‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 74 sur 269 · ART. IND. AVEC NOMS ABSTRAITS ET CAS RÉGIME · texte numérisé non relu

ART. IND. AVEC NOMS ABSTRAITS ET CAS RÉGIME

vêtement me paraît une parure), où le terme plus concret (227) podoahâ requiert l'article, tandis que desfàtare, qui est purement abstrait, le repousse. Mais, tout aussi bien que les noms abstraits sont susceptibles d'être mis au pluriel (§ 27), on peut également, grâce à tinus, détacher par la pensée un individu quelconque d'une pluralité. En ce qui a rapport au CAS RÉGIME, on peut dire que les restes de l'ancienne époque où l'article était inconnu, sont encore plus considérables ici qu'au § 178. Ainsi l'on devrait citer en roum. avea bàrbat (avoir un mari), da drum (faire route), piine mime (donner un nom); cf. aussi iocofàalbà în mânà (Doine 488, 26 : prends un seau blanc en main) etc., en ital. correr pericolo, dar risposta, mover giierra, pigliar mogliey porre argitie, prender commiato, prender esempio, render diletto, trovar modo etc., en franc, demander conseil, donner congé, entendre plaisanterie, faire signe, faire tort, livrer bataille, mettre fin, prendre exemple, prendre part, trouver moyen etc. , en esp. dar fin, hablar palabra, buscar conveniencia, poner precio, tener derecho etc. Se rangent également ici l'a. -franc. pieça, a. -port, peço ha (Graal 14), en outre l'esp. pensando fallar aposentamiento (Amadis 3 1 a) et peut-être tt'i llevas daga para acreditarte, yo llevo espada para defender te con ella (D. Quich. i, 27), quelques lignes plus haut una daga llevo escondida. Des hésitations comme celles qui ont été observées à la p. 217, peuvent aussi être constatées ici : à côté de rendre, faire service on trouve je te cherchais partout pour te rendre un service (Molière, Et. II 52). Et maintenant, pour établir un dernier rapprochement, l'attraction que renferme l'a. -ital. la cuffia del ferro (p. 213) a pour pendant le m. -franc, par un beau Jour d'une fête (Brant,, Cap. 2, 362),/^ cognois une fille d'un greffier (Chol. i, 288) etc. Pour le non-emploi de l'article indéfini après les prépositions, il faut renvoyer surtout aux exemples donnés au § 251.

§ 193. L'apposition et le prédicat, dans les premiers temps, ne réclament d'abord pas l'emploi de l'article indéfini. Dans des énonciations comme fut la pucele de molt halt parentet, Filie ad un conte de Rome (Alexis 9) ou buona pulcella fut Eulalia (Eul. i), il ne s'agit pas d'attirer l'attention sur un seul être de la classe des filies d'un conte ou des buones pulcelles, mais

