‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 64 sur 269 · PRÉPOSITIONS COMPOSÉES · texte numérisé non relu

PRÉPOSITIONS COMPOSÉES

le fronde gridb (Dante, Purg. 22, 140), en outre partiva per alla volta di Marsilia (Lasca 42) et beaucoup d'autres exemples. Dans les patois, je me borne à mentionner le vén. daspoi : daspoi la morte (Cron. imp. 55) et aussi le Erioul. despo, qui évidemment sont identiques à l'esp. despiies et où l'on doit probablement voir une transformation de depôst, qui s'explique par l'équivalence de de et dis indiquée au t. II, § 603 Rem. — H y a relativement peu de chose à relever en français moderne, tandis que l'ancienne langue va ici assez loin. Au rapport de deintus avec intiis en latin (p. 164) correspond celui de dedans avec dans; et de même de se place, de la manière indiquée à la fin du § 131, à côté d'autres prépositions dans dessous, dessus, puis avec une accentuation plus prononcée du sens « d'où » dans d* outre : la gent franchaise et chil d'outre le Rin (Eng. Og. 2328), en outre en a. -franc, devers : au drcit n'en iert plus devers tnei, ceu saches bien, que devers tei (Benoît, Chron. 25690) et aussi dedevers : mil en laissent dedevers destre (19858), d'entonr : tous ses chevaliers d'entour lui, dejoste : dejoste le rochier (G. Viane 1905), dele':(^ : deleix^ le roi s est Rollan acoute^ (1227) et quant le voient gésir dedele:^ un rochier (Ch. Sax. 11^ 90) et aussi d'encoste, qui doit trouver place ici si l'on tient compte de l'emploi de encoste(^p. 158) : ses armes ot d'encoste lui cochié (Og. Dan. 9224), dedesou:(^ : lur chevals laissent dedesu:( un olive (Roi. 2705), dedesus : cist aient seignorement dedesus tei (Benoît, Chron. 3951e); ensuite avec par, et d'abord par de : par de treis par^ les assaillirent (27956), et puis par entre : lewe que cist itnt par entre lur enemis prise (IV Livr. 21 1), par devers : Jakemes Bliaus qui fu nés par devers Blavegnies (H. Val. 633), par endroit: chascuns ot duel et honte par endroit sa moillier (Ch. Sax. I, 131), par dele\ : près de Fese par deleT^ Oise (Ccy 18 17), par sus : par sus les mûri passent H vif (Benoît, Chron. 5326). Enfin doit encore être cité après, qui a peut-être été influencé dans sa (163) forme par apruef (p. 164). De ces nombreux composés, la langue moderne n'a conservé que ceux qui ont été cités en premier lieu : dessous, dessus, devers, envers, après, ensuite par dessus, par dessous; en outre elle a créé les nouveaux types d'après, d'entre et d'avec. On voit donc que le français moderne est plutôt antipathique à la juxtaposition de préposi-

tions; mais l'espagnol et le portugais l'affectionnent d'autant plus. Dans la période préhistorique déjà, pro et ad furent réunis, d'où l'esp. para issu d'un plus ancien pora, port, para : cf. en a.-esp. tomos pora su casa (Cid 49), vos conseiastes pora mi muert (2676), de Castiella vos ides pora las yentes estranas (176). Au lat. depost répond en a.-esp. empos, apos et encore aujourd'hui la forme despues déjà étudiée à la p. 167; on a encore d'autres composés dans por entre : hahiendo andado una buena pie^a por entre aquellos castanos (D. Q.. i, 20), unos de entre : unas casas, de entre las cuales advirtieron que salia el ruido (ibid.), de à : dos hombres de à caballo, dos de à pié (D. Q. I, 22), dos mo^os de à pié (36), los cuatro de à caballo (ibid.), una cortina de gasa con sus listas de encajes, de à seis maravedis la vara (Fray Ger. I, i , 4) , de por : esta gente va de por fuer:{a (D. Q. i, 22^, de hâcia : venian de hàcia el lado de la espesura (Trueba, H. Cid 47), por en : alegre por en cosas atales (^Qxceo, Sil. 299). De même le port, a por sobre : e eu vos digo que vi asi nadar por sobre a agoa conio se fosse madeiro (Graal 7), de entre : mas Marte .... De entre os deoses em pé se levantava (Lus. I, 36), de dentro : virom, que os ladridos de dentro d'ella saiam (Graal 59), de ante : partiosse de ante a porta do casteUo (127), para com : cheio de saudade e gratidcw para com os auctores de seus dias (Gomez de Amorim, Am. patr. 236), a senhora Theresa era para com elle d'uma aniabilidade monstruosa (Diniz, Pup. 110), de plus en a.-pon. perante : este homem foy chamado per ante el rey (Rom. XI, 384), dentro em : dentro em pouco (Diniz, Pup. 71). Puis sont également à citer ici apos : logo foy alla apos elles (Graal 7) et em pos : como se corressem cm t)os elle (72).

Concernant au-dessous de et les autres cas si nombreux où de se présente à la seconde place, v. § 269 sqq. On n'a pas cité le franc. dès parce qu'il est plus que douteux qu'il provienne de de ex. On peut contester que l'ital. da soit composé de de ah, opinion encore défen- (164) due par Hamp, Arch. lat. lex. V, 365 et G. Kôrting, Handb. d. rom.

