‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 56 sur 269 · III. I [ 2 . PARFAIT DE DUREE ET DE RÉPÉTITION · texte numérisé non relu

III. I [ 2 . PARFAIT DE DUREE ET DE RÉPÉTITION

inestrent (IV Livr. 278), le jor i ot maint chevalier ocis Dont mainte dame remeisent sans maris (Og. Dan. 7020), une grant piesce remest la chose ainsi (R. Cambr. 520), en franc, mod. // en porta un coup terrible entre les deux poumons de l'orateur, qui en resta six mois sur lefianc (About, Rom. br. H. 13), le sobriquet de 7ius semblables lui resta (27), en esp. finco el con sos pobres e con SOS compaheros (Berceo, S. Mill. 238), ya en este tiempo era miierto el padre de Grisôstomo, y el quedô heredero en mucha cantidad de hacienda (D. Q. i, 12), el cual quedô admirado de lo que al cabrero habia oido (i, 23) etc., en port. 0 rapa:{ fe^-se Vermel ho coma um lacre e nào atinou corn a resposta. Ficou-se a coçar na cabeça (Diniz, Pup, 7), ficou 0 reitor tendo em subido conceito ('3S) a Margarida (39), assim ficou por muito tempo (143), assim como 0 frade ficou baixo, 0 outro fe:(;-se alto (Gomez de Amorim, Am. Patr. 20). L'explication de cet emploi présente une difficulté. Il a déjà été observé que l'idée d'action momentanée peut également exprimer l'achèvement de cette action (p. 119); plusieurs des exemples du vieux français notamment peuvent être interprétés comme tels; dans d'autres, le commencement d'un état est non moins clairement exprimé, comme dans la phrase empruntée à l'Arioste, et il faudra dans la plupart des cas admettre à l'origine la dernière fonction. L'action entre donc dans un nouveau stade où elle demeure. Or, comme l'idée d'arrêt est déjà comprise dans la signification du verbe, il n'est pas besoin de l'exprimer une seconde fois par la flexion; au contraire on peut exprimer simultanément, avec une finesse inconnue à d'autres verbes, le commencement de l'action et l'arrêt qui y fait suite.

§ 112. Le sens itératif apparaît dans des phrases comme en ITAL. Moite fiate già, frate, addivenne Che, per Juggir periglio, contro a grato Si fe di quel che far non si convenue (Par. 4, 100), infinite volte avvenne (Bocc, Dec. i, Intr.), invita poi più volte Lucia (Manzoni, Pr. Sp. 265) etc., en franc, sovent le virent e H pedre e la medre (Alexis 48), trois foiT^ nous gelèrent le feu gregois celi soir et le nous lancier ent quatre foix^ à V arbalest re à tour (Joinv. i}6), plusieurs fois il dit tout haut (Nlaupassant, Bel- Ami 67), elle murmura deux ou trois fois de suite (23 i) etc., en esp.

miichas veces le aconUciô â mi sehor tio estarse leyendo en estos desalmados lihros (D. Q. i, 5), varias veces me hablô aparté de su caridad (Pep. Jim. 36), lo pensé mil veces etc., en port, di^ei- Ihe que tatnhem dos Portugueses Alguns traidores houve algumas ve^es (Lus. 4, 33), raras ve^es mostrou recordar-se d'aquellas suas affeiçôes de creança (Diniz, Pup. 72), a D. Leocadia esta manhà provavelmente ahriu a hocca très ve^es ou espirrou duas (94) etc. Dans tous ces exemples la répétition est rendue par une expression adverbiale plus ou moins déterminée, et par ce moyen l'action elle-même se présente comme momentanée. Il est possible, mais on ne peut pas le démontrer, qu'à l'origine le parfait s'employait uniquement quand il y avait déter- (136) mination exacte, comme avec due volte etc., mais non avec moite volte. En tout cas il est remarquable qu'en italien avec ogni volîa le prétérit de durée est de règle, qu'en français moderne d'après la règle formelle des grammairiens // arriva et il arrivait quelquefois, mainte fois, souvent sont absolument équivalents, qu'en portugais le prétérit de durée ne s'emploie qu'avec muitas vezes, et non avec très ve:(es etc.

§ 113. Lorsqu'un fait est fixé dans le passé sans qu'on tienne compte de ses rapports avec le présent et sans qu'il soit important pour le contexte de savoir s'il s'agit d'une action momentanée ou d'un^état durable, le latin et le roman primitif préfèrent le parfait ; plus tard, au contraire, le roman préfère le prétérit de durée. Il s'agit notamment de fuit (il était, il y avait). Chez Apulée on lit fuit in illo conventiculo matrona quaedam pollens et opulens (10, 19), et conformément à cela on lit en ital. già è buon tempo passato che di Babilonia fu un Soldano, il quale ebbenome Beminedab (Bocc, Dec. 2, 7), Ruggier si messe in via, Guidando Bradamante a Vallomhrosa, cost fu nominata una badia Ricca e bella (Arioste, Roi. 22, 36); en a. -franc. Eist de la nef et vait edrant a Rome, Fait par les rues dont il ia bien fut cointes (Alexis 43), Blancandrins fut des plus suives paiens (Roi. 24), Li chastiaus sist an un pui haut (Cligès 1256), je H dirai, fait cil qui plus fu emparlés des autres (Auc. 18, 24), en la ville de Valenciennes eut naguères ung notable bourgeois . . . lequel entre les autres fut renommé de large et discrète prudence. Et entre ses

