PRÉSENT ET IMPARFAIT I
il ne soit pas complètement absent des proverbes, toutefois on lit aussi abriel vèe kum el voie mai aribo aub fltir e fôïa, qui est traduit par aprile venga corne vuole che maggio arrivera con fiori e foglie (Arch. Glott. XI, 208) etc.
§ 103. L'imparfait a généralement peu varié dans ses fonctions. Déjà en latin il exprime avant tout la durée d'une action, (119) d'un état dans le passé et une durée indéterminée plutôt qu'une durée déterminée; aussi le préfère-t-on notamment pour un récit étendu, expressif, pour les descriptions, pour la peinture des habitudes, pour les actions répétées, pour l'exposé des observations, etc. Très fréquemment il exprime aussi la durée relative et, comme tel, il figure souvent dans des groupes de propositions où il s'oppose surtout au parfait (cf. Chap. 4). Ces diverses nuances d'emploi, dont il serait naturellement facile de grossir le nombre, ne demandent aucune autre explication; mais on trouve en revanche d'autant plus étonnant l'imparfait marquant l'effort (imperfectum conatus), c.-à-d. l'imparfait employé pour indiquer qu'une action n'est pas réellement accomplie, qu'elle est seulement sur le point de l'être; toutefois, et notamment dans l'exemple si fréquent en lat. moriebatur, ital. moriva, franc. // mourait, esp. moria (il allait mourir), il doit s'expliquer par l'idée de durée : « il se mourait lentement », ce qui, par opposition à l'ital. mori^ franc, il mourut, esp. muriô, pouvait facilement renfermer le sens contraire « il ne mourut pas réellement, il failHt mourir ». Une courte série d'exemples pourra faire connaître ces divers emplois : en lat. planities erat magna et in ea tumulus terrenus satis grandis. Hic locus aequo fere spatio ab castris Ariovisti et Caesaris aberat (César, Bell. Gall. 1,43), domi militiaeque boni mores colebantur, concordia maxima, minima avaritia erat (Salluste, Catilina 9), Catilina maxitne adulescentium familiaritates appetebat (14); en roum. de ce crestea copilul, d'aceea sefàcea mai istet .... toate tnvàtàturile ... elle învàta intr 0 lunà, astfel in cat hnpàratul murea si învia de bucurie. Toatà tmpâràtia se fàlea .... nu stiu ce avea, cà era tot gales, trist si dus pe gîndurt .... cdnd copilul împlinea cimî-spre-'^e anî si împàratul se afin la masà . . . si se chefuiaû, se sculâ Fdt-frumos (Basme 2 : plus l'enfant croissait, plus il
devenait éveillé. Toutes les matières d'enseignement, il en vint à bout en un mois, de sorte que l'empereur mourait et ressuscitait de bonheur. Tout l'empire se réjouissait. Quoi qu'il eût, il était calme, triste dans ses pensées. Comme l'enfant accomplissait sa quinzième année, et que l'empereur était à table, eti que tous mangeaient, F. se leva), nu pia ce mal fàcea de bucurie\ (127, 31 : elle ne savait pas se tenir de bonheur), élu l priimi (120) la dmsul eu cinste si-l tinea ca pre unû feciorii de domnû (C. B.
1, 352, 21 : il le recevait chez lui avec déférence et le traitait j comme un fils de seigneur), // mergea {i Brutû cu-n-unsii de\ veseliia eu màscàrnicii pre cale, si ducea daruri lu Apolonû; jar à Bruiu împlu unû toiagû de galbenï, cà era gàunosù, {i-lû ducea darû; ei ràdea de darul lui Bruîû (356, 37 : et Brutus aussi | allait avec eux et les amusait en route de ses plaisanteries, et ils portaient des présents pour Apollon, mais Brutus avait rempli un bâton de pièces d'or, car il était creux, et il le portait comme présent; ils se moquaient du présent de B.), nu astepiaràm mult // iaià scorpia venia supûratà (Basme 304, i : nous n'attendîmes pas longtemps, et voilà que le scorpion devenait peu à peu remuant); en obw. la tnunia fuva suenter adina feig tresta e stueva bargir aschi savens sco ella mirava sin quel affon. Cura cJjil buob ei staus empau da grands, emparava el adina sia niuma . . . mo ella voleva mai dir pertgei (Sûrs. Miirch.
