‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 69 sur 269 · TERMES DE Q.UANT1TÈ I · texte numérisé non relu

TERMES DE Q.UANT1TÈ I

cer le par ce : cf. p. ex. à Démuin es ta e e muvàs (le temps devient mauvais), truvé s mùgû (découvrir le pot aux roses), es soleil il e kusé (le soleil est couché), tandis que la, du, des, de /' etc. persistent. — En roumain aussi, cel a souvent presque la même valeur que l'article : cf. ferice de omul ce p'a mîarge in sfatul celorû fàrà de liage (Dosofteiu i, i : heureux l'homme qui n'a pas été au conseil des impies), cà celor direptî Domnulû le vïade (i, 25 : les hommes droits, le Seigneur les voit), den cel d'întâîû pànà la cel mai de apoï (Gaster II, 70, 4 : depuis le premier jusqu'au dernier), cel d'al ^aptelea (Basme 258, 9 : le septième) etc., sans tenir aucun compte de omul (174) cel hun (§ 158).

§ 142. En tout premier lieu, des noms d'objets qui se rencontrent en un grand nombre d'exemplaires, se sont ensuite attaché ille lorsqu'en exprimant quelque chose à propos de l'un d'entre eux on désirait attirer l'attention sur lui, qu'on voulait le faire ressortir comme connu parmi les autres individus semblables et qu'il était de cette manière individualisé vis-à-vis de ceux-ci. Naturellement l'observation peut également s'appliquer à plusieurs individus, de sorte donc que singuUer et pluriel de la forme déterminée sont également anciens. Or de là découlent d'abord deux conséquences : la première, en effet, est que le cas régime en vieux français et en provençal, et le substantif, dans les autres langues, lorsqu'il est régime ou précédé d'une préposition, n'admettent pas l'article à l'origine; et la seconde, c'est que les noms d'objets qui ne se rencontrent qu'en un seul exemplaire, par conséquent les noms étudiés p. 31-37 et qui ne s'emploient qu'au singuHer, n'ont pas besoin d'une forme déterminée. Telle est en fait la situation, surtout dans les plus anciens textes romans. Mais, au cours des siècles, il se produit par des procédés divers une extension de l'article; peu à peu il conquiert également ces domaines dont il était à l'origine exclus, ce qui s'opère, il est vrai, dans chaque langue par un procédé différent. En effet, comme on le montrera aux § 157 sqq., il s'introduisit aussi, dès les premiers temps, dans les cas qui viennent d'être cités et qui autrement l'excluent, lorsque le mot en question, au lieu de se trouver seul, faisait partie d'un groupe de mots.

l8o CHAPITRE II : LE GROUPE DE MOTS § I42. I43.

Mais de cette façon il perdit graduellement en indépendance; il apparut comme le compagnon permanent du cas sujet, de sorte donc qu'à côté de ille pater, dès qu'on n'attachait pas une importance prépondérante au sens purement abstrait de timor, à l'idée qu'il exprime, s'introduisit aussi ille iimor. Il arriva aussi que le nominatif ille pater fut d'autant plus facilement doté d'un cas oblique illu pâtre ou prépositionnel de illu pâtre qu'au nominatif indéterminé pater correspondait aussi un cas oblique pâtre et un cas prépositionnel de pâtre ou bien qu'au nominatif ille bonus pater correspondait un cas oblique illu bonu pâtre et un cas prépositionnel de illu bonii pâtre.

