ACCORD DE L* ADJECTIF ET DU SUBSTANTIF I
tements graduels des prépositions sur les tournures sans préposition ne peuvent être exposés que lA dans un tableau en quelque sorte synoptique. — Les combinaisons possibles qui viennent d'être énumérées, sont naturellement loin d'être également fréquentes et également importantes pour la grammaire. C'est ainsi que, si nous laissons de côté les questions d'accord et de non-accord, qui concernent uniformément tous les mots à flexion, il n'y a presque rien à observer sur la combinaison du substantif et de l'adjectit, encore moins sur celle du nom de nombre et du pronom, mais d'autant plus sur celle du pronom et du substantif. Plusieurs combinaisons, autant qu'elles ont en somme besoin d'être mentionnées, comme deux adjectifs avec un substantif ou un pronom avec un adjectif et un substantif, ne l'ont pas été séparément : elles ont été étudiées avec les combinaisons simples auxquelles elles correspondent.
§ 137. Du moment que des mots à flexion peuvent être unis entre eux, I'accorÈ) en genre et en nombre est requis; ceci n'a pas besoin d'une démonstration spéciale. Il y a cependant quelques exceptions qui sont à signaler. C'est seulement au point de vue de la graphie que le franc, nu-tête est étonnant à côté de tête-nue : cette graphie est phonétique dans nu, historique dans nue; l'a. -franc, nue teste s'est changé en le franc, mod. nu tête de la même manière que l'a. -franc, veraiement en le franc, mod. vraiment, et l'explication est la même pour minuit de mienuit, mi-carême de mie-carême, demi-heure à côté de une heure et demie. Au contraire, il y a une véritable violation de la règle en premier lieu dans l'ital. checos' altro (Barrili, Nott. Comm. 277), un bel nulla (39), le prov. re nascut (Gir. Ross. 4087), l'a.port. algun rem (F. Sant. 545) et autr. sembl., où le substantif a la signification générale qu'adopte d'ordinaire le masculin issu du neutre latin; c'est pourquoi l'adjectif revêt la forme masculine (cf. sur ce point le § 350). Ensuite il existe une (169) série d'adjectifs qui peuvent s'employer sans flexion. C'est d'abord solus : en a.-ital. una sol cosa (Castiglione, Courtis, i, 121), una sol volta (Berni, Roi. 28, 38), una sol voce etc., en a. -franc, de sol la joie de cest non Que je sui vostre chevaliers Ai ie mont (Mér. 11 5 8), mais seul sa Hlle li otroit (Brut i8éo).
en esp. con solo la imaginacion, et avec le même sens purus : an pur sa gonelle (Rom, Past. II, 27, 19) à côté de en pure ma chemise (A. A. 614). C'est ensuite totus : en sard, iottu custas cosas naratas (Arch. Glott. XIII, 6, 14 : toutes ces choses narrées), sos handos tottu (7, 36 : toutes les ordonnances), en obw. tutt la cuort (toute la cour), tutt las caussas (toutes les choses) etc.; on trouve aussi lutta, l'ancien neutre pluriel, en ancien engadin : cum tuotta seis artikels (avec tous ses articles) et autr. sembl. Viennent ensuite, mais seulement unis à une préposition, ipse : en ital. lunghesso la strada et les formes correspondantes souresso et cori esso, en a. -franc. en es l'heure à côté de par esse la chariere (Ph. Thaon, Comp. 1433); MEDIUS : en ital. /// me^zp Vacqua (Arioste, Cass. 1,5), per me^^o la campagna, en a. -franc, en mi la pree, par mi l'est, en prov. en mieg la sala (Appel, C. 3, 293), de même en esp. en medio, por medio, en port, em tneio, por meio, sum- MUS : en a. -franc, en som le tertre, par som l'aube (G. Bourg. 281); cf. en obw. ei sgulaus tochen il pli sisum una plonta (Sûrs. March. 20, 34 : il s'est envolé au sommet d'une plante). Enfin reste encore le franc, plein dans il a de l'argent plein la poche. Le caractère commun de tous ces adjectifs, c'est que, lorsqu'ils se rencontrent avec un substantif déterminé, ils se placent soit derrière le substantif, soit devant l'article et non, comme c'est ailleurs la règle, entre l'article et le substantif (voy. Chap. 6), ce qui donne à penser qu'à l'origine il y avait ici un emploi non pas adjectif, mais adverbial, de sorte donc que l'a. -franc, seul la fille li otroit signifie littéralement « qu'il lui octroie seulement la fille » et non « la fille seule ». Plus tard, alors, il s'est produit des modifications fréquentes et de nature variée. Tantôt, en effet, comme pour solus en italien, la forme non-fléchie (adverbiale) a persisté même dans la position d'un pur adjectif; tantôt, au contraire, en vertu d'une attraction grammaticale, sans d'ailleurs changer de position, l'adjectif non-fléchi a été remplacé par la forme fléchie : c'est ce qu'on a vu ci-dessus par le franc, pure et aussi ce que fait ressortir le rapport du sarde tottu sas feminas (170) avec l'ital. tutte le jemmine. En ce qui concerne le rapport historique entre les deux tournures, la plus ancienne à
