rattache venire ààns l'ancien roman : en a. -franc, tant ke vint a la nuit oscure (Ch. Lyoti 4838), en port, quando veeo aa noite (Graal 52). Ensuite il faut citer la manière d'exprimer l'existence : en ital. vi, ci ha, a. -franc, a, franc, mod. il y a, esp. hay, port, hai, enfin un cas où le sujet à l'origine était formulé, mais où il a été omis parce qu'il s'entendait de soi-même : en franc. // sonne trois heures, esp. da las très, qui s'exprimait primitivement par cl (113) reloj da las très. Il était d'autant plus facile en ce cas de ne pas nommer l'auteur de l'actio \ qu'en indiquant l'heure sonnante on n'énonce le plus souvent qu'une impression qu'on reçoit; quant à savoir quelle est la cause de cette impression, cela n'a pas d'importance. Mais on peut ensuite aller plus loin et
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dire aussi en esp. dan las très, tout à fait comme en ital. suonano Je tre, qui doit également provenir d'une expression plus ancienne : (l'orologio) siwna le tre. — Quand les verbes ici mentionnés adoptent un sens figuré, quand par conséquent ils changent de signification, il en résulte naturellement aussi pour eux la possibilité de recevoir un sujet déterminé et d'affecter diverses formes. Ainsi l'on dit en ital. ttitte le consolazjoni piovan su lui (Pellico, Pris. 12), en franc, mod. les bombes pleuvent sur les maisons, en esp. sus palabras me hielan et autr. sembl. Il y a encore d'autres cas où parfois se manifeste au moins une tendance à employer un sujet déterminé. A la vieille tournure française déjà citée // jors ajorne se rattache tuit H vant se reposèrent. Quant Deu ne plot, vanter n osèrent (Ch. Lyon 453), où il est vrai qu'à la rigueur vant est sujet de oser, puis de levé que les nues plucvent (G. d'Ang. 56) et aujourd'hui la rivière a gelé, correspondant à l'ital. le acque neirinverruj gelano, esp. las aguas hielan. On conçoit aisément que le verbe « geler » précisément occupe une place intermédiaire. S'il est vrai que, pareillement aux autres, il désigne aussi tout d'abord un phénomène atmosphérique, ce phénomène se manifeste pourtant à un degré bien supérieur dans des objets déterminés, lesquels peuvent alors tout aussi bien être considérés comme les auteurs du phénomène.
§ 100. La deuxième classe est sensiblement plus riche et plus intéressante pour l'histoire de la langue. Elle renferme notamment les verbes qui marquent l'émotion, puis ceux qui signifient « manquer », « devoir », « suffire », et en partie aussi les verbes qui signifient « se souvenir » et « oublier ». Parmi les types latins, comme piget, stndet, libet, licet, oporlct, interest etc., on n'a presque rien conservé; il y a peut-être à citer l'a. -ital. lece, a. -franc, loist de licet, l'ital. pare, a. -franc. pert de paret (qui tous deux peuvent aussi s'employer aux autres personnes, mais avec un sens un peu différent) et estuet issu de est opus (II, 306-7). D'autant plus abondantes sont les formations nouvelles, qui parfois nous mettent sous les yeux le passage du verbe personnel à l'état d'unipersonnel. C'est ainsi qu'on trouve en a. -franc, a vostre biauté covan-
Il8 CHAPITRE I : LES MOTS À FLEXION § 100.
(114) droit grani enors et grarf^ seignorie (Érec 3322), où covenir est aussi bien personnel que dans les mors qui a ce apartienent e qui a empererii covienent (Ben., Chron. 41027); mais alors, à côté de pareils exemples, on rencontre aussi or i covient esgart moult grant (Athis 1454), niorir m'en vois, il le convient (Watr. 213, 442) etc., où l'on voit que covenir est unipersonnel et que le sujet primitif devient régime. C'est de la même taçon qu'est né, à l'époque préhistorique déjà, l'emploi de pesât (cela me pèse, me tourmente) : en roum. pasà, ital. pesa, a. -franc, poise, esp. et port. pesa. En outre donc nous avons en ital. rincresce, brème, duole, cale, giova, bisogna, conviene (les deux derniers avec de curieuses formes correspondantes dans les patois, V. II, p. 307), occorre, importa, basla, sembra, fa mestiere, è d'uopo et autr. sembl.; en a. -franc, ajiert (il convient), faut, chaut, besogne, apent, rarement dieut, avenir (advenir) : quel chose vos est avenu (Froiss., Poés. II, 225, 174, où la forme du participe atteste que chose n'est pas sujet), grieve, semble, prendre dans des expressions comme de la pitié que il l'an prant (Ch. Lyon 3942; cf. en franc, mod. il en prit aux uns comme aux autres); le franc, mod. dit encore // s'agit de (où l'on doit peut-être voir une simple traduction de agitur), puis il me fâche à côté de je me fâche (où l'on ne peut décider avec certitude quelle expression est la plus ancienne), il importe (importer étant encore au xvi^ siècle le plus souvent personnel); viennent donc ensuite les verbes exprimant le souvenir, comme souvenir, membrer, ramembrer : cf. des sunges qu'ont sungié suvent H suveneit (Rou 2, 406), de mon seignor Ivain H manbre (Ch. Lyon 126©), ne nos ramembret mie del grant jor del juise (Juise 8), en prov. membre vos délia mia paraula (B., C. 13, 42), en esp. pesa, duele, cumple, membra et son contraire olvida, puis caber (avoir place : cf. non les cabie en las plaças), place : me place con alguna cosa etc. Un fait important, c'est que le régime indirect peut aussi devenir sujet. Au franc, je m^ fâche à côté de il me fâche qui vient d'être cité, se rattache l'a. -franc, membres vous de nostre espusement (S.Alex. 226), les pechie'^ dont il se sovient (Ren. 15 100), puis (à côté de l'a. -franc, moi estuet^ l'^ng. stol', (à côté de l'a. -franc, moi covient) le frioul. skueû, tous deux avec le sens de « je dois ». A l'a. -franc, il m'en alast moût malemant
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(Ch. Lyon 6344), franc, mod. // va autrement et autr. sembl. se joint la formule de politesse comment cela va-t-il et ensuite comment alle^rvous ainsi que la réponse appropriée ;> vais bien; chez Molière on lit vous ennuyoit-il et la réponse je ne m'ennuie (">) (Éc. Femm. 464) etc. Cf. encore § 464.
Cf. A. ToBLER, Beitr. I, 176-181 et Ch. Gebhardt, Ziir suhjektlosen Konstrtiktion im AHfraniôsischen, Zs. XX, 27-50.