‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 75 sur 269 · ARTICLE INDÉFINI DANS LES COMPARAISONS 24I · texte numérisé non relu

ARTICLE INDÉFINI DANS LES COMPARAISONS 24I

lacre (Diniz, Pup. 7) et en a. -port, sens cabellos eram tant brancos como uma neve (Graal loi) à côté de kite tant branco conw neve (ïji). Il faut sans doute admettre que celui qui parle, en faisant cette comparaison, ne pense pas expressément à la matière en général, mais bien à une quantité déterminée et délimitée de cette matière. Mais alors il reste étonnant que ce phénomène se présente dans des langues et des périodes linguistiques où d'ordinaire, précisément dans les comparaisons, on préfère exprimer l'idée générique, c.-à-d. où l'on dit, du moins où l'on peut dire un cheval plus noir que fnore (Mér. 5403), aussi est-il naturel de supposer que l'identité de forme du nom en combinaison avec les adverbes de comparaison, qu'il soit ou non accompagné de unus, a fait employer unus aussi dans (233) des cas où, en dehors de cette combinaison avec l'adverbe de comparaison, il se rencontre à peine.

§ 198. Enfin Ton peut encore mentionner ici, à cause de sa connexion avec ceux qui précèdent, un phénomène qui ressort à proprement parler du Chapitre 5. Lorsqu'un être se trouve en rapport avec un verbe accompagné d'une négation, le roman en général étend le plus souvent la négation à toute la classe, sans la borner à un individu isolé qui représenterait cette classe : cf. en ital. corda non spinse mai da se saetta che si corresse (Enf. 8, 112), non avea membro che tenesse ferma (6, 24), timida pastarelia mai si presta nan valse piede (Arioste, Roi. i, 11), sen^a che vedesse passar anima viva (Verga, Nov. 28) etc., en a. -franc. ja bans vassals n'en est vifs recrëu\ (Roi. 2088), ja mar crere:^ bricon (220), cunseil^^ d'orguill n'est drei:( que a plus munt (Roi. 228), femme ne puet tant amer Voume con H hom fait la femme (Auc. 14, 18), si esbahis ne fu mes hom corn je sui (Ruteb. 2, 72), et même encore en franc, mod. avec jamais : jamais homme rCa eu plus de succès avec aussi peu de mérite, jamais tentation plus dangereuse nassaillit mon cœur (Lûck.), même quand jamais, au point de vue d'une logique rigoureuse, n'est pas négatif : le plus délicieux veston que jamais tailleur complaisant ait coupé (Bourget, Id. trag. 89), en prov. meller cavalliers nom pat semr Espa:^a (Flam. 30) etc., en esp. non contradixo omne (Berceo, Sil. 209), que armadura que trajese no le aprovechô

Meyer- I.ÛBKE, Grammaire III. l6

(Amadis 25 b), antique no me parece que caballero deba dejar su cahallo (34 b), no me ha de quedar medico en toda la insula (D. Quich. 2, 47), no respondiô D. Quijote palabra (61), en port. que lingua d'homem nom podia de:(ir (Graal 23), nunca achei semelhavel a ella (Rom. XI, 364), nom ficou pedra sobre pedra (IX, 439), nào seja creança (Diniz, Pup. 198). Mais on dit naturellement aussi en ital. non si vedea un uccello (Verga, Nov. 28), non si udiva ron^are nemmen una mosca (169), en a. -franc, la soe manantise ne priset mie un gant (Charlem. 363), en port, por quanto Boor:{ di:(ia, nom dava Lionel uma palha (Graal 128) etc., lorsqu'on doit indiquer qu'il n'est pas même question d'un seul individu.