§ 143. Voici quels sont à peu près les objets ^u]^ne se (175) RENCONTRENT q.u'en UN SEUL EXEMPLAIRE. C'est d'abord, partout et toujours, le nom de Dieu : en roum. Dumnexeu, ital. Dio, franc. Di eu^ esp. Dios, port. Deus^ tandis que Christus est hésitant, c.-à-d. qu'en vieux français p. ex. jusqu'au xv^ siècle il est entièrement dépourvu d'article et que même aujourd'hui il n'en est pas encore toujours accompagné. Dia- BOLUS et les divers mots qui le remplacent (en ital. nemico, en a. -franc, anemi, aversier, maufé etc.) présentent généralement l'article, attendu que la religion chrétienne admet d'ailleurs plusieurs diables; toutefois l'a. -franc., prov. deable est assez fréquent, et Molière encore connaît l'imprécation diable emporte. Ensuite il faut citer quelques personnifications, et avant tout amor; ce n'est pas seulement au moyen âge qu'il est généralement considéré comme une personne : cf. notamment encore chez Cervantes la bandera de amor y de la caballeria (D. Q. I, 25), NATURA en vieux français jusque pendant le xvii^ siècle, mais aujourd'hui la nature : en ital. natura vuole che T anima délia mia amante sia invisibile (Annunzio, Tr. M. 15), en esp. la vibora no merece ser culpada por la po:(ona que tiene por habersela dado naturalexa (D. Q.. i, 14), como si en ella quisiera poner naturale:(a un simbolo vivo del ctcrno y capital dualismo del arte (Galdôs, L. Roch i, 107), fortuna : en ital. toile ogni altro ben fortuna (Arioste, Roi. 3, 37), en a.-franç. or lerai donc fortune corre (Ruteb. 2, 134) et avec le même sens se destinée l' ainsi consenti (Mon. Guill. pr. 24, 9), mais au

§ 143- SUBSTANTIFS DEPOURVUS d'aRTICLE i8i

xvi^ siècle on a déjà le plus souvent la Fortune. Paradis, Purgatoire et Enfer se présentent de préférence avec l'article dans les plus anciens textes romans; cependant le Français Raoul de Houdenc p. ex. l'évite, ainsi que Joinville plus tard, et encore au xv^ siècle les Cent Nouvelles. Le prov. Paradis terrenal dans la lettre du prêtre Jean (S., D. 362 sq.) paraît devoir être simplement considéré comme un nom propre; cette observation s'applique également à PalaciOy employé dans la nouvelle de Cervantes « La espaiîola inglesa » pour indiquer le palais du roi d'Angleterre, et à Palattso, qui désigne dans le patois de Rome le Vatican. On doit aussi considérer comme spécimen unique l'a.-ital. Santa Chiesa, a. -franc. Sainte Église, prov, santa Gleya (P. Joh. 43, 10). En ce qui concerne le soleil et la lune, ce n'est qu'avec le premier et encore rarement que l'article n'est pas exprimé en ancien français et en provençal : en a. -franc, ains que solia:(^ soit esconsés (Durm. 3605), quant soleil-^ esclarcist (Voyage Charlemagne 383), solans leva (Ccy 1523), en prov. quaissi com es soleils ses par (Flam. 534), soleil vai colgar (Gir. Ross. 2223); mais, ce qui est étonnant, c'est qu'aujourd'hui encore (176) cette omission est fréquente en Tyrol : cf. apena fo kyaniô s'a Brak soredl levé (Stor. 17, 362 : à peine le soleil se fut-il levé au-dessus de Brak), soredl cutia indo fora (i, 95 : le soleil paraît) etc. Enfin, pour le roumain, à la place de la tournure actuelle soarele apune (le soleil se couche), Texistence antériëure dQ^soare apune esf^Testée par la forme empruntée au grec moderne qui en est issujg j^ surupuni (le soir vient). Pour finir, citons encore somnus : en prov. jo«;( Venvida (Flam. 3706), en csp. mientras sueho le da dulce reparo (J. Valera, Com. Mend. 188), mors : en ital. mostrando per lo viso agli occhi morte (Guido Cavale, canz. 2, 4), en a. -franc, vienget mort sur els (P. O. 54, lé), mort ne loerad tei (3. 13) etc., Focus : en a.-franç. fus de sa face arst (P. O. 17, 10), sis devurerat fus (20, 9) etc. L'ancien italien parte Guelfa, parte d'imperio etc. au sens de « le parti des Guelfes, le parti de l'Empire » renferme-t-il un latinisme, ou bien parte rentre-t-il dans la classe des noms propres } La question reste encore en suspens.

l82 CHAPITRE II : LE GROUPE DE MOTS § I44. I45.

