‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 63 sur 269 · PRÉPOSITIONS COMPOSÉES · texte numérisé non relu

PRÉPOSITIONS COMPOSÉES

formes sont déjà attestées en latin et, comme nous l'avons dit, sont employées en partie comme adverbes, en partie comme prépositions. C'est un fait digne de remarque que, sauf de très rares exceptions, l'une des prép. est de ou ab, c.-à-d. celle qui répond à la question « d'où », tandis que la seconde indique le lieu « où » l'on est, 11 est donc manifeste que la langue a pour objectif de préciser davantage dans les différents cas l'idée générale exprimée par « d'où ». Mais, au cours des siècles, presque partout cette différence entre « où » et « d'où » s'est perdue à son tour, au point que les particules nouvellement formées par juxtaposition s'identifient pour le sens avec les anciennes particules simples. Quant à savoir si l'on peut encore tirer du roman d'autres déductions, la question est douteuse; peut-être faudrait-il tenir compte de inversus comme pendant de incontra : cf. en ital. inverso, prov. et a. -franc, envers. De plus, l'a.-esp. escontra pourrait bien remonter à un excontra au lieu de econtra.

Cf. K. H AMP, Die insammengeset^ten Prâpositionen ini Lateinischev , Arch. lat. lex. V, 321-368.

§ 132. Or les langues romanes vont encore beaucoup plus loin dans cette voie. Le roumain présente din, qui est issu de de in et répond par conséquent au latin de intus, mais a complètement adopté la signification de de : ^i-i goni diîn giudecàtoare (Cod. Vor. i, 8 : et il la chassa du palais de justice), {i cà^u diîn comarnicu diîn alu treile podugîosu (16, 6 : et il tomba d'une chambre du troisième étage) ; delà (de près) : copiî alergaû de la sac la banl ^i de la bant la sac (Basme 268, 19 : les enfants couraient du sac à l'argent et de l'argent au sac); prin (161) (par, parmi) : ^i se nu învàtu voi înntre oameri fipriîn case (Cod. Vor. 19, 6 : et que je ne vous enseigne pas parmi les hommes et dans les maisons); pentru (pour), plus anciennement /)n7»/r// : vedeti acesta, pritntru élu toatà multimîea Judeiloru supàrarà-me (Cod. Vor. 71, 12 : voyez celui-ci; c'est A cause de lui que toute la multitude des Juifs me sollicita), où l'on doit proprement voir per inter avec un développement de sens qui n'est pas très clair. Dans presque toutes ou même dans toutes les prépositions mentionnées jusqu'ici, c'est à peine si l'on a encore conscience de la composition; mais il en est autrement

de celles qui vont suivre : doamne domntd nostru, câ miruratu e niimek tâu prespre tot pàmàntul (Cod. Schei. 8, lo : Seigneur, notre Dieu, combien admirable est ton nom par tout le monde), proprement « par sur », sàracul e nevoit a cersi pe la casele oamenilor (T. : le pauvre est forcé de mendier dans les maisons des hommes), aruncânduse parumbelnl în vàsduh acesta ocoli pe d'asiipra lumiî (Basme 276, i : la colombe s'élança dans l'air et s'enfuit par-dessus la foule), si iatà midti se scularà de pre în ostrove {i de pre usent (C. B. 1,352, 38 : et voilà que beaucoup partirent des îles et de la terre ferme), cea mat friimoasà împàràteasà de siih soare (Basme 3, i : la plus belle impératrice qui soit sous le soleil), îi hiâ ineltd ce avea în degettd cel nue {i maraina de pe fatà (256, 17 : il enleva l'anneau qu'elle avait au petit doigt, et le voile du visage), întoarce fata ta de càtrà pàcatele meale (Cod. Schei. 50, 11 : détourne ta face de mes péchés) etc. En italien, il faut citer en première ligne da. Issu de de ad, il veut dire à l'origine « de à » : viene da casa signifie donc « il vient de à la maison », una raga:{X.^ da marito (une jeune fille de celles qui conviennent à un homme). Comme, avec les noms de lieux, on se sert de a pour faire ressortir plus nettement le point de départ de quelque chose, da reçoit ensuite aussi le sens de séparation d'une manière plus déterminée que di, qui est équivoque et décoloré ; mais d'autre part il se rapproche à son tour souvent de de, et même en vénitien il empiète très largement sur le domaine de celui-ci (v. § 243). Encore une fois, dans da, la composition est complètement oubliée; en revanche elle est restée sensible dans di poi, forme employée en ancien italien à côté de dopo et dans laquelle il faut moins voir une conti- (162) nuation directe du lat. de post qu'une juxtaposition récente de l'ital. di et ital. poi. En outre on doit citer surtout in su, qui fait penser au lat. in super : in sulla tavola, et di su : di sul petto et aussi d'insul petto, et en a.-gén. avec interversion dans l'ordre des termes su in la testa (Arch, Glott. XIV, 28, 9), di ira : m'esca di tra piedi (P.), di per : quest 0 scope è vile di per se stesso (V.), di sotto : gli lasciô andare un cal:(o di sotto la tavola (P.^, da oltre : venire da oltre il Tesuere, su per : boschi che si prolungano su per la montagna (V.), per entra : una voce per entre

Page 1