I08. PARFAIT PRÉSENT I
complètement achevée, tandis que la forme périphrastique indique une prolongation de l'action dans le présent; l'exemple de Dante signifie donc « celui qui vous a guidés et est encore votre guide, et celui qui vous a été un flambeau aussi longtemps que vous avez marché dans l'obscurité ». A cela il faut encore ajouter qu'en somme les exemples de cet emploi se trouvent surtout dans la langue de la haute poésie et chez les écrivains de régions qui ont généralement renoncé à ce temps, p. ex. chez le piémontais De Amicis, de sorte qu'on doit peutêtre songer à une action ultérieure de l'usage littéraire latin. En FRANÇAIS on peut relever de même à toutes les époques des exemples des deux premières classes : et il dist ke volcntiers le ferait, mais non fist (H. Val. 370), il fallait de grands efforts en (129) Allemagne pour résister à Marlborough et on les fit (Voltaire, Louis XIV, 225), ses amis, et il en eut, n échappaient pas à ses humeurs (Sainte-Beuve, Lundis 3, 382) et autr. sembl., ou ço est de la terre qui fut al rei Flurit (Roi. 3211), n« ving pas ci par jugement ainçois i ving por moi combat re (Mér. 1042), il fut un temps (il y a eu un temps), je l'aimai (Rac, Andr. 1192 : je l'ai aimé). En revanche la langue moderne ne connaît absolument pas cet emploi au sens du parfait présent pur, et ce n'est que très rarement qu'on le rencontre en vieux français : cf. nos nel veîmes puis que nos del tornoi partimes (Cligès 4735), nos ne venimes mie por vos mal faire, ain:(^ venimes por vos garder (Villeh. 82). Sous ce rapport, les langues de l'ouest sont en opposition directe avec le français : elles conservent absolument les trois types et particulièrement souvent le troisième, à propos duquel il faut encore observer que le portugais lui accorde même une préférence plus marquée que l'espagnol. Ainsi l'on trouve en espagnol : como acabô de corner, les hi:(o de sehas que le siguiesen, como lo hicieron (D. Quich. i, 24), tal era el adorno de su persona, que necessariamente debia causar y causé mal efecto (Caballero, Gav. 193), ensuite haré que aun él muerto te obede^can los de todos aquellos que se llamaron sus amigos (D. Quich. r, 14), hubo un tiempo en que la tuve por hija, hoy me quitan su filial carina y ella consiente (Am. Ter. 3, 4), d'où l'on en vient à dire oy vos dix la missa de santa trinidade, Por esso sali de mi tierra y vin vos buscar (Cid 2370), en nuestros dias vimos y comunicâmos y oimos
al invencibh y valeroso caballero D. Belianis de Grecia (D. Q.. i, 13), boy perdi, cielos, La esperan^a que tenia (Caldéron, Pr. C. 3, 118), cuan caro te cuesta el amor que tuvîste à tus amos (Caballero, Gav. 12), ahora me acuerdo que con el afan de salir de casa, no les di esta manana el desayuno â eslos pohres muchachos (Celt. 1 1) etc. Ici aussi les grammairiens se sont efforcés d'établir une délimitation entre canté et he caniado, mais sans y réussir, car en réalité il n'est guère possible de mettre en doute leur équivalence : cf. notamment des phrases comme la que ya fué no puede dejar de haber sido (J. Valera, Pep. Jim. 108); toutefois il est vrai que, dans ces cinquante dernières années, la formation récente paraît obtenir graduellement la préférence; l'ancienne (130) semble revêtir un caractère toujours plus archaïque et se localiser par conséquent dans le style élevé. Le portugais ne s'est pas encore développé jusqu'à ce point : cf. com taes predicados nâo Ihe podiam escassear aventuras de amores, e nào Ihe escassearam (Diniz, Pup. 28), se visses como elle ficou, quando eu Ihe contei tudo ; porque eu contei Ihe tudo (247) et puis que da cidade Armu:{a, que ali esteve, Ella 0 nome despois e a gloria teve (Lus. 10, 103), houve tempo (il y eut un temps), enfin donc e vis aqui se attento ouviste. Te contei tudo quanto me pediste (Lus. 5, 85), Olha là rapariga. Tu ênda-me com juixinho, ouviste? (Diniz, Pup. 44), Teve hoje muito quefa^er, mestre? Esta feito. Apenas fi:{ très visitas (69), que disseste, oh filha dos christàos, que me bas propos to (A. Garret, D. Br. 4, 5) etc.