2, 3 : la mère était toujours fort triste et devait pleurer chaque fois qu'elle regardait l'enfant. Mais lorsque l'enfant fut devenu un peu plus grand, il interrogeait souvent sa mère, mais elle ne voulait jamais dire pourquoi), la glieut han ris sur de quel e savevan bucca, tgei el maniass (8, 10 : les gens ont ri de cela et ne savaient ce qu'il pensait), ils paders vasevan aber bucca Niessegner e savevan bucca cun tgi il buob tschintschava (8, 25 : les moines ne pouvaient pas voir Notre Seigneur et ne savaient pas avec qui l'enfant parlait), ei era ina gada in pauper buob, che pertgirava pors. Durant ch'cl pertgirava in di ses pors, ei ina uldeuna vegnida tier el (18, i : il était une fois un pauvre enfant qui gardait des porcs. Pendant qu'il gardait un jour ses porcs, une fée vint à lui) etc.; en ital. la giorno se nandava e l'aer bruno TogUeva gli animai che son in terra Dalle fatiche Joro; ed io sol uno M apparecchiava a sostencr la giitrra
§ 103. l'imparfait 125
(Enf. 2, i), // giorno veniva, era una piccola figura d'uomo, e ad onta che la vita alVaria aperta gli avesse abbron:^ata la pelle, mile cavità fra il naso e le guancie . . . gli biancheggiava la trasparen:(a degli asceti ed il profila che staccavasi con una assoluta assen^a di pastosità in una linea d'acciajo, la bocca sottilissima, immateriale gli davano una somïglian^a perfetta coi santi. Vestiva una tonaca informe . . . La sua età appariva incerta. Corne tutti coloro che sono assorti in un mondo super iore, sembrava sjuggire aile legge (121) comune délia vecchiaja (Neera, Sogno 7), Mi venue in sogno una femmina balba . . . lo la rnirava, e corne il sol conforta Le fredde numbra che la natte aggrava, Cast lo sguardo mio le facea scorta La lingua e poscia tutta la dri:(^ava In poca d' ara, e la smarrito voila Conte amor vuol cosi le colarava (Purg. 19, 7), si misera in via per tornare in Trapani ed andavana ratti quanta potevano (Dec. 4, 7), r un delli qtiali, ancor non è molfanni, Rupp'io per un che dentro vi annegava (Enf. 19, 19); en a. -franc. La stis an celé forteresce n'avait antrà qiCtine sole (Cligès 1970), quant dedan:<^ la tor mise Varent Es chanbr^s qtii so^ terre estaient, Adonc la desevelissoient (6220), je cuidoie que il neust an amor rien qtii buen ne fust (669), nos savions bien qtie vos estes Aucassins (Aiic. 22, II), après li vient une altre avisiun : qtt'il ert en France, ad Ais, a tin perriin, En dans chaeines si tenait tin brohiin. Devers Ardene veeit venir XXX urs . . . (Roi. 2555), Par miaiii feire la Iraïson, Valait revisiter savant Et si li metoit an covant Qti'ele la garrait de son mal Et chascun jor un arinal Li parlait par veair s'orine (Cligès 5730), anmi le vergier ot une ante De fiors chargiée et anfoilliie, Et par desus iert estandue. Einsi estaient li raim duit Que vers terre pandoient tuit Et près jusqiia terre beissaicnt Fors la cime don il neissoient. La cime alait contre mont droite (Cligès 6402), mes par amor an fin marrait. Se sa datne n avait merci De lui, qu'il se matait par li (Ch. Lyon 65 14) etc. ; en esp. y el chiquillo abria tantos ajos, arrugaba las c.'jas, cerraba las punas y se ponia cottio una graiia. Despues Anis le lainaba las nianas y las valviay revolvia (Caballero, Gav. 45), don Otiijote y las que con el venian (D. Q.uich. r, 61). Et aqiiel rey vida en stienas una vision siete vegadas, una en pas de atra. E la vision era que dos truchas bermejas venian contra él enfiestas las colas e doi âiiades volando en pos d'ellas, è que se le paraban delant
à una culebra que le saltaha à los pies, et veia otrosi que su cuerpo estaba todo hahado en agua e que estaba en pié encima de un monte bianco. E veia que tenia encima de su cabc:(a una cosa que semejaba fuego e veia una ave blanca que le picaba en la cabe^a con su pico (Cal. 60), un libro dondc asentaba la paja y cebada que daba â los arrieros (D. Qiiich. i, 13), al punto se oyô una griteria, una confusion y una algarabia de todos los diantres : (122) unos gritaban a, a; otros, e, e . . . cl cojo andaba de banco . . . à este le abria mas las mandibulas, â uno le plegaba los labios, â otro se los descosia (Fr. Ger. i, 6, 7), de cuando en cuando volvia la cabe:(a â ver se veia los caballeros