§ 144. En ce qui regarde les vrais noms propres, les noms DE PERSONNES sont en général dépourvus d'article, ce qui n'a pas besoin d'être attesté par des exemples. Les exceptions seront examinées au § 150. Mais aux noms propres se rattachent souvent aussi les termes qui signifient « père » et « mère » : ainsi notamment en franc, maman, papa et aussi grand' mère te regarde (Gyp, Mademoiselle Eve 15), en esp. padre dice (Caballero, Nov. 68), voy à ver à madré (260) etc. Les NOMS DE PEUPLES, au contraire, exigent aujourd'hui toujours l'article au singulier : le Prussien (^ 152) comme au pluriel. Il n'en était pas ainsi au moyen âge; au pluriel ils en étaient assez souvent privés : cf. en a. -franc. Franc s'en irunt en France la liir terre (Roi. 50), dient Franceis (192), Bretuns qui premerains la tindrent (Brut M. 69); mais en même temps, dans la prose plus souvent que dans la poésie, on trouve aussi // Franc etc., et l'emploi de l'article s'étend à tel point qu'aux xiv^ et xv^ siècles il est de beaucoup prédominant et qu'au xvi^ il est déjà presque de règle : en prov. Aragones fan gran dol, Catalan e cel d'Urgel (B. Born 28, 33), Rom'als Sara:Qs faitx^ vos pane de dampnatge mas Grecs e Latis metet^i e carnalatge (G. Fig. 2, 43), en esp. Mores le reçiben (Cid 712).

(177) ^|i45) Très variée est la manière dont les langues se com::, patent avec l^jioms géographiques. Il n'^ a que le roumain qui fasse un usage absolument rigoureux de l'article, ce qui tient peut-être à ce qu'il n'en connaît pas l'emploi après lesprépositions (^ 179), de sorte que le cas prépositionnel se met en ôpposîtTon formelle avec le cas sujet. Or, comme les noms de pays se présentent avec une fréquence particulière au cas prépositionnel, il en résulte précisément que, lorsqu'ils sont sujets, l'opposition également établie dans les autres catégories de mots entre le cas prépositionnel et le cas sujet, a pu se produire aussi chez eux. Le français moderne observe rigoureusement, lui aussi, l'emploi de l'article au pblnr qù'îî j renonce uniquement lorsque le nom de pays est en même temps nom de ville : ainsi la France, V Angleterre , le Portugal, mais Naples, Venise etc. Toutefois en vieux français l'usage est encore très indécis. Si l'on rencontre dans le Roland lelHaine

§ 145- 14^- l'article avec les noms propres 183

(2323), c'est un emploi totalement isolé; France, qui se pré- 1 sente dans l'épopdejm nombre infini de fois^ tou-^

jours^ansJâU et c'est aussi le cas pour la plupart des autres noQis de pays. C'est seulement au cours du xiii^ siècle que l'article apparaît progressivement : Par la Borgoigne venoie (Pr. d'Or. i8é), puis 11 gagne du terrain et, dans la seconde moitié du xvi^ siècle, l'emploi en est prescrit par le grammairien Ramus; mais même dans sa période moderne le français offre de fréquentes infractions au précepte des grammairiens; bien plus, Victor Hugo n'a pas craint d'écrire Vive Allemagne (Hern. 162). C'est surtout avec les noms de pays peu connus ou de peu d'étendue que règne un certain arbitraire; c'est ainsi que, contrairement à la règle, on dit le Hanovre, le Sal^bourg et inversement Terre-Neuve. Pour les autres langues il est encore moins possible de trouver une règle; cependant l'italien montre une prédilection marquée pour l'article : r Italia, la Germania, la Svi'^era, la Francia, il Messico, il Giapone, il Périt etc., tandis que les langues de l'Ouest l'évitent plutôt : en esp. la Espaha et Espana, la Francia, el Peru, la China, el Canada , el Japon , el Brasil , mais Vene:(uela , Chile , Mejico, Murcia etc., en port. Portugal, Castella etc., mais 0 Egypto (Rom. XI, 381). Sont à noter en a. -esp. tierras de Valencia rremanidas en pa^ (Cid 1308), à tierras de Carrion (2526), en tierra de Moros (1346), en tierra de C ara:(o (Berceo, Sil. 187), en comarca de Silos (336), en begas de Carrion (Cid 3481) et aussi en rio de Arlan^a (Berceo, Sil. 265).