(228) d'indiquer que la piicele, ici Eulalie, est douée de la propriété qui appartient à toute la classe, qui est le caractère commun de tous les individus qui la composent. C'est ainsi dès lors que nous trouvons, dans la période ancienne et moderne, une foule d'exemples de ce genre; et même encore de nos jours on enseigne à l'école que l'attribut et le prédicat en roman, "à l'opposé de ce qui arrive en allemand, repoussent l'article indéfini. Mais en réalité cependant, pour celui-ci comme pour le défini (p. 215), il existe également une série d'exceptions; même on pourrait dire que le roman moderne est en train de se rapprocher de la règle établie en allemand. Déjà dans l'Alexis on lit dreit à Lalice, une citet nwlt bêle (^ij\ dans le Roland D'altre part est Turgis de Turteluse, Cil est uns cuens^ si est la citet sue (917), et de plus Nicolete est une caitive que j'amenai d'estrange terre (Auc. 6, 15). Ici subsiste encore une opposition nettement prononcée avec le premier exemple. Il ne s'agit plus alors de rattacher un individu à une classe, mais bien de faire comprendre à l'auditeur ou au lecteur que l'être ou l'objet qui porte le nom qu'on vient d'énoncer, est un individu de telle ou telle classe. Or, comme la langue se sert, dans ces deux cas différents en soi, abstraction faite de l'emploi ou de l'omission de unus, d'expressions absolument identiques, il se produit à la longue une extension de unus. Nous avons un cas très remarquable dans l'ital. Livio Andronico uno schiavo greco^ Nevio un Campano, Ennio un Magno Greco, Plauto un Umbro, Teren:(io schiavo cartaginese furono i primi poeti latini (V.), où l'absence d'article avec le dernier nom est diflScile à justifier; autres exemples : col venerando Blit:(, un vecchio cane (De Marchi, Giac. id. 6), not si passava sotto il portico, un rustico e sgangherato portico colle grosse travi in vista (13), la Lisa, sorella di Giacomo, una raga:(;(a lunga, ricca d' ossi (21), suo figlio Giacomo, un filosofo di primo or dine (59), il buon canonico Ostinelli di Como, un amico fidato délia contessa (122), con la sua figliuola, una nobile figura (Fogazzaro, Picc. Mondo 22), la libertà è un gran tesoro (Goldoni, Loc. i, 15), mi si dira che sono un buono a nulla etc. ; en franc, le curé de Saligny, une petite commune de l'Oise (Zola, Lourdes 59), V histoire de Pierre de Rudder, un ouvrier belge (73), // publiait simplement sous son nom les travaux

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de Marcel Verdier, un ancien élève de V école normale (Bourget, Id. trag. 139), ensuite cest une pitié que de voir les ruims (mais chez Rabelais c'est pitié de voir 2, ép.), et ainsi toujours après cest suivant le précepte de Vaugelas et de P. Corneille; (229) toutefois cest dommage a persisté; cf. aussi un hymen quon souhaite est chose bientôt faite (Molière, Dép. Am. 185); en esp. llegâron â Palingres, una buena villa (Amadis 19 b), es un holga^an (c'est un fainéant), aquel Maestro Elisabad, que el loco dijo, fué un hombre muy prudente (D. Quich. i, 25); en port. nào he premio vil ser conhecido Por um pregào do ninho tneu paterno (Lus. I, 10) etc.

§ 194. Une combinaison caractéristique est celle des noms de nombre attributifs avec l'article indéfini, telle qu'on l'a dans l'ital. largo un tre 0 quattro'metri, potevatio essere un cinque 0 sei cento et d'une manière un peu différente mostrava alVaspetlo un jj anniy la strada correva dritto un 60 passi etc., dans l'espagnol, avec l'article au pluriel (§ 199), con unos XV a tierras firiô (Cid 399), unos sesenta; de même en port, alugou a casa a Pedro Limbado, que nella tnorava com sua filha e uns très serviçaes antigos (G. de Amorim, Am. Patr. 241). Si clair que soit le sens de ces locutions, il n'est pourtant pas très facile de dire comment imo jj anni peut équivaloir à « âgé d'environ 35 ans », car ici l'on ne peut pas invoquer l'intention de détacher un individu des autres de la même classe. Il est probable que le point de départ est le suivant : celui qui parle ne se fait d'abord aucune idée exacte de la quantité à énoncer; c'est pourquoi il recourt à unus, qui adopte facilement avec les substantifs, surtout par opposition avec ille, le sens secondaire de nombre indéfini, ce qui toutefois ne l'empêche pas de prendre à sa suite un nombre défini. On comprend mieux, parce que le nom de nombre suit le substantif, l'allemand dialectal ein Meter fiinf, sechs dans le sens de : environ cinq, six mètres.