§ 199. Le PLURIEL DE l'article INDEFINI est soumis aux (234) mêmes règles que celui du nom de nombre unus (p. 65). A l'origine il apparaît, en vieux français et en provençal, avec les noms qui ne s'emploient qu'au pluriel, c.-à-d. p. ex. avec lettres : on dit unes lettres vis-à-vis de lettres et les lettres dans les mêmes conditions où l'on dit une maison au lieu de maison ou la maison \ de même en esp. unos anteojos, port, uns oculos (une paire de lunettes). Or il serait parfaitement admissible que, tout comme on détache en l'individualisant un être isolé de la classe dont il fait partie, on puisse aussi porter son attention sur plusieurs d'entre eux, et alors c'est par conséquent le pluriel de unus qui serait l'expression appropriée. Mais il n'y a que les langues de l'Ouest qui confirment cette hypothèse : cf. en esp. todos ô los mâs en sus trajes y compostura parecen unos principes (D. Quich. 2, 11), cuatro doncellas hermosas como unas flores (2, 44) etc., en port, ha humas personas, ko uns libros etc. Les autres langues se servent du pluriel sans article, usage qui se justifie d'autant mieux que le pluriel, désignant plusieurs individus isolés, se trouve déjà par lui-même en opposition jusqu'à un certain point avec l'idée générique qui les embrasse tous. Mais il arrive aussi qu'on a recours à la prép. de au sens partitif : en franc, je lis des livres ^ il y a des personnes, où de à son tour possède aussi, il est vrai, la faculté de détacher certains individus. C'est seulement par degrés que cet emploi s'est développé : il est encore assez rare en vieux français;

§ 199- 200. PLURIEL DE l'aRTICLE INDEFINI 243

d'autre part l'italien aussi le connaît, et cela précisément dans les premiers temps. Ce point sera examiné plus au long dans le troisième chapitre.

Pour les §§ 191- 199, outre les travaux de Gellrich etc. mentionnés au § 190, cf. encore S. Schayer, Zur Lehre vom Gebrauch des unbestimmten Artikels tind des Teilungsartikels im AUfran:(ôsische>i und im Neufran:(ôsischen. Berlin 1887.

§ 200. Parmi les groupes constitués par la juxtaposition de mots à flexion, il nous reste encore une espèce de mots à examiner. Il y a des pronoms qui, joints à des substantifs, se comportent COMME LES ADJECTIFS en cc qu'ils n'emploient pas de particule copulative pour s'unir à un second pronom. En première ligne il faut mentionner les possessifs : cf. en roum. acest amie al mieu, un tnàdular al tâu (un membre à toi) , en obw. in siu casti (C. Mem. 219, 10 : un sien château), en ital. un mio amico, questa sua casa, tanti suoi malanni, nessuna vostra parola, en a. -franc, un suen escuier apele (Ch. Lyon 728), cest (235) mien anelet prendrai^ (1022) etc. , en esp. un mio amigo^ ningun poeta nuestro, con mucho dolor suo, tantos amigos tuos etc.; de même en portugais. Caractéristique est le développement ultérieur en français. Vers la fin du moyen âge, mien passe de plus en plus à l'emploi de pur substantif; d'autre part, num est purement adjectif : il en résulte que un mien atni etc. tombe peu à peu en désuétude; aussi, en effet, est-il rare chez Garnier et Voiture. Mais d'un autre côté l'on trouve un mien ami, deux vôtres suppliants, quelque mien ami etc. chez Rabelais, Montaigne; il y en a des exemples isolés chez Régnier, La Fontaine, Corneille, Racine, Voltaire; l'Académie autorise un mien frère, un mien parent, une mienne cousine; Littré signale comme familière l'union de mien attributif avec un, ce, quelque. Cela étant, il y a toute apparence qu'un emploi déjà en train de disparaître a été raffermi par une influence italienne. — Indépendamment de cela, il y a peut-être encore à citer talis dans son sens propre : en ital. questo taie argomento, en esp. esos taies ojos, port, eses taes olhos, tandis qu'en français tel a une valeur suffisamment démonstrative pour exclure l'emploi simultané du démonstratif proprement dit.

244 CHAPITRE .1 : t.E GROUPE DE MOTS §201.202.

S .01 Un dernier phénomène à examiner est k Juxtapos,-

^ JlnvPRBES À DES SUBSTANTIFS ET À DES ADJECTIFS. Lad- TION D ADVERBES A ue.s o^^ , ^'^««lînnp à (les

le degré, la manière (il s" J ^^ ^„ , ort si

Parmi ces trois classes la P'^'^" ^ ""^^ qu'elles entrent intime avec l'adjectif et la second "^^ ^ f l^ ^^^^^es de également dans les coinb— f°™- f f^^,,, je mots à la troisième classe ^-^f^'^^ ]'l ,„ f„„ç,k, i côté de flexion qui -ennent de --^ ^ ^ ,, „,„, q.-on fm wo^^^^^ on peut placer ira t contraire, la pre-

y dit *«... «.«. on dit aussi ^^^'^ ^ ^, ^ /aes mière classe peut se (omdre, il ^^ ™'' * ' d'adjectifs, à

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ADVERBES DE TEMPS ET DE LIEU, /— ■; ^^^„,i„te

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