‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 73 sur 269 · ARTICLE DANS LES COMPARAISONS · texte numérisé non relu

ARTICLE DANS LES COMPARAISONS

§ 183. L'italien se montre dès le début très hésitant. C'est à l'ancienne règle que se conforment p, ex. com aquila vola (Enf. 4, 96), come cieco va (Purg. i6, lo), come abete in alto si digrada (22, 133), leggier come penna (Pulci, Morg. i, 69), cheto come olio (Lasca 56), a guisa di cavalière errante (Nov. 47), bianca corne neve (Lasca 127, 25), come folgore indietro ritornato (Pulci, Morg. 98, 80), corne peregrin riman in via (21, 31), puis dans les patois : en abruzz. Mange kotne llatt e rrose home ssange (Finamore 2, 4), en napol. nuance che lo sole scesse comme a protamiedeco (Basile 1,36: avant que le soleil ne descendît comme un médecin de ville), n quattro juorne se fece Antuono grasse comm' a Turco, tunno comm' a boye, ardito comm' a gallo, russo comm' a gammaro, verde comm' aglio e chiatto comm' a ballena (24) etc. Mais en même temps on trouve aussi bianco come Vavorio, nera a guisa dell' ebano (Lasca 127, 23), blanchi corne la neve (126, 21), chi il volea scorticare corne i ranocchi (Pulci, Morg. 28, 10), arido come l'esca (De Marchi, Giac. id. 38) ou bien même come un ghiaccio nel petto gli sia messo (Arioste, Roi. 23, 64), il lago era quieto corne un olio (Fogazzaro, Picc. Mondo 108). C'est surtout dans les comparaisons plus développées, dans les descriptions que l'article a été de bonne heure employé : cf. come la navicella esce del loco Indietro indietro, si quindi si toise (Enf. 17, 100), come quando dalV acqua 0 dallo specchio Salta lo raggio all' opposita parte (Purg. 15, 16) avec la quai (la vilta) moite fiate l'uomo ingombra Si che d'onrata impresa lo rivolve Corne f also veder bestia quand' ombra (Enf. 2, 46), mugghia corne fa mar per tempesta (Enf. 5, 29) etc.

§ 184. Le plus ancien français, et notamment le Psautier d'Oxford, en est encore au stade primitif; c'est ce qu'attestent, outre les exemples déjà cités p. 222, ceux qui suivent : que alcune fiede ne ravisset sicume leuns la meie aneme (P. O. 7, 2), (218) trespasse el munt sicume passer (10, i), receurent mei sicume leons aprestet a preie e sicum chael de leon habitan:^ en repostailes (16, 13), guarde-me sicume purnele de oil (16, 9), sicum gaian:{ (18, 6), desirables sor or e pierre mult preciose et plus dul^ sur miel et ree (18, li), poseras icels cume furn de fu (20, 9), sicum leons ravissan:( e ruianz^ (21, 13), siciuii eve espandut siii (21, 14),

Meyer-Lubke, Grammaire III, 1$

ensement cume cire remet an/^ (21, 15), ensement cume fain ignelenient sécher tint (36, 2), e forsmerrat sictime lumière la tue justise (36, 6), defisan:{ sicum fums defirunt (36, 21) etc. Mais bientôt on rencontre ici aussi une des deux autres formes, et seuls les noms de matière restent fidèles à l'ancienne règle; c'est ce qui apparaît nettement surtout dans le Psautier lorrain : cf. si com H papieire et li prunelle de Foil est de ti wardeie (16, 8), ainsi com li lyon apparillieit a sa proie et ensi com li jones lioncel qui habite en lien reponu (16, 12), comnw un fort arc d'arein (17, 34), si com la poucieire au vent et com la boe et lou lymon des plaices (17, 22), est comme uns espousei:(; . . . comme uns géant (18, 5), que font plus a desirrieir et a ameir que nul or ne pierre preciouse et sont moult plus doul^ que nul miel (18, 10), comme un four de feu ardent (20, 9), comme yawe . . . com cyre qui est fondue (21, 14), tout ainsi com li mors est laissiez, dou cuer, et suis ainsis comme un vaisselz^ perdus (30, 12); ne soiei:( com li chevaulz^ et li mules qui nont raison (31,9);// soient fai^ com la poucieire au vent (34, 5), einsi com foin (36, 2) etc. Pour le provençal, voici des exemples : era plus savis que abeille (Flam. 222), y eron com peissos el mieg de mar (Appel, C. 117, 1 5), semblant a foc (S., D. 347 VIII 23), enaissim com porc senglar (349 XVI 7), con caus (26), mais aissi con la roda del moli (29, 22), aissi con las estelas de cel (Pr. Joh. 60, 18); cf. aussi an grans hannas e an cap ayssins con ha boc e los huelhs ayssi con lume (Pr. Joh. 36, 4), semblans a gruha (38, 12), con fa ferre (47, 8 : comme fait le fer).