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tout prendre est la forme non-fléchie : il ne peut subsister quelques doutes que pour l'a. -franc, es, car le Comput, ce texte si ancien, contient précisément es fléchi. D'autre part il ne faut pas perdre de vue que le mot disparaît de bonne heure en somme de la langue, ce qui rend impossible une extension de la forme fléchie. — H y a, maintenant, encore d'autres cas. Si le franc, mod. dit Catherine le Grand, c'est purement et simplement parce que le grand est une formule qui est ajoutée au nom des princes remarquables, sans que celui qui parle se représente avec précision le sens originaire et le rapport grammatical de cette formule avec le nom propre : c'est pourquoi elle reste invariable même quand celui-ci est du féminin. Autre cas : le sic. poku yorna doit avoir été déterminé par l'analogie de du, tri, kwattru, cinku, ottu etc. yorna. En territoire français il faut ensuite citer encore feu et sauf. Le premier se présente sous une double forme : feu ma mère et la feue mère. Mais au xvii^ siècle encore on employait feue à la première place aussi, et comme, à l'époque où feu nonfléchi apparaît, /m ti feue s'étaient depuis longtemps confondus dans la prononciation, il ne faut probablement voir dans la différence imposée aujourd'hui entre feu fléchi et non fléchi qu^un caprice des grammairiens, et feu employé comme féminin ne doit être qu'une graphie phonétique qui a été facilitée par la place qu'il occupe. En ce qui concerne sauf, Rabelais emploie encore sauve avec les substantifs féminins; d'un autre côté le vieux français connaît déjà sauf \\on-Mc\\\. Cet adjectif aussi se trouve toujours devant l'article ou le pos* sessif : il en résulta que peu à peu le sentiment de la véritable nature du mot finit par se perdre et qu'ainsi la flexion fut abandonnée, comme dans les cas qui doivent être examinés au§ 138.
Cf. H. MoRF, Phil. Abhandl. Schweizer-Sidler gewidmet, p. 76-78.
§ 138. En outre il faut étudier le rapport des participes avec le substantif dans les constructions participiales absolues (§ 421). En effet, la règle fondamentale de l'accord, en italien notamment, est souvent violée. Lorsque Sacchetti dit
(17O misurate le canne e pagato, il Friolano se ne fa porare il panno (92), on pourrait justifier ce non-accord en admettant que pagato a dans la pensée une valeur tout à fait générale et que le rapport avec canne est supprimé à dessein. Mais en somme on peut dire qu'il y a accord quand le nom par rapport au participe joue le rôle de sujet, et non-accord quand il joue celui de régime : cf. venutane la sera e il Pilucca trovato i compagni (Lasca 182, 9), letta e riletta la let ter a e nwlto bene consideratola (194, 23), rasciutto le lagrime (Sacch. 47), datogli la borsa (Serc. 39), libera le gambe (^^i), dimenato la coltella (Lasca 153, 25), toltoci tutta la roba (155, 32), fat to délia nécessita virtù (91, 14), trattone pochissinie (Leop. 178) etc. à côté de colti quelli frutti (Sacch. 91), udite le strida (Lasca 59), considerate le parole, veduti gli atti (156, 7), chiamata la serva (194, 21) etc. En FRANÇAIS, les principaux cas à examiner sont excepté, réservé, vu, entendu, oui, attendu, compris, passé, supposé, approuvé, qui sont invariables devant le substantif et variables après, ensuite hormis, forme moderne de hors mis et qui maintenant a pris absolument la valeur d'une préposition, et également ci-joint, ci-inclus. On peut déjà signaler quelques exemples de l'absence de flexion dans la période la plus récente du vieux français; cependant on peut toujours se demander si, abstraction faite de compris, hormis et ci-joint, ci-inclus, l'invariabilité graphique n'est pas une conséquence de l'invariabilité phonétique. Mais, en tout cas, il est certain que, grâce à leur position devant l'article, les participes sont descendus de plus en plus au rang de mots apparentés aux prépositions, et c'est grâce à cela qu'ils ont pu se passer de flexion. — Les langues de l'Est semblent peu riches en phénomènes de ce genre : excepto, incluso, salvo en esp. mod. sont peut-être des gallicismes.
§ 139. Un seul substantif peut être accompagné de plusieurs adjectifs puisque naturellement on peut à un même mot attribuer à la fois plusieurs propriétés. Sur ce point il n'y a pas lieu d'insister ici davantage parce qu'il est permis de remettre à plus tard la question de la place respective des adjectifs et de leur union possible au moyen de et. Mais pourtant il faut encore signaler une particularité. En effet, le franc, une jolie