§ 109. Beaucoup plus fréquente encore est en latin la signification de PRÉTÉRIT HiSTORiauE, qui s'est conservée dans toutes les langues romanes. De même qu'on dit en latin : Caesar cohort atus suos prœlium commisit. Milites e loco super iore pi H s missis facile hostium phalangem perfregerunt ; ea disjecta gladiis destrictis in eos impetum fecerunt (César, Bell. Gall, i, 25), on trouve aussi le même usage en roman : cf. en roum. acest Basilie, deaca statu împàrat, scoase pre Phoiie de in besearekà si deade scaunul iarà lui Ignatie; cercâ vistearele {i nu aflâ nemica, cà vrca sa dea leafà curtiei ^i nu avea de unde ce tremease pre unde afla avutie împàràteascà ràsipità de Mihail de 0 strînserà {i curînd împln bisteriile ^i feace tre feciori . . .
§ 109- PRÉTÉRIT HISTORiaUE I35
fence oaste întaiu Basilie la Caraimani , {i-l biruirà de périra Greci mnlti {i piitin de nu péri {i împàratul (C. B. I, 389, 23 : ce B., dès qu'il fut empereur, chassa Pli. de l'église et rendit le siège à I.; il fouilla le trésor et ne trouva rien de quoi subvenir aux dépenses de la cour, et il n'avait rien, mais il envoya chercher les richesses impériales dispersées de Michel, et on les apporta, et il remplit rapidement le trésor. Et il eut trois enfants ... B. fit la guerre pour la première fois aux C, et ils le vainquirent, et beaucoup de Grecs périrent, et il s'en fallut de peu que ne pérît aussi l'empereur), en ital. essendo per tanto tutti gli animi degli uomini sollevati, occorse che ad un mortoro trovandossi assai de' Cerchi e de Donati, vennero insiemc a parole e da quelle alV armi; dalle quali per allora non nacque altro che tmnulti : e tomato ciascuno aile sue case, deliberarono i Cerchi (131) di assaltare i Donali e con gran ?tumero di gente gli andarono a trovare; ma per la virttï di messer Corso furono ributtati e gran parte di loro feriti . . . Questa ragunata edelibera^ioncfu ai priori notificata e dalla parte awersa, come una congiura contra al viver libero, aggravata, e travandosi in arme ambedue le parti, i signori, de' quali era in quel tempo Dante, per il consiglio e pruden^a sua presero animo, e feciono armare il popolo, al quale ttiolti del contado aggiunsero, e di poi for:(arono i capi délie parti a posar le arme, e confinarono masser Corso Donati con molti di parte nera. E per ancora mostrare di essere in questo giudicio neutrali, co?ifinarono alcuni di parte bianca ; i quali poco di poi, sotto colore di oneste cagioni, tornarono (Mach., Hist. 2, 18), en a. -franc. Ensi com je vous di esploita Cesar deviers le tiere et deviers le mer, pour cou lie Pompeus ne li peust escaper sans bataille, et quant Pompeus se piercnt ke Cesar se traveilloit en tele manière pour lui retenir, il pensa de soi tenser encontre cou. Car il fist drechier hautes tors a trois paires d'estages es barges et es droimons, dont il avoit asses au port, et les fist bien bateillier et garnir d'archiers et d'arbalestriers et les fist a forche escoillir fors dou port et hurter as nés ke Cesar avoit appareillies, ensi ke vous aves oit, et se combatoient mont souvent (J. Tuim, Jul. Ces. 36, 17), en franc, mod. Quand la jeune fille se tut, il se contenta de grommeler : Oui . . . Pas toujours drôle, Vexistence. Et Perrinette sentait là un peu de t>itié. Devant V Observatoire, elle dit au cocher d'arrêter; car elle
demeurait encore rue d'Ulm. Bien qu'il logeât très loin de là, au canal Saint-Martin, le charpentier sacrifia le reste du trajet de V omnibus, descendit le premier, et, pour aider Perrinette, la prit à deux mains par la taille, V enleva, leste et robuste, et la déposa sur le sol. Puis, soudainement intimidé, il ôta son feutre (Coppée, Coup. 98), en ESP. no ha muchos anos que de un lugar de Estremadura saliô un hidalgo, nacido de padres nobles, el cual como un otro hijo prôdigo, por diversas partes de Espana, Italia y Flandres anduvo gastando asî los anos como la hacienda; y al fin de