§ 185. Ce sont les langues de l'Ouest qui montrent le plus de ténacité : cf. chez Berceo tal era commo plata, moxp casto gradero (Sil. 44), qualquiere de los bra:(os tal como verga tuerta (294), sennor sancto Domingo leal escapulado Andaba en la orden commo bien ordenado, Los ojos aprimidos, el capiello tirado, La (21Q) color amariello comtw omne laT^rado (86), alguna degaha Que sea bien tan pobre commo pobre cabanna (96), commo fa^ buen pastor (^20), lucie commo estrellas semeiant de hœero (Mil. 321), oras tornaba verde, oras tal commo çera (Sil. 297) et de même coma duena en parto (Hita 83), mas que biiey de cabestro (121), puis miente corne muy gran bellaco (D. Quich. i, 24), la boca sin muelas es como molino sin piedra ( r , 18), como de pastor que guardaba ganado

§ 185. l86. ARTICLE DANS LES COMPARAISONS 227

(D. Quich. I, 23), como leon sahiido (Amadis 20 b), como â pariente CCahdllero, Nov. 32), todo estaba oscuro como boca de lobo (Caballero, Cuentos ^j),conw mal pajaro (7); cf. aussi lo misnio son las pie:(as de costura en tus manos que cerexfl. en boca de tarasca (66), cotno lepra asquerosa (J. Valera, Cap. Mend. 218), tenia encarnadas las orejas como frail e en visita (132), desconfiodo como huen lugareho (105), terco era como mule gallego (Caballero, Nov. 281), cual rayo de lu:^ (205) etc., mais bajo de la corte^mla como un rayo (D. Quich. i, 18), temblar como un axpgado (19) et déjà avant cela amarguear plus que la fuert calumbre (Berceo, S. Mill. 113 : être plus amer que la forte suie), mas bianco que la pehavera (Hita 7 b) à côté de mas negra que Caldera (7 a), blanca cuemo un cristal (Alex. 119 1). Il en est de même en portugais : cf. vernulho como totnate maduro(G. de Amorim, Am. Patr. 19), mais aussi en a. -port, branco como a neve (Graal 60), hûu homem mais negro que 0 pe:(^ (67).

§ 186. Après avoir montré, dans les paragraphes qui précèdent, avec quels mots et dans quels groupes l'article se rencontre, il nous reste encore à examiner de plus près certaines particularités de la signification pour lesquelles les questions étudiées jusqu'ici et plutôt relatives à la forme, ne nous ont pas laissé de place. Comme il tire son origine d'un pronom démonstratif, l'article aussi est en première ligne démonstratif, et se réfère soit au passé, soit à l'avenir. Celui qui parle peut, d'une masse d'êtres semblables, en détacher un ou plusieurs comme étant déterminés, connus, soit parce qu'ils ont déjà été nommés ou que, bien qu'ils ne l'aient pas encore été, ils ne sont pourtant pas étrangers, nouveaux, mais connus d'une façon générale, soit d'autre part parce qu'on a déjà présente à l'esprit une détermination plus précise qui les distingue en face des autres et qu'on exprimera seulement dans la suite du discours, mais qu'on indique déjà par le fait qu'on exprime le substantif non pas sous la forme indéterminée, mais en y (220) adjoignant précisément un pronom démonstratif. Sous ce rapport, il est instructif d'examiner les cas étudiés p. 211, puis la différence qui existe entre l'adjectif attributif et le prédicatif dans les combinaisons discutées au § 157. Mais dans