§ 146. Les NOMS DE lieux et de villes^ s'emploient gêné- (178) ralement sans articlëTorsqu'ils sont d'origine antéromane ou ^ étrangère : en ital. konia, Napoli, franc. Paris, Tours, esp. Madrid, Toledo, port. Lisbôa, Lugo etc. Seul le roumain, tout

en disant, il est vrai, d'une j^art^^ucnrestï , Jajl^met d'autre

paFt l'article avec Jes nom[S-jle— villes étrangères : Londonul, i^oma et autr^^^sembl.; en italien il Cairo, dans le français du xvi'^ siècle le Liège sont de remarquables exceptions. En espagnol on rencontre el Cairo, el Ferrol, la Meca, la Coruha,la Habana, la Veracrux. Il en est tout autrement avec les noms d'origine romane. Dans ce cas, en italien l'article fait généralement

défaut : Castiglione, Rocca di Papa, Borgo San Sepokro, Frassineto, Fornuovo, Orvieio, Porto Venere etc., tandis qu'en France son emploi est la règle ordinaire : l'Isle de France et Lille, Le Blanc-Mesnil, Le Bourg, Le Bourget, Le Coudray, Léglise, Le Havre, La Haye, La Rochelle, Lenoirmont, Le Palais, Les Eaux- Bonnes, Les Granges, La Chapelle, La Chaux-de- Fonds, La Ferté et d'autres à l'infini, à côté desquels il est vrai qu'on voit figurer Neiifchâtel et beaucoup d'autres, notamment ceux qui sont formés avec Château. Comme exemples analogues, on a en espagnol la Cogolla (Berceo, Mil. 27, 54, 56), puis la Cebollera, en portugais Oporto. Cette différence d'emploi notamment entre le français et l'italien ne pourra guère être expliquée qu'après de nouvelles recherches sur les noms de lieux; toutefois, pour ces cas aussi, les faits examinés au § 179 conduiront vraisemblablement à la solution de l'énigme.

§ 147. Les noms d'iLEs, de montagnes, de fleuves, de MERS ou LACS manifestent une prédilection décidée pour l'article : cf. en ital. la Sardegna, la Sicilia, mais Capri, Ischia, Procida; il Vesuvio, VApennino, l'Etna et ainsi probablement pour tout le reste; il Tevere, l'Arno (mais l'ancien italien préfère Arno) etc., // Trasimeno; en a. -franc, le plus souvent pas d'article, mais en franc, mod. ia Sicile, la Sardaigne, la Corse, rirlande etc. à côté de Malte, Corfou, Madère, Bourbon, Chypre (au xvii^ siècle la Chypre), Candie, antérieurement la Candie; les Ardennes, les Alpes, le Vésuve, le Mont-Cenis, le Jura, le Parnasse etc.; toutefois Voiture dit encore Parnasse est plus grand que Montmartre (II, 176), le Rhône déjà dans la Chanson de Roland (1583), la Seine, la Gironde, la Loire, la Meuse et toujours ainsi au xix^ siècle, tandis que le xviii^ était encore hésitant, le Léman, la Méditerranée; en esp. el Caucaso, el Olimpo, el Tamesis; en port. 0 Apennino, 0 Séquana, 0 Garumna, 0 Betis, a Madeira etc.

§ 148. A cette catégorie on peut encore rattacher quelques NOMS DE LIEUX COMPOSES. On dit en ital. Porta Romana, et non la Porta Romana : cf. la diligenza svoltb a destra verso Porta Romana (Fogazzaro, Picc. Mondo 280), puis Casa Ribera si era oscurata V ultima (159), il tempo e la moda avevano trasformato

§ 148.- 1 50. l'article avec les noms propres 185

villa Caterina (Serao, A. A. 155), Palai:(o Pitti. En français, même usage dans Porte S. Martin, Pont S. Louis (mais le pont des Arts) etc. Ici aussi l'italien manifeste une tendance décidée à laisser tomber l'article en élevant au rang de nom propre un appellatif dont le sens est précisé par un nom propre.