y gigantes que su amo mmbraba (D. Quich. i, 92), reinaba en el pueblo la consternacion, porque habian perecido muchos hijos y muchos esposos, las madrés y las esposas gritaban por las calles con amargos y dolorosos lamentos. Delante de la puerta de la casa de Chacan habia un grupo de mujeres silenciosas que contemplaban el cadaver del coronel .... algunos nifios en quienes podia mas la curiosidad que el miedo, se habian acercado . . . nadie hablaba en aquella escena (Galdôs, Font. 52), la que no habia de bueno en ello, era que perecian de hambre (D. Q.. i, 76) etc.; en port. rCeste momento passava no pateo uni dos mais velhos criados da quinta; Daniel chamou-o . . . D'ahi a instantes entrava-lhe 0 homem no quarto (Diniz, Pup. 127), jà no largo Oceano navegavam As inquiétas ondas apartando; Os ventos brandamente respiravam . . . Da brama escuma os mares se mostravam Cobertos (Lus. i, 19), aqui se Ihe apresenta que subia Tào alto, que tocava à prima esphera, Donde diante varios mundos via (4, 69), em Daniel foi uma lucta do senso intimo que 0 nào "deixou repousar. Odiava-se e accusava-se com severidade por haver . . . abusado da confiança de seu irmào; mas, cedo, deixava de ouvir esta vo:(^ (Diniz, Pup. 162), sentava-se com familiaridade à cabeceira do jornaleiro doente, elle proprio Ihe arrefecia os caldos, Ihe temperava os remedios e llfos ajiuîava a tomar (56), Clara possuîa uni genio, com 0 quai se nào davam as apprehensôes . Nào calculava consequencias. A vida para ella era 0 présente. Raras ve^es Ihe lembrava 0 passado, 0 futuro nào Ihe tomava mtiitos momentos de meditaçào tambem (80), morria de indigestào esta noite (87) etc. Ces exemples doivent suffire à mettre en lumière l'emploi de l'imparfait dans la proposition
§104 l'imparfait 127
simple. On voit de suite qu'ils renferment tous la même idée fondamentale de durée, d'état, et l'on pourrait aisément établir parmi eux différentes subdivisions selon qu'une action est durable dans sa marche ou dans son résultat, suivant qu'il s'agit d'une simple description ou d'une observation, etc. Cependant, comme partout il est uniquement question de l'emploi déterminé d'un type fondamental toujours identique, il est permis de s'en abstenir ici. Mais en revanche il faut exa- (125) miner certaines dérogations à la règle fondamentale et quelques tournures particulières isolées.
§ 104. Il est rare que l'imparfait se substitue aux temps aux EXPRIMENT l'action MOMENTANÉE, de manière donc à devenir l'équivalent du parfait. Mais les cântece moJd&vene^tL qui présentent aussi d'ailleurs dans l'emploi des temps bien des particularités curieuses, renferment pour le roumain des exemples incontestables : iear màicuta greu of ta, Lacràmi {iroae varsa, Càtrâ casa apuca, La fiica ce-i ràmhtea, care de mîndrà ce-iera Ikniita 0 chema, si din gurà a^a-i grâia (310, mais la mère soupirait profondément, elle versait des larmes à torrents, elle retournait à la maison près de la fille qui lui restait et qui lui était chère; elle l'appelait petite Hélène et elle lui parlait ainsi); ou bien, après une série de vers où le narrateur s'est servi de la périphrase composée de habere et du participe en -t et qui est ici très recherchée, soudain l'on trouve Vàlena- {ul cum gusta De inimà-l apuca, La paminl mi sa trintea. In term mi sa svîrcolea Si de nwarte sa sbàtea (316, lorsque V. en goûtait, il était pris au cœur; il se jetait sur le sol, se roulait par terre et luttait contre la mort), sans qu'on puisse certes dire qu'il s'agit ici plus que dans l'autre cas d'une description, c.-à-d. d'une chose durable. Il semble plutôt qu'en réalité il s'est produit une substitution de fonction. Un phénomène analogue se présente à l'extrême Ouest, en portugais, où précisément la poésie des romances emploie de même l'imparfait absolument dans le sens du parfait : Cavalleiro de malvado De amores a accomettia; Pegaram de braço a braço, Quai de baixo, quai de cima. A romeira par mais fraca Logo debaixo cahia. No cahir Jhe vio à cinta. Uni punhal que elle tra:;ia. Com toda a força
0 arranca, No coraçào Ih'o nietlia (Rom. port, i, 119). Il est possible que dans les deux Lingues les exigences de la rime n'aient pas été sans influence sur cet emploi.