228 CHAPITRE II : LE GROUPE DE MOTS § l86. 187.

quelle mesure un objet peut-il passer pour généralement connu? On ne peut naturellement pas le dire; au reste, cela varie avec les temps et les lieux. C'est dans les cas traités au § 152 qu'on le distingue le mieux, parce que le roman moderne se présente en opposition avec l'ancien. On pourrait peut-être penser qu'on revêt un nom de matière ou d'animal de la forme qui lui permet de paraître comme généralement connu, voulant éveiller ainsi l'idée de la totalité, de l'espèce. Mais on doit en même temps tenir compte de cette tendance déjà signalée au § 151 et qui consiste à employer la forme du nom avec l'article comme étant la forme habituelle, usitée. Pour voir de quelle nature générale est souvent la force rétrospective de l'article, il faut prendre un exemple comme l'a. -franc, anuit sonja un moût mal songe, que de la paor m'esveillai (Aub. 487); ici la pensée que le mauvais songe a suscité de la crainte n'est pas exprimée, mais cependant on dit la paor et non simplement paor; le cas est à rapprocher de ce qui a été exposé p. 192.

§ 187. Mais voici un phénomène remarquable, à savoir une signification distributive et puis surtout temporelle que possède l'article. On dit aujourd'hui en franc, je le vois deux fois Van, combien coûte la livre; il en est de même dans les autres langues et déjà au moyen âge : en a. -franc, de ses cos vaut li uns seus Des lor to'^ a mesure deus (Chev. Lyon 145 1 : un seul de ses coups en vaut deux des leurs bien mesurés), en prov. voil que sia castellana E quieu la veia la semana, O ' l mes 0 l'an una vegada (Flam. 19). Naturellement la signification distributive ne réside pas tout d'abord dans l'article, mais dans deux fois ou una vegada; une action se répète tout d'abord « dans l'année », « le jour » dont on parle et qui sont actuels pour l'auditeur. Mais ensuite il s'y joint l'idée que la répétition n'est pas terminée avec le deux fois, mais qu'elle se reproduit de même façon aussi souvent que revient le moment indiqué; et c'est (221) ainsi que l'indication du moment ou, dans le second des exemples français donnés, celle de la mesure prend le caractère distributif. Sans doute, on peut dire que la signification propre se trouve dans la combinaison de deux fois avec Van etc.; mais il peut ensuite arriver qu'à l'instar de deux fois le jour

§ iSy. 1 88. SIGNIFICATION DE l'aRTICLE 229

signifiant « deux fois chaque jour », on emploie simplement dans le même sens le jour, le soir. C'est ainsi que nous trouvons dans toutes les langues romanes des substantifs désignant le temps avec l'article dans un sens temporel tandis que, conformément au § 179, tes mêmes substantifs après les prépositions temporelles n'ont pas l'article : cf. en roum. ■:(iiioa {i noapiea (Cod. Schei. i, 2) là où Dosofteiu dit sans article de Xâ, de noapte, les versions en vieux français par jour, par nuit, en français moderne jour et nuit, ce qui est conforme au § 155» Vient ensuite en roum. demaneata (Cod. Vor. 15, 11 : le lendemain), seara (le soir), sâmbata (le samedi), en obw. la sera, la noig, la damaun, la sonda (C. Mem. 216, 5 : le samedi), en ital. la notte, la sera, l'aliro giorno, en a. -franc, l'autrier, lendemain : cf. Vendemain matin cil de A:(ote truverent Dagon (IV Livr. 17) et actuellement encore l'autre jour, en csp. el dia (Cid 2474), las noches e los dias (Berceo, Sil. 217 : le jour et la nuit), la tarde (le soir) etc. ; il en est de même en portugais. L'usage est différent avec les noms des jours de la semaine. On dit en ital. partira lunedi, franc, je partirai lundi, tandis qu'en espagnol on préfère el lunes; on a de même en ital. domenica passato, franc, dimanche passé, mais en esp. el domingo passado. De plus on omet l'article lorsqu'on ajoute encore au substantif une autre détermination temporelle : en roum. mie^^à vara, ital. oggi sera, franc, demain soir, esp. oy dia à côté de l'obw. o;( // di (C. Mem. 211, 29).

§ 188. Au § 179 nous avons montré qu'à l'origine après les prépositions il n'y avait pas d'article, mais qu'au cours des siècles l'analogie en a peu à peu introduit l'emploi. Toutefois il subsiste des tournures qui se sont immobilisées, notamment celles qui ont une valeur adverbiale, et ainsi il peut finalement arriver que, dans des locutions prépositionnelles de date récente, lorsqu'on doit exprimer plutôt la manière dont une action s'accomplit, l'article fasse aussi défaut. C'est notamment le cas avec de, bien que cependant dans son sens propre de apparaisse précisément de bonne heure accompagné de l'article : ainsi en ital. venire di nave, andare di compagnia, en esp. estar de celada, hincar de rodillos etc. Le franc, d'où viens-tu (222)

avant jour (Molière, Amph. 316), Madame, on a servi sur table (Crit. Éc. f. 7) doit sans doute également être rattaché à ce groupe, comme aussi maint autre cas encore dont il sera parlé quand nous étudierons les parties de la proposition dites « compléments adverbiaux ».