muchas peregrinaciones . . . vino à parar à la gran ciudad de Sevilla, donde hallô ocasion muy bastante para acabar de consumir lo poco que le quedaba. Viendose pues tan f alto de dineros y aun no con muchos amigos, se acogiô al remedio â que otros miwhos pér- (132) didos en aquella ciudad se acogen (Nov. ej. 185), en port, andei iodo 0 dia livremente pelos paços, mas notei que os bésteiros e homems d' armas de Viégas me vigiavam os passos. Ao cahir dos trevos guiaram me para 0 aposento, onde dévia passar a noite .... Deixaram-me s6 e senti d'ahi a pouco correr os grossos ferrolhos da porta que dava para as quadras do palacio. Re:(ei, deitei me, mas nào pude dormir . . . Passado un brève instante abriram a porta da*minha prisào. Entrou um pagem, e disse-me que podia saîr quando bem me aprouvesse (Monast. I, 204).
§ IIO. Le parfait a très souvent une valeur de prétérit inchoatif; il y a surtout à noter une série de verbes où cette signification inchoative ressort avec une énergie particulière. Tels sont le lat. fui et ses représentants romans : roum. fuïû, ital. fui, franc, je fus, esp. fui, port, fui', souvent aussi habui veut dire « je reçus », tacui « je me tus », sapui « j'appris », clamavit « nomma » (clamabat « appelait », v. .p. 129), auxquels s'en ajoutent encore beaucoup d'autres dans chaque langue : cf. en ital. ser Ciappelletto ebbe V ultima unT^ione (Bocc, Dec. I, i), tacque, cib detto (Tasse, Jér. 6, 22), questo cojicerto aereo, come seppi poi, si ripete ad ogni ora del giorno (De Amicis, Ol. 64), vide Margherita e Vamô (Pierantoni-Mancini, Sul Tev. 7 : il s'en éprit), sedette (il s'assit), stette a letto (il resta au lit), si giacque (il se coucha), Marchese e Stecchi, U quali avevan sentito che il giudice del podestà fieramente contro a lui pro-
§ no. PRETERIT INCHOATIF I37
cedeva .... temeitero forte (Bocc, Dec. 2, i), a Pisa ti vidi e a Lucca ti conobbcy dit-on proverbialement (je te vis à P. et je te connus à L.) etc. Il y a peut-être Heu de s'étonner que tenni ne soit pas employé dans le sens de « je saisis ». En français se présente un état de choses analogue. Déjà dans l'Alexis on lit fut bati^ie^ si ont nom Alexis (Alex. 7), puis sur V herbe vert estut devant sun tref (Roi. 671 : il se plaça sur le gazon), si l'ama tant, quant il la vit, Quil an fu morx si com an dit (Cligès 2769), et maintenant vanta et plut (Ch. Lyon 805 : et aussitôt il se mit à venter et à pleuvoir) et de même en franc, mod. feus (je reçus), je sus (j'appris), je connus (j'éprouvai) etc. En ESPAGNOL : era un homne que llamaban fohan, que despues fui sancto (Patr. 2), quando el Cid Campeador ovo Pefta Cadiella (13 3) (Cid II 64), supe mas que el Cardenio, segun decian, se hallô présente (D. Qjuich. I, 29), el rey callô (Cal. 786 : le roi se tut), las primeras buenas nuevas que îuvo el mundo y tuvieron los hombres, fueron las que (D. Quich. 1, 267), luego que reinô, usô de gran magnificencia con cientos caballeros (Clar. Var. 139 : aussitôt qu'il commença à régner), cuando yo pasaba por muerto, mi mujer amô à otro hombre. Yo creo que le amaba desde hace mucho tiempo (Galdôs, L. Roch 3, 224), se sentô (il s'assit). Portugais : quando csto vio 0 santo homem Zosimas, maravilhonse e ouve grande prater (Rom. XI, 369), per aquella scriptura ssoube 0 nome da santa mol her e ffoy çerto que .... (380), a esto que el rei dise, nom soube Gualvam que respondese, ca bem sabia que dix^ia verdade (Graal 19), e a filha del rei Brutos que era niuy fremossa cousa, catou muy gram peça Gallaa:;^ e semelhoulhe iam fremoso e tam bem talhado que 0 amou de coraçom, que nunca amou cousa do mundo tanto que nom partia del os olhos. E quanto 0 mais catava, mais se pagava del e 0 mais amava (74), là na leal cidade, donde teve Origem 0 nome eterno De Portugal (Lus. 6, ^2), calou-se,fingindo que adormecia(J)m\z,V\i^. 163), Margarida teve um presentitricnto do que se estava preparando (192) etc.