§ 105. Bien plus étendu est l'emploi de I'imparfait avec LA FONCTION DE PRESENT, emploi déterminé par le désir de s'exprimer avec discrétion; aussi est-ce la langue des classes inférieures dans leurs relations avec les classes supérieures qui (124) en oftVe le plus d'exemples. Par ce moyen, en reculant dans le passé une action présente, la personne qui parle veut la faire paraître moins importune. Ainsi s'exprime Renzo dans son embarras : volevo dire, non intendo dire, cioè volevo dire (Prom. Sposi 52); ou bien on lit chez Goldoni : cosa fate voi qui? Veniva in traccia di lei (Vent. 2, 9), permetletemi cloio cerchi il niio servitore e che lo mandi a sospendere Fordina^ion délia posta. Erano già ordinati cavalli? (Cur. Ace. 1,3); en a. -franc, déjà dans l'Alexis : 0 Jil:(^, ctii ierent mes granz^ hérédité^. Mes larges terres dont jo aveie ase:( (81), et l'on a de même en franc, mod. : hélas, faut-il que je perde nwn père, la seule chose qui me restait au monde (Molière, M. I, 3, 20), Quand, voyant l'a ne même à son antre accourir : Ah! c'est trop, lui dit-il : je voulais bien mourir. Mais c'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes (La Font., Fables 3, 14); en esp. ya doha Ximena, la mi muger tan complida, Comnw a la mi aima yo tanto vos queria (Cid 278), pronto aqui, lerdas . . . Donde estabais? (Am. Ter. 2, II); en port f pôeni eni terra os giolhos e os sentidos Naquelle Deos, que 0 mundo governava (Lus. 2, 12), uma cousa assim! fâ agora havia mister d'um senhor abbade ou conego na familial (Diniz, Pup. 5) etc.. Ce sont surtout les romances espagnols et portugais qui aiment cet emploi de l'impartait : en esp. No lo haras asl, buen Cid, Que yo buena lan:{a habia (Rom. Cid 47), en port, hvae-me à minha terra. Que isso era 0 que eu queria (Rom. po'rt. I, 33). En outre il faut remarquer que ce sont avant tout les auxiliaires du mode qui connaissent l'emploi de l'imparfait de discrétion au lieu du présent : ainsi en ital. volevo, potevo « je voulais », « je pouvais » pour « je veux », « je peux », chose toute naturelle, puisque chez ces verbes l'accomplissement de l'action oftVc précisément un carac-
§ 105. I06- L^lMPARt^Alt t29
tère beaucoup plus subjectif, ce qui par conséquent permet aussi d'autant plus d'en atténuer l'expression. En français, du reste, et justement dans ce cas, l'imparfait paraît se faire plus rare depuis le xviii'-* siècle.