§ 189. On peut ensuite soulever la question de savoir si et dans quelle mesure l'article se transforme en élément flexion- NEL, c.-à-d. sert à la langue, en l'absence d'un autre moyen, à marquer certains rapports auxquels, de par sa signification, il est d'abord étranger. En première ligne il faut considérer le GENRE. Que le genre, surtout en français, ne puisse souvent se reconnaître qu'à l'article, c'est un point sur lequel il n'est pas besoin d'insister particulièrement. Mais ce serait naturellement faire tout à fait fausse route que de vouloir expliquer la naissance de l'article par le besoin de distinguer partout le genre; car déjà un pareil besoin ne peut en général se faire sentir que pour le sexe. A ce propos il faut du reste observer que, lorsqu'on désigne les femmes par leur nom de famille, l'article s'emploie de cette manière (voy. p. 187). Il est possible également de rendre compte ainsi de la différence entre l'ital. sono le cinque, esp. son las cinco et le franc. // est cinq heures. En second lieu l'article sert ^ en roumain à désigner les cas avec les noms propres (v. p. 186). Une troisième remarque qu'on peut faire ici, c'est que l'article différencie le substantif de 1' adjectif, un point important pour le roumain surtout (voy. p. 190). Enfin, dernière observation, il faut signaler les débuts de la formation d'un superlatif organique, tels qu'ils s'offrent notamment dans le franc. l'homme le plus beau (voy. p. 200).

§ 190. Finalement il faut encore attirer l'attention sur un point. Il peut arriver qu'un mot uni à l'article soit d'un emploi si prépondérant ou même si exclusif que la forme sans article disparaisse entièrement. C'est le cas p. ex. pour le roum. împàratul qui, contrairement à l'observation faite au § 179, se rencontre aussi après les prépositions : el càuta la împàratul (Basme 277, 21). A une époque où, dans l'imagination populaire, il n'existe qu'uN seul empereur, des deux formes împàrat et împàratul l'une devient superflue, et c'est la forme du sujet

§ 190. 191. l'article comme élément flexionnel 231

qui persiste. On peut dire en quelque sorte que împàratul a (223) pénétré dans la classe des noms propres. Le cas est le même pour les noms de lieux déjà mentionnés p. 183 : Lille^ La Rœhelle, Oporto etc. ou pour les noms dé famille : Le Bruriy Le Sage, Le Roux, Lemaître, Lefébnre etc. Parmi les appellatifs il faut citer le franc, lendemain (p. 229) et au moins quelquesuns des mots signalés au t. I, p. 380.

Pour les § 120-190, cf. Zs. XIX, 305-325, 477-512; A. Tobler, Beitrâge 2, 44-47, 96-1 12 ; Gellrich, Remarques sur VenipJoi de Varticle en vieux français. Diss. Leipzig 1881 ; Platen, Syntaktische Untersuchungen :(u Rabelais, Diss. Leipzig 1890; E. Zander, Études sur Tarticle dans le français du XV I^ siècle, Lund 1893.

§ 191. Unus joue un rôle analogue à celui de ille : il se place donc à côté de l'ital. noino et Vnomo, franc, homme et rhomme etc. pour former une troisième expression : en ital. un tmno, franc, un homme. Ici aussi, nous avons affaire à un phénomène commun à toutes les langues romanes et dont on peut encore retrouver les débuts chez des écrivains de la basse latinité, comme p. ex. chez Jornandès. Mais cependant la transformation de unus en article indéfini pourrait bien être plus récente que celle de ille en défini, car dans les plus vieux documents itaHens il est encore assez rare, et les plus anciens textes roumains, qui apparaissent seulement au xvi^ siècle, ne le connaissent pas du tout; de nos jours même, il est loin d'être, en espagnol notamment et plus encore en portugais, d'un usage aussi étendu que p. ex. la forme allemande correspondante « ein ». Pour en déterminer le sens, il faut d'abord se demander si l'on doit partir de unus pris dans sa valeur propre de nom de nombre ou bien de cette fonction toute générale, indéterminée, qui a été discutée p. 65. La réponse sera fournie purement et simplement au profit du sens numéral par des phrases comme l'a. -franc, un fil lor donet (Alexis 6), et irai un rei guerre, dont ai oi parler (Charlem. 72); toutefois on ne doit pas nier entièrement l'influence exercée par unus au sens de quidam : cf. puis icel tens que Deus nos vint salver. Si fust uns sire de Rome la citet (Alexis 3). On peut donc dire que unus détache de toute l'espèce un seul être, un seul objet, qui