§ 149. Comme dernier groupe, il faut enfin citer les nom s des DivisiONS DU temps, c.-à-d. des mois, semaines, jours, fêtes, parties du jotJR, HEURES CANONIQ.UES. A toutes les époques, c^ec eux aussi la forme sans article a été la plus usitée; cependant^l'article pénètre également petit à petitdans^jpmaine : cf. en ital. fehbrajo era stato mite (S. Farina, Cap. B. 150) à côté de parte delVaprile (181), sans que le contexte permette de supposer qu'une fois le nom est pris dans un sens plus général, l'autre fois dans un sens plus spécial. En vieux FRANÇAIS, cf. au Noel (Mér. 775) à côté de à Noel (843), quant midis fu passé:{ (3077), aujourd'hui Noël, Pentecôte, Pâ^es en même temps que la Pâque, deux formes dont la différenciation est malaisénîènt justifiable. A l'Ouest l'article est le plus souvent absent; pourtant on trouve el martes se pfesento^ en ese misrno~~patcô 'uestida de bianco con camélias rosas. Ayer estaha .... con camélias hlancas .... hoy terciopelo negro y camélias rojas (Coloma, Pequen. 275).

Sur le franc, le dimanche (chaque dimanche), l'esp. el lunes (le lundi), V. § 187. Sur les § 142-149, outre le travail de Grotkass signalé au § 24, cf. encore H. Hûbner, Syntaktische Studien ûber den Artikel hei Eigennamen im Alt- und Neufran:^ôsischen, Kiel 1892.

§ 150. Lorsqu'ils se trouvent dans les conditions voulues (180) pour recevoir le pluriel, les noms propres peuvent également prendre l'article, ce qui arrive donc lorsqu'ils perdent précisément leur nature de nom propre, c.-à-d. de mot ne désignant qu'une seule personne. Ainsi l'on dit donc en ital. / due Tassi, en franc, les Bourbons, les Corneille, en esp. los Mendo^as etc.; voy. les exemples de la p. 33. Mais à cette observation il s'en ajoute encore d'autres. Où l'on constate les particularités les plus remarquables, c'esT'en roumain. On y emploie les noms de personnes en partie avec l'article, en partie sans : Joan, Vasile, Gheorghe, mais Toma, Socratele, Lupul, Jancu,

l86 CHAPITRE II : LE GROUPE DE MOTS § I50.

Bràteanu, Jonescu etc.; ainsi d'un côté les prénoms, de l'autre les noms de famille, sans que la distinction soit absolument stricte. Mais,^u^if, les-^remiers apparaissent aussi précédés de l'article : lut Joan, lut Vasile et les seconds'prëîînënï^soit laTorme Lupuluî , Toftiei, Bràteanidm, soit lui Lupul etc.; anciennement et de nos jours encore on a dans les dialectes lu Joan etc. Aux noms propres se rattachent les noms de parenté : boul ltd fiû meii (le bœuf de mon fils), puis en vieux roumain Dumne:(eu, împârat, voda et même des noms de femmes : lui Ana et autr. sembl. SI l'emploi deJjTtick..avecJes noms de famille fait penser à l'usage italien dont nous allons bientôt parler, il est au contraire absolument évident que lut a la valeur d'un signe casuel ou, pour mieux dire, d'un terme copulatif, c.-à-d. qu'il ne détache plus un nom propre de la série des noms semblables, mais qu'il indique le rapport grammatical dans lequel ce nom se trouve avec le substantif- précédent ; par conséquent, d'après la terminologie courante, lui] est une préposition. L'italien va plus loin en ce qu'il prépose l'article au nom de famille des personnalités connues : V Alighieri , il Tasso, PAriosto, il Gœthe, mais Dante Alighieri (ou simplement aussi Dante), Torquato Tasso, Lodovico Ariosto, Fofgango Gœthe etc. Au contraire, comme ce sont en réalité des prénoms, on dit naturellement Omero, Cesare etc. Les autres langues imitent l'usage italien pour les noms d'Italiens : on dit donc en franc. VArioste, en esp. el Ariosto, en port, o Ariosto, sans en faire d'ailleurs une règle absolue, car le français actuel ne dit que Pétrarque, et d'autre part on trouve le Dante, en esp. el Dante, ce qui est tout simplement fautif. Donc, en italien, le nom de famille est dépouillé de son individualité (181) et désigne aussi bien toute une série plus ou moins considérable d'individus de même espèce, de même que casa représente toute une série plus ou moins considérable d'objets de même espèce. S'agit-il alors, parmi ces individus de même espèce, d'en détacher un qui est connu, déterminé, le nom propre adopte la forme déterminée; mais, si l'on y ajoute le prénom, il reçoit par là cette détermination spéciale, et conséquemment l'article est superflu. Ce qui étonne, c'est que cet usage soit restreint à l'Italie; toutefois le fait peut dépendre

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