§ io6. Parmi les imparfaits typiqjjes, les plus importants sont ceux des verbes appellatifs et des déclaratifs. S'il va de soi qu'on dise en roum. se chemà, ital. si chiamava, franc. // s'appelait, esp. se llatnava, port, se chamava au sens de « il portait le nom de », parfois alors on rencontre aussi le prétérit (125) de durée au sens de « il reçut le nom de » ou sans acception réfléchie « il donna le nom de » : cf. en roum. ^idi cetate de 0 chemà Konioh (C. B. I, 406, 11 : il bâtit une ville et l'appela K.). Parmi les verbes déclaratifs, on pourra peut-être citer en roumain : scrise 0 hàriie de 0 aruncâ naintea lu Kesar, în scripturà Zicea (C. B. I, 357, 30 : il écrivit une lettre et la jeta devant César; dans la lettre se trouvait écrit), traduction qui est peutêtre k meilleure façon d'exprimer la notion de durée. Le nombre des exemples est plus considérable dans les autres langues : en ital. ingrata damigella, è questo quello Guiderdone, dicea, che tu mi rendi (Arioste, Roi. 11, 8), 0 vergogna, dicea, che là quel muro Fra cotanfarme in pace or si riposi (Tasse, Jér. 18, 73) etc., en a. -franc, antor H fu la presse espesse Et disoient trestuit a tire : Bien vaingne li rois et H sire Des rois et des seignors del monde (Ch. Lyon 2368), la lice lui demande encore une quin:(aine : Les petits ne marchaient, disait-elle, qu'à peine (La Font., Fables 2, 7), en esp. pero à qu^ circunstancias debo esta gran favor que usted me ha hechol decia Lâ:(aro (Galdôs, Font. 177), en port, ainde é tào navinho, di^ia uma inulher (Diniz, Pup. G6^ etc. Particulièrement remarquables sont des exemples comme celui de l'ancien français ou comme le port. quando es to ouvio 0 santo homem, lançousse em terra aos pees da santa molher e di^ia (Rom. XI, 371). Si l'emploi du prétérit de durée est très facile à comprendre lorsqu'un verbe déclaratif est inséré dans le discours direct, dans les autres cas cependant il s'explique aussi par le fait que le discours est considéré comme une chose qui s'étend sur un certain espace de temps et qu'ainsi Taction»; tout en étant commencée, n'est pas encore terminée.
MsYER-LiiEKE, Grammain Ilu 9
130 CHAPITRE I : LES iMOTS À FLEXION § IO7.
§ 107. Il est infiniment plus difficile que pour l'imparfait d'exposer le développement des fonctions du parfait. Outre que plus haut (p. 120) nous n'avons pu donner de son emploi qu'une définition négative, ici les choses se compliquent encore davantage par la raison que ce temps a généralement disparu de la langue vivante, que son existence est purement littéraire, ce qui a pour effet naturel de communiquer aisément à son emploi quelque indécision. Nous l'avons déjà constaté au t. II, p. 335 : il s'est presque entièrement perdu notamment dans les patois rhétiques; or la même observation s'applique à la (126) Vénétie, à la Lombardie, au Piémont, à la Savoie, au Dauphiné, à la Suisse française, au Sud de la Lorraine et à une partie de la Belgique, puis à la Picardie et surtout aussi au parler populaire de Paris, comme le remarquent même des critiques parisiens, p. ex. Jules Lemaître : « M. Fabre, étant méridional, prodigue, même dans les dialogues famihers, le passé défini. L'abus qu'il fait de ce temps, qui est, à Paris et dans tout le centre, un temps littéraire, contribue encore à donner aux discours de ses prêtres quelque chose de solennel et de tendu » (Rev. pol. litt. 1886, 12). Mais dans les autres régions aussi les modifications si extraordinairement considérables subies par les formes de ce temps, établissent qu'il est assez peu solidement fixé dans la mémoire et notamment qu'il n'est assez fréquemment employé que chez certains verbes ou à certaines personnes. Bien plus, les formes si dissemblables qui nous sont parvenues et que les altérations phonétiques différencient encore davantage, devraient arriver à s'unifier; or, ce qui frappe surtout, ce n'est pas le phénomène de l'assimilation mais bien plutôt la création des différents types nouveaux, dans une mesure que nous pourrions du reste à peine déterminer, et par un procédé déjà indiqué au t. Il, p. 3 et dont nous avons une évidente manifestation dans la préférence accordée à certains verbes et à certaines personnes. Un exposé qui montrerait quels verbes ont, grâce à leur signification, entraîné les autres, quels autres ont été entraînés, hâterait -beaucoup sans nul doute l'intelligence des sens de ce temps et de l'évolution de ses formes; mais ici force nous est d'y renoncer. A tout prendre, on peut recon-