(224) n'est ni présumé connu ni mieux déterminé par la suite. Dès lors la limite entre l'article défini et l'indéfini est assez nettement marquée et, quoi qu'il en soit, dans la plupart des cas facile à reconnaître. En revanche, il est vrai que beaucoup plus souvent la forme indéfinie et la forme sans article ne sont pas restées distinctes dans leur emploi ou, pour mieux dire, elles sont usitées concurremment avec la même valeur; car il peut naturellement arriver très facilement que toute l'espèce soit mise en rapport avec une action aussi bien qu'un seul individu sans détermination plus précise. Alors, dans ces cas indifférents, le choix de la forme sans article ou de l'indéterminée dépend de l'extension que la dernière a déjà en général acquise; anciennement donc, c'est la forme sans article et plus tard, surtout en France et en Italie, c'est l'indéterminée qui a eu la préférence. Pour montrer combien facilement l'article indéfini peut faire défaut en ancien italien, on a des phrases comme lo presto Giovanni mmidb ricca e nobile ambasciaria (Nov. 4), donami cavallô da cavalcare (10), bien qu'il ne puisse être question que d'uN seul cheval, faceano peschiera e niolina di paglia (i/[), possedea grandissimo reame (8) à côté de piacciavi che uno torniamento sifaccia^ii), puis cercate fonte più tranquilla (Pétr., Sonn. 20), in suo scambio troverrebbe cosa di che tutto il tempo délia vita sua ne starebbe dolente (Lasca 1 94, 1 5 ) et ainsi encore dans les proverbes : gran nave vuol grand' acqua, ape morta non fa mêle etc. De même I'ancien français, qui a plutôt précédé les autres langues dans l'emploi de un, présente pourtant aussi des exemples comme miilt bons vassals vus ad lung tens tenue (Roi, 23 10), d'hume mort me demandes (3713), chëu somes an maie trape (Cligès 6472), encor ai je chi une bone espée et siech sor bon destrier sejorné (Auc. 10, 21), fl( mauvais hoir l'abandonna Et a mauvais hoir est venus (Vr. An. 200), or a d'enfant gëu ma femme (Ruteb. i, 53), de coup de glaive le porte a terre (Cléom. 755), porchaça grant ost de Comains et de Griex et de Bias (Villeh. 412), et sachiez que on le tint a grant miracle, de vile qui ere aprochie de prandre cou ere ceste, que il la laissa (z^j'y) etc.; le cas est très fréquent en espagnol : ben dicho sea rey que fa:( taies bondades (Berceo, Sil. 214), non semejaba criatura mortal Mes 0 angel 0 cosa que era spirital. Que vivieen ellos en figura carnal (120), metieronle en tumba firme