Phil. 502. Comme il ressort des exemples cités plus haut, jamais deux prépositions de sens identique ou presque identique ne sont unies l'une à l'autre. Mais cependant il y a si peu de différence dans la signification entre de et ab qu'on pourrait voir dans leur combinaison un simple renforcement de l'idée exprimée par l'un des deux ; toutefois jusqu'à présent l'existence de ce genre de renforcements

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n'a pas encore été démontrée dans le domaine des prépositions latino-romanes. D'ailleurs le sens aussi ne s'accommode pas de cette explication. Les combinaisons étudiées au § 245, où da correspond à un ad des autres langues, montrent clairement que ad se trouve conservé dans ce da, ce que confirment non moins clairement les exemples espagnols de de à ci-dessus mentionnés. Mais puisque da, pour une partie de ses fonctions, dérive certainement de de ad, on ne pourra pas lui attribuer avec Kôrting une double origine, si même en d'autres cas (§ 245) cette dérivation n'est pas tout à fait aussi évidente. Dans une proposition comme vengo da lui (je viens de lui), on est aussi bien fondé à tirer a de ad que dans le franc, je viens de chei lui, et c'est ainsi que toutes les fonctions de da se laissent ramener à de ad. Au surplus, puisque le roman ignore entièrement ab, de ah devrait avoir existé déjà en latin, et alors il aurait sans doute, aussi bien que abante etc., laissé des traces dans la littérature. Or il n'y a pas de traces de ce genre : Hamp ne peut signaler qu'un dab dans la lex romana uticensis (pfi siècle), mais ce dab naturellement n'est rien autre qu'une fausse latinisation. En dehors de l'Italie, da se trouve encore dans le Tyrol. Le roum. spre, qu'on fait venir de exper, représente plutôt super (Zs. XXII, 492-496). Sur l'a.franç. en\ en la ville, l'a.-ital. poi dopo la morte et autr, combinaisons sembl., v. § 274. Naturellement il faudra bien distinguer, des cas ici traités, ceux où une préposition est unie à un substantif, comme c'est le cas dans le franc, mod. outre-mer et autr. sembl. Si l'on dit aujourd'hui d' outre-mer , il ne s'agit pas d'une juxtaposition de deux prépositions, mais de l'union d'une préposition avec un substantif qui par hasard est issu de la juxtaposition d'une préposition et d'un substantif.

§ 133. Le REDOUBLEMENT, c.-à-d. Li répétition d'un seul et même mot, est une manière de renforcer l'idée qui est surtout propre à I'Italie. Bien qu'elle soit particulièrement fréquente (165) avec les adverbes : piano piano (tout doucement), d'autres espèces de mots y participent cependant aussi : cf. // faccione diventb amabile amabile, il vocione dolce dolce (Fogazzaro, Picc. Mondo 13), diventb rossa rosso (79), se nulla nulla sperasse di esser esaudito (Barrili, Nott. Comm. 21), una pavera artista, quando sia nulla nulla piacente délia persona (233), tratto tralto sotto i contorcitnenti dei margini uscivano in una traccia sanguigna le righe e perfin le parole dovera passata l'anima del filosofo (De Marchi, Giac. id. 295), fa caldo caldo etc. Il va de soi que la littérature dialectale présente encore plus d'exemples de ces façons de parler tout à fait populaires : cf. en sic. na picciotta

povira povîra (Fiabe 89 : une pauvre, pauvre femme), lu tagghia pez^X.a pe^^a (92 : il le taille en mille pièces), lu riu^^u pirb ija spii spii (Bibl. IV, 195 : le roi cependant cherchait attentivement), primu primu è chi cci voli un figghiu settimu qualunqui (193, en tout premier lieu un septième fils est nécessaire) etc., en abruzz. caccenne caccenne Vacche (Trad. abr. 2, 5 : tout en puisant l'eau), tajjenne tajjenne la reccote xe, tajjette nu dite (4, tout en coupant la viande, il se coupa un doigt), tournure fréquente avec le gérondif. En dehors de l'Italie, le redoublement se trouve surtout en provençal moderne : cf. eie fasié plan-plan mouri li veno (Mistral, P. R. 150 : et la faisait doucement défaillir), e tau lou pèis, que Vaigo ie treboulon, Uulèu que nado (254, et tel que le poisson dont on a troublé l'eau nage vite), mai i a periout si remudo-remudo (198, mais les vicissitudes sont partout), etc. Il est également en faveur dans le ROUMAIN ; cf. oameniî unblaû cete cete prîn cetate (Basme 36, 22 : la foule allait lentement, lentement par la cité), fàcu doï fetîlogofett eu totului totului de aur (Basme 63, 17 : elle accoucha de deux princes entièrement en or), un codru mare mare (259, 10 : une grande, grande forêt), 0 însotire ce nu-i venea la socotealà de loc de la (258, 11 : un mariage qui ne lui convenait absolument pas), smeul nu este tocmaï tocmaî de temut (259, 31 : le géant n'est désormais plus à craindre), când 0 và:(îï lupul, pad pad era sa uite pentru ce venise (78, 7 : quand le loup la vit, il oublia presque pourquoi il était venu), împâratul và^ând merele, mat mai era sà-sl iasâ din minti de hucurie(j^, 14 : l'empereur, en voyant les pommes, faillit perdre l'esprit de joie) etc. Il n'y (166) a pas de différence lorsque le second mot est muni d'un suffixe, comme en lomb. nôf novent (II, p. 603), en prov. lou hlound calandre etné VAngloro tout plan planeio s'cron ramba (Mistral, P. R. 180 : le blond galant et l'Anglore avec lui tout doucement s'étaient réfugiés), en roum. petrecea singur singurel (Basme 146, I : il vivait absolument seul). Il va sans dire qu'on rencontre aussi dans les autres langues des exemples isolés : cf. p. ex. en esp. os ruego que encamineis luego luego esta caria (D. Q. i, 27), mais ici il s'agit seulement de phénomènes occasionnels.

§ 134. Un genre particulier de redoublement se trouve dans l'ital. tutto a motto a mottto (Nov. 17 : tout à fait mot à mot),

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