§113. Fuit ET erat « Il V avait Une fois » I4I

louables vertw^ celle de libéralité ne fut pas la maindre (C. N. N. I, 41) et cet emploi se répète à l'infini en vieux français; en esp. El buen Doit Fernando par fiie de emperador (Cron. Rim. 758), lo estorbô una maravillosa vision . . . que improvisamente se les ofrcciô â los ojos y fiié que ... (D. Q.. i, 14), hiibo en esta tierra un salteador de caminos (Caballero, Gav. 34), Don Juan Riibeha mirô con interés el rostro del joven, fué una niirada del observador (Cleop. Per. 127); en port, um rei, por nome Affonso, foi na Hespanha (Lus. 3, 23), encontrara n-se na ponte e travaram entào um dialogo em prosa, que foi a confirmaçào de quanto, em verso, tinham dito jâ (Diniz, Pup. 32). Mais le même Apu- (137) lée qui dit fuit, commence l'épisode de l'Amour et Psyché par ces mots : erant in quadam civitate rex et regina (4, 28); tel est aussi en roman le début habituel des contes : en roum. era un om (G. B. I, 358, II), ci-cà era odalà un vàdàoiu bàtrân (Gaster II, 348), en obw. ina gada fuva ei in pauper um en in vitget (Sûrs. March, i, i) ou ina gada cr ei in bab che haveva treis fegls (4, i), en ital. ci era un rè ed una regina, en franc, il y avait un roi et une reine, en esp. havia un rey y una reina etc. Il y a une différence très nettement marquée entre le français ancien et le moderne; la langue du moyen âge emploie le parfait dans une proportion qui ne serait plus possible aujourd'hui; en effet ce n'est pas généralement le prétérit de durée qui figure dans le récit, même lorsqu'il s'agit de descriptions, de tableaux : cf. Cliges qui ce ot et escote Sist sor Morel, s'ot armëure Plus noire que more meure. Noire fu s'armëure tote (Cliges 4662), et des exemples de ce genre se présentent à chaque pas dans l'ancienne littérature. Il faut voir ici un phénomène stylistique plutôt que grammatical. L'ancienne littérature française, qui s'efforce plus de raconter des faits que de décrire des objets, offre aussi, sous la forme grammaticale d'un fait passager, des choses qui exigent proprement la forme indiquant l'état durable. Et il n'en va pas autrement avec les exemples tirés des autres langues, comme cela résulte aussi notamment de ce fait que, du moment qu'on adopte la langue populaire, qui préfère le procédé commode de la description, p. ex. dans le conte, c'est toujours et partout le prétérit de durée qui apparaît.

§ 114. C'est à dessein que, dans notre exposé, nous avons

jusqu'ici complètement négligé le rhéto-roman. Comme nous l'avons déjà remarqué au t. II, § 268, dans le canton des Grisons le parfait est dès le début d'un emploi assez restreint et de nos jours presque entièrement inconnu à la langue parlée, ou bien, là où il est employé, il a pris à peu près la même valeur que le prétérit de durée. Dans la période primitive, les deux temps sont distingués de la même manière que dans les langues-sœurs. Cf. p. ex. car Pilatus iidè qaei plaid e vaseva (Alig 404 : quand P. entendit cette parole et remarquait), scha tumevan a schenan (507, ils craignaient et dirent), lurafo (138) Judas . . . ius . . . a schet (8, là fut Judas et il dit), sees juvenals aher manen a vegnenan eni'igl Marcan ad anflanen sco el ha giu gig ad els ad han parigiaii la paschgia (26, mais ses disciples allèrent et vinrent dans le bourg et trouvèrent tout comme il le leur avait dit et ils ont préparé la pàque), où l'on doit noter, il est vrai, dans le dernier exemple le passage au parfait périphrastique. Mais dans d'autres textes, p. ex. dans le Viadi de Jerusalem, la Cuorta Memoria, dans la Chronique rimée et même dans le Barlaam, le parfait est presque introuvable. Aussi la question est-elle douteuse (elle aurait besoin d'être spécialement étudiée avec attention) de savoir si, dans les œuvres traduites qui présentent le parfait, il ne provient peut-être pas uniquement d'une imitation servile de l'original ou si, comme c'est le cas en réalité chez AHg, les auteurs ne sont pas originaires de régions qui ont conservé ce temps.

Cf. pour les §§ 103-114 J. Vising, Die realen Tempora der Fergangenheit im Franiôsiscben und den ubrigen romanischen Sprachen, Fr. Stud. VI 3, VII 2, travail dont les développements ont servi de base principale à l'exposé ci-dessus et auquel aussi la plupart des exemples ont été empruntés. On y trouve notées les autres indications bibliographiques, de même que toute espèce de particularités dans lesquelles il n'était pas possible d'entrer ici, pas plus que dans la discussion de bien des distinctions, trop détaillées, établies par Vising. S'il montre à différentes reprises comment, au cours du développement roman, l'importance respective des deux temps, au point de vue de leur emploi, se déplace au profit du prétérit de durée, on ne peut cependant pas se baser là-dessus pour conclure à une extension de sa sphère d'emploi : tout ce qu'on peut admettre, c'est un changement partiel dans les habitudes stylistiques des écrivains. Mais la cause priricipale est l'extension de haheo cantatum, qui assume de plus en

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