§ 191. l'article indéfini 233

(294), pusieron dia sahido (Hita 40), cataron dia claro para ir a caxar (124), dia vendra donde veas (D. Quich. i, 18); de même (22s) tiempo vernâ (Amadis 9 b), otras razpnes de padre consejero (D. Quich. I, 24), digno de muy gran castigo (i, 25), dieronse priesa por llegar à poblado antes que anocheciese (i, 10), habiendo rodeado parte de la montana (i, 23), hahrase visto vieja màs chilindrosa (Caballero, Nov. 64), el jardin que habia transformado en huerto la econômica senora doha Braulia (294), tuvo madrastra en ve^ de madré (J. Valera, Com. Mend. 164), negra nuhe de triste^a ofuscaba à menudo el resplandor de su fisionomia (230), al llegar à sitio màs ancho (58) et même vieron un mancebo gallardo y ricamente adere^ado de camino, la espada y daga que traia era un ascua de oro, sombrero con rico cintillo (Nov. ej. 8). Finalement en portugais : exhalou profundo e longo suspiro (G. de Amorim, Am. Patr. 213),/^:^ ali rapida oraçào (214), entrou em terceiro quarto (217), tirou do bolso lu^ente pistola de dois tiras (219), ouviu levé ruido (227), esta là bandeira france^a e a nossa nào se vê (80) et même exclamou um marinheiro . . . interrogou outro . . . gritou terceiro . . . apoiou quarto (201), da estrada de Braga vinha quarto cavalleiro . . . finalmcnte entrava ao mesmo tempo um quinto (252). Il est remarquable et d'ailleurs parfaitement naturel que les expressions désignant une « quantité » repoussent d'ordinaire l'article indéfini : en roum. atunce se sculâ multà multime de Turci (C. B. i, 402, 13 : alors surgit une grande multitude de Turcs), en ital. avevano tnolta quantiià di possessioni (Cellini 5), nelle su£ crudeltà avea gran parte di giusti/^ia (Sacch. 3), en a. -franc, alumer plenté de torti^ÇG. Dole 1797) et de même en franc, mod. nombre de gens, il y aura foison de fruits cette année, quantité de soldats; force, beaucoup peuvent également être cités ici; chez Rahehis f aurai plenté de tous biens avec la corne d'abondance (3, 14), en esp. sacar cantidad de dineros (Nov. ej. 258), la hueste llevaba consigo abundancia de viveres (Trueba, H. Cid 52), multitud de aves comen:(aron à revolotear (3), se lan^ô al campo muchedumbre de infieles (53) etc., et de même en portugais. Mais unus apparaît naturellement lorsqu'il s'agit d'attirer l'attention sur un seul individu quelconque. Ainsi, quand il énonce une proposition d'une application générale, l'archiprêtre de Hita dit : quando quier casar ome con duena

onrada (87), orne que mucha f alla ^ f use menas a veces (92), mais (226) lorsqu'il spécialise : estando en su coyta dixo un cibdadano Que tomasen un ribaldo (41) ou bien asifue que un tiempo una dueha me priso (67). Ainsi Cervantes, bien qu'il se rappelle peut-être le proverbe latin varium et mutahile semper femina, envisage pourtant un être isolé quand il dit quién hay en el mundo que se pueda alahar que ha penetrado y sahido el confuso pensamiento y condicion mudahle de una mujer ? (D. Quich. i, 27).

§ 192. Il va presque sans dire que, placé dans les mêmes conditions qui déterminent l'omission de l'article défini, l'indéfini ne s'emploie pas davantage, donc avec les substantifs étudiés aux §§ 143 à 152, avec le cas régime (§ 178), après les prépositions (§ 179) etc.; c'est pourquoi plus haut déjà il n'a pas toujours été distingué si notre sentiment linguistique actuel voulait qu'on sous-entende ille ou parfois unus. En réalité il peut y avoir doute sur la place à donner à l'ital. di buono cuore, franc, de bon cœur, a.-esp. de buen cuer (Berceo, Sil. 210). Parmi les différentes espèces de substantifs, ce sont particulièrement les noms abstraits qui se prêtent le moins facilement à une distinction; aussi Leopardi peut-il encore dire apparisse molto minore varietà (119), avr anno commune imperio (128), in che egli ottenne maggior imperio (128) etc., tandis qu'en général, il est vrai, quand le nom abstrait est accompagné d'un adjectif, unus apparaît; nous avons donc ici le même état de choses absolument que celui que nous avons constaté à la p. 193. C'est ainsi que Lasca aussi dit ebbero una grandissima paura (87, 9), ce qui se présente également dans les autres langues. Chose remarquable, aux xv^ et xvi^ siècles le français déroge à la règle, par une extraordinaire prédilection pour un : cf. le mestayer de la Herissaie nefu remis et restitué en sa première santé que par une cholère de voir son valet et Jean couper (du Fail, C. i, 281), estant enveloppé d' une crainte d'estre descouvert (C. M. Adv. 1 , 22), // s'engendre une crainte et une doubte, par laquelle Von donne aux hommes une deffiance de soy (Des Pér. 163), avecq un despit tant contre la maistresse que contre la Damoiselle (Hept. 2, 27) etc. Le roumain aussi est intéressant lorsqu'il dit aji culcat pe cenu{à îmi pare desfàtare si rasa îmi pare 0 podoabà (Gaster 2, 49, 8 : être couché dans la cendre me paraît (un) plaisir et un mauvais

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