‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 54 sur 269 · LE PARFAIT · texte numérisé non relu

LE PARFAIT

naître deux fonctions principales : le parfait désigne un état résultant d'une action antérieure : en lat. veni (je suis venu et je suis à présent là) et partant une activité terminée dans le présent : dixî (j'ai parlé et maintenant je me tais), ou bien au contraire une action appartenant au passé, mais momentanée par la manière dont elle s'est accomplie. Nous l'avons déjà dit p. 119: le caractère momentané peut se rapporter à l'action prise en soi ou bien à son commencement ou bien à son achèvement, et c'est ce dernier cas qui fournit la transition au premier des deux sens principaux cité tout d'abord. C'est également par cette idée d'action momentanée que s'explique l'emploi extraordinairement fréquent de cette forme dans la narration; et ici aussi, d'après la position du narrateur à l'égard des événements (127) racontés, d'après le contenu du récit, d'après le degré de l'émotion, il peut se produire ou non une relation avec le présent. Dans le premier cas, nous avons alors un parfait présent, comme dans la forme cantavi énoncée en premier lieu ; dans le second, c'est un prétérit historique. Ainsi donc de nombreux liens unissent les deux fonctions principales, et — ce qui ne manque pas d'intérêt pour la science du langage — les rapports du prétérit momentané (parfait) avec le parfait présent sont beaucoup plus étroits que ceux du prétérit momentané avec le prétérit de durée (imparfait) : il en a résulté d'abord une identification des deux premiers; ensuite la forme du parfait présent substituée au prétérit momentané, la périphrase formée de habere ou esse avec le participe en -/, assume progressivement aussi les fonctions du prétérit momentané, tandis que le prétérit de durée a persisté jusqu'à nos jours dans toutes les langues romanes sans perdre de sa force; et, sous réserve de l'exception signalée p. 127, il n'a pas subi d'altération de sens ni cédé sa place à aucune autre forme.

Est-ce par hasard que les régions où le parfait a disparu le plus tôt, constituent la frontière en face de l'allemand? Ou bien peut-on supposer que le nombre restreint des formes de prétérit chez les Allemands aurait entraîné chez leurs voisins romans aussi la disparition du parfait? Qu'on n'objecte pas que l'allemand « er kam » (il venait, il vint) remplit les fonctions de veniehat et vênit et « er ist gekommen » (il est venu) celle de *venutus est, que par conséquent cette langue ne pouvait pas occasionner le remplacement de vênit

132 Chapitre 1 : lès mots à flexion ^ 107. 10^.

par *ventittis est, car les patois allemands ici en question ne connaissent depuis des siècles aucune forme « ich kam », mais ils disent « ich bin gekommen ». Un fait qui donne plus à réfléchir, c'est qu'en Sardaigne et en Corse ou dans les contes des Abruzzes le parfait est aussi presque inconnu et que, au témoignage de Philippide (Gramm. elem. 3 3 3), en Moldavie la forme périphrastique est presque seule usitée, que la Transylvanie n'emploie que le parfait et que, par conséquent, il règne dans la langue littéraire une assez grande confusion.

§ 108. Le PARFAIT PRÉSENT cst courammeiit rendu en latin par le parfait : fuimus Trocs, fuit Ilium et ingens gloria Teucrorum, férus omnia fuppiter Argos transtulit (En. 2, 325), vixit (il (128) a vécu), dixi (j'ai dit). Sa corrélation avec le présent favorise singulièrement le développement d'un sens secondaire exprimant une certaine opposition : « j'ai parlé et à présent je ne parle plus » ; c'est ainsi que le parfait peut servir à insister particulièrement sur un fait. Le roman offre des traces encore nombreuses de cet emploi. En roumain, il est vrai, on aurait peine actuellement à en démêler quelques-unes, sauf peutêtre en Transylvanie (Rem. au § 107), et si on lit dans les premiers temps : ^i semnâ un numàràtorîû de steak ciasul când va mûri si fu a^a (C. B. I, 359, 12 : et un astrologue indiqua l'heure où il mourrait, et il en fut ainsi), fu peut être ici un simple narratif et appartient en tout cas plutôt à la catégorie examinée p. 140. En revanche, en italien, des exemples comme une intendeva et altro mi rispose, credea veder Beatrice e vide un sene (Par. 31, 58), mi costava assai far tanto sacrifi^io d'amor propria, ma li feci (Vûïico , Pris. 78) expriment clairement l'intention d'insister; una montagna che si chiamà Ida, ora è diserta corne cosa vieta (Inf. 14, 97), vissi e régnai, non vivo or più ne regno (Tasse, Jér. 19, 40) marquent l'opposition avec le présent. Mais, à côté de ces phrases, on en trouve aussi à toutes les époques comme Chi v'ha guidati 0 chi vi fu lucerna (Purg. i, 43), VOlanda è una conquista dell'uomo sul mare, è un paese artificiale, lo fecero gli Olandesi (De Amicis, 01. 2) etc. Les grammairiens se sont toujours efforcés d'établir nettement une différence entre ce dernier emploi du parfait et la forme périphrastique, telles que ces formes se présentent côte à côte dans l'exemple tiré de Dante, et ils s'accordent en général à dire que le parfait 4oit être préféré quand il s'agit d'une action

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