§ 195. Ensuite il faut citer plusieurs adjectifs aui excluent l'emploi de l'article indéfini. C'est d'abord alter dans le sens de « un autre », non dans celui de « un deuxième » comme en ital. un altra lettera (Lasca 195, 10 : une deuxième lettre). Dans l'ensemble, en italien et en français il n'y a

pas d'usage fixe : cf. en ital. per altra via (Lasca 193, 25), riportare il discorso su altro argomento (Capranica, Ol. Panf. 3) et aussi altro amor, altre frondi ed altro lume, altro salir al ciel per altri poggi cerco (Pétr., Sest. 5), en a. -franc, altre bataille (230) lor livrei (Roi. 592), sel desist altre (1760), altre fei^^ (IV Livr. 14), autre ban |(G. Bourg. 296) etc., d'où l'usage actuel a conservé les locutions consacrées autrefois, dt temps à autre et encore chez Molière pour autre sujet (M. F. 8), en prov. la via ben sabion car passât n'eron autra ves (Flam. 1884), per autra ^^•^(575)» 1^ règle est absolue en espagnol et en portugais : d. en esp. tiene otra casa, adere^ar algo de cenar por si otros hu£spedes viniesen, y no tarda mucho cuando entré otro (Nov. ej. 255), con otra manera de contento (259), en port, em outro dia (Graal 88), outra vex^, outro amor etc. — Il en est de même pour MEDIUS : en ital. gli fu dato me^T^o pane (Nov. 7), dorme nell'illusione che mezp^o mondo sia stato creato da Dio a servi:(io e a divertimento delV altro mexxp (De Marchi, Giac. id. 237), di niei:{a età (d'âge moyen), mais aussi verso la mex;(a notte (Verga, Nov. 166), en a. -franc, de demie lieue ne dist ne 0 ne non (Sax. 15) et encore chez Rabelais : avecques un tiercelet Vautour, demye dou:(aine de hespagnol^ et deux lévriers (i, 2), en esp. media hora (une demi-heure), con medio centenar, en port, di^endo isto arranca meia espada (Lus. 4, 19). — Vient ensuite certus : cf. en ital. dal collo a ciascun pendea una tasca Che avea certo colore e certo segno (Enf. 17, 55), per certa guerra (Sacch. 13), preso certo mio povero resto di panni (Cellini 19), una battaglia di cavalli con certa presura di bandiere (23) et de même encore aujourd'hui certo ^.ucchero rosso (Fogazzaro, Pice. Mondo 259) etc. à côté de un certo cannone (Cellini 8), un certo discepolo (15), insieme con un certo giovine (33), un certo Meino (Lasca 183, 8) etc., en franc, certain cuvier dont on fait certain conte En fera foi (La Fontaine, L.), la grille de certain jardin (Bourget, Id. trag. 100), je crois encor la voir certain jour de printemps (Bentzon, Am. perd. 8), je m'amusai à esquisser une étude historique sur certaine abbaye des environs (3 i) à côté de un certain messagier (Berte 1595), les murs étaient déjà élevés à une certaine hauteur (L.), un certain rat (La Fontaine, L.) etc., en esp. cierto barni?;^ (J. Valera, Com. Mend. 4), en cierta ocasion

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(Trueba, H. Cid 39), en port, sentir certa amargura (Diniz, Pup. 79), con certa timide:^ (64), certa noite (en une certaine nuit) etc., mais en même temps ces deux dernières langues ont aussi una cierta casa, uma certa casa. Il est évident que cette aversion pour l'article indéfini marche de pair avec le changement de signification de certus; à mesure que celui-ci descend (251) au rôle de pronom indéfini, il est d'autant moins susceptible d'accompagner celui-là.