Pour cette classe il est peut-être plus difficile que pour beaucoup d'autres de dire jusqu'à quel point c'est justement le commencement de l'action qui doit être exprimé. Les exemples ci-dessus mentionnés pourraient bien être sûrs et incontestables. J. Vising (Frz. Stud. VI,
22 sqq.) cherche à montrer que ce sont en majorité ou exclusivement des parfaits en -ui et met ce fait en rapport avec l'augmentation considérable des présents inchoatifs qui s'est produite en bas latin. On aurait eu p. ex, iacere et tacescere, avec le même parfait tacnisse, puis tactiit put recevoir le sens de « il commença à se taire », ce qui aurait permis de donner à tous les parfaits en -ui, môme sans qu'ils eussent en même temps un présent en -escere, un sens inchoatif. Partant de là, Vising distingue donc aussi parmi ses exemples ceux qui viennent de parfaits en -iii et ceux qui viennent d'autres parfaits. Mais il y a lieu toutefois de se demander si cette division est fondée. Sans doute, l'esp. caîlô peut à la fin être influencé par tacuit, car tacuit doit bien avoir autrefois existé quelque part à côté de callaut ; mais d'un côté l'ital. anià, franc, il aima, esp. amô, port, amou (il (n4) s'éprit) n'est pas contestable, et de l'autre il existe en réalité bien des
parf. en -ui auxquels on ne peut que difficilement trouver un sens inchoatif. Cette observation s'applique p. ex. à la plupart des exemples cités pour pottiit, qu'on peut considérer toujours et partout comme des parfaits historiques; de même creduit n'a que rarement le sens de « il ajouta foi ». Si l'ital. giacque se rend en français, non par il coucha, mais uniquement par // se coucha, cela tient à la différence qui existe en général entre coucher et se coucher, c.-à-d. que, se coucher étant inchoatif, c'est uniquement se coucha, et non coucha, qui peut remplir la fonction de prétérit inchoatif. C'est pour ce motif qu'on n'a pas adopté ci-dessus une division basée sur la forme de la conjugaison et que plusieurs des types donnés par Vising ont été négligés.
§ III. Il y a maintenant une série de cas où le parfait semble exprimer la durée ou la répétition et se rattache par conséquent au prétérit de durée. En première ligne il faut citer les verbes qui marquent le séjour : manere, restare. Étant donnée leur signification, on devrait s'attendre à ne les trouver qu'au prétérit de durée, mais il n'en est pas ainsi; au contraire, il ne manque pas d'exemples où ils se présentent au parfait : cf. en ital. rimase di costui un solo figUuolo, che Annahna sua donna pochi anni davanti gli aveva partorito (Mach., Hist. 360), se sai che cosa è amor, hen sai che mesta Restai, di lui pensando notte e giorno (Arioste, Roi. 13, 9), rimase lungamente assorto in unestasi mistica (Neera, Sogno 4), en A. -FRANC, par force de chevaus s'en vont Cil qui ne mestrent en la place (Mér. 4250), la fu e mist jusqu'à la fin (Rou III, 4582), la gentil dame au gent cors avenant De lui remest ensainte d'un enfant (R. Cambr. 38), e ce:( en alerent en Damasche e la