§ 196. Ensuite il faut mentionner les adjectifs, pronoms et ADVERBES DE MANIERE, notamment similis, talis, sic, tantum. Eux aussi, ils excluent généralement l'intention de détacher un individu de la classe dont il fait partie; la comparaison porte sur la classe entière : en ital. simile impresa, perche siete venuti a simil contesa (Goldoni, Loc. i , 4), en franc, porte pareille vesture en hyver qu'en esté (Mont, i, 160), en pareil jour que cettuy cy (2, 46), mais on a beaucoup plus souvent un pareil jour etc. , en esp. Rodrigo creia que semejante salida era harto arriesgada (Trueba, H. Cid 74), en port, similhante vida (G. de Amorim, Am. Patr. 250); en ital. questa potrebbe essere tal femmina 0 figliuola di tal uomo, ch' egli non le vorrebhe aver fatta quella vergogna (Bocc, Dec. i, 4), tni pare in taie battaglia di tavolini, di sedie e di percosse s' impiccolisca assai Vaugusto mistero délia Vita e délia Morte (Ferruggia, Fasc. 68), en franc, tieus juge fait le larron pendre. Qui mieux deilst estre pendus (Rose 5608), teil haine dont est venue (Dol. 187), ne cache^ pas un cueur dur et rebelle Sous telle beauté (J. Marot, L.), proverbialement de tel arbre tel fruit, usage qui reparaît parfois aussi en d'autres cas, il est vrai, dans les premiers temps du français moderne : je vous renvoie vos deux lettres avec mes remarques dont vous ferez^ tel usage qu'il vous plaira (Racine, L.), j'ai telle opinion de sa justice (Balzac, L.), surtout lorsque tel signifie non « ainsi fait », mais « si grand », en esp. tal cosa, tal hombre, en ital. liberar da cost fatta seccaggine (Lasca 58), a cost ricca e potente signera (Verga, Nov. 178), en franc, li done cop si grant (G. Bourg. 3647), pourquoi est ce que frère Jean a si beau «^:( (F abelais i, 40) et encore au xvii' siècle, où d'après Vaugelas en si belle compagnie n'est plus toléré qu'en poésie,

en prov. tan bo essemple en laiset entre nos (Boèce 32), homs tan jovensels (Flam. 3762) à côté de eix ne una flairors tan grant:^ (Appel, C. 3, 31), en esp. asi se mancha acero tan brioso En una sangre helada? Vuelva à la vaina tan lucida espada (Calderon, Vida Sueno 2, 710), puis aussi ver doncella de tan buenas partes adornada (D. Quich. i, 24), où tan ne se rattache pas directement à doncella, en port, a too incommodo calor (Diniz, Pup. 83). Pour finir on peut encore mentionner dans cette catégorie l'ital. a guisa di cavalliere errante (Nov. 47), (232) l'a. -franc, a guise d'escuier (Aiol 7483), en esp. en manera de arpon (Hita 46). Mais ici aussi unus élargit son emploi. On ne trouve qu'isolément des cas comme l'ital. taie una demanda (Serao, Ad. Am. 62), tale una espressione (17), qui se rattachent évidemment à taluno (§ 89), originairement usité comme substantif. Ce qui est plus fréquent, c'est la complète assimilation des mots en question aux adjectifs : de là l'ital. awedutomi d'una tal cosa (Cellini i, 6),vedere uno cost spaventoso spettacolo (Lasca 48), l'a. -franc, un tel conte trCorra retrere (Auberée 2) et ainsi dans les langues de l'Ouest également. Il y a peut-être lieu de noter encore que talis au sens de « un certain » s'unit en italien à unus : andava accompagnato da un tal Cristoforo, erano smontate alla porta d'un tal pala'^o (Manzoni, Pr. Sp. 32), tandis qu'à l'inverse on dit en français : un tel trésor était en tel lieu (La Fontaine, Fabl. 9, 13), Vidée générale d'orange n'est dans son origine que l'idée de telle orange (Condillac, L.).

§ 197. A ces observations peuvent encore s'en rattacher quelques autres sur les comparaisons, en vue de compléter celles qui leur ont été consacrées au § 180. Le fait qui est peut-être le plus frappant, c'est que les noms de matière, dans une comparaison, se présentent volontiers unis à unus. Indépendamment des exemples mentionnés aux pp. 222 sqq., cf. en a. -franc, un faldestoed i ont d'un olifant (Roi. 609) à côté de un faldestoed i ont mis d'olifan (2653) ^^ ^^^^ ^'"^ ^^ d'olifant (Cligès 403 i), ce qui permet alors de dire aussi blanche corne une noif et autr. sembl. (cf. le franc, mod. froid comme un marbre^ et aussi de nos jours encore en esp. bianco como una lèche (Caballero, Nov. 232), en port. 0 rapa:(^fe:(^ se vermelho como un

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