‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 76 sur 269 · ADVERBES DE QUANTITÉ AVEC DES ADJECTIFS · texte numérisé non relu

ADVERBES DE QUANTITÉ AVEC DES ADJECTIFS

élevé OU inférieur : ils se confondent par conséquent en partie avec les formes qui marquent les degrés de comparaison en latin. En première ligne il faut cher plus et magis, pour l'emploi respectif desquels nous avons déjà donné les indications essentielles au t. II, § 65. Quant à expliquer leur singulière distribution géographique, la chose est difficile; en tout cas elle est assez ancienne, car déjà les écrivains chrétiens préfèrent magis en Espagne, plus en Gaule et en Italie. À plus et magis s'ajoute encore melius : en a. -franc, dum prist mulier vaillant et honorede. Des mieli gentils de tote la contrede (Alexis 4; cf. bien at set an[ e mieli Charlem. 310), en prov. que per son dreg si combat A mielhs dreg m sa eretat (B. Born, 14, 67; cf. aitant cum aurs val tuais d'azur Val melhs e tant es plus compliti ^os pret^ 32, 43), mais tout particuHèrement en catalan. Le contraire de plus est minus : en ital. meno, franc, tnoins, esp.-port. menos; en même temps l'ital. dit aussi manco. Pour indiquer un degré élevé, on se sert surtout de miiltum : en roum. mult frumos, ital. molto bello, a.-franç. moût biaus, esp. muy hermoso, port, mui formoso. Seul le français moderne a délaissé moût (237) comme adverbe aussi bien que comme adjectif et l'a remplacé par bien ou très. Une différenciation dans la forme n'a été réalisée que dans les langues de l'Ouest, qui à l'adjectif mucho esp., muito port, opposent l'adverbe muy, mut. Au point de vue phonétique, conformément à la règle formulée I, § 483, il faut voir dans l'adverbe une forme employée à l'origine devant les consonnes, opinion que pourrait aussi confirmer Ta. -port, mui nobres à côté de muito alto (Rom. IX, 438) si l'on n'avait en même temps mui honrados; mais en tout cas la répartition actuelle est différente. En effet, l'espagnol dit muy lejos, muy à la vista, muy enfermo, muy arrepentido et au contraire esta enfermo y mucho, d'autre part mucho mâs hermoso, c.-à-d. que muy apparaît seulement quand il y a étroite union entre les deux termes. De même en portugais, quand l'union est moms étroite, c'est muito qui s'emploie : muito a custo (Diniz, Pup. 103), exemplo muito para tentar (106) et même muito bons dias (37). En ce qui concerne le français très, on rencontre déjà dans l'Alexis par penitence s'en pot très bien salver (10) à côté de dreit a Lalice, une citet mult bêle (17). Ensuite

24e CHAPITRE II : LE GROUPE DE MOTS § 202,

il falit mentionner /or/^ : en roum. parte, prov. fort, a. -franc. fort et encore aujourd'hui /orf riche; le mold, tare (dur, fort) : tare bàtrân (très vieux); en outre le roum. prea : prea bun (très bon), où se confondent le Izt. praett. le slave prea; l'obw. fin provenant du lat. ficte probablement avec la signification primitive de « épais, ferme, dur », donc avec la même valeur fondamentale que les formes précédemment citées, et luond, dont la provenance n'est pas tout à fait claire. A l'Ouest on rencontre sobre, qui est à l'origine une préposition : en esp. de todas las bondades era sobre abondada (Alex. 1300), sobre bonos braçeros (1881), sobre gent adobada (AppoU. 485), era de su sentido en sobra grant fallencia (Berceo, Sil. 557), où sobra au lieu de sobre doit peut-être se ranger dans la même catégorie que mucha bella esioria (p. 163); cf. sur ce point le § 400. Ensuite il faut mentionner les termes qui expriment la suffisance : en ital. assai grande, franc, asse^ beau, esp. asa:{^ viejo, à propos desquels on doit observer qu'en italien et en espagnol, en partie aussi envieux français la signification « jusqu'à suffisance » a dégagé celle de « très, extrêmement ». Même phénomène avec l'esp. harto : harto mejor (D. Quich. i, 23), harto mâs fuerte etc. Une quantité excessive, en lat. nimis, est exprimée en ital. par troppo, en prov. et a. -franc, par trop, mot d'origine inconnue, qui du reste a partout, dans l'ancien temps, la simple signification de « très ». Les adverbes de comparaison (238) également aiment à s'unir aux adjectifs pour en renforcer le sens : en ital. cost buono, tanto bello, franc, si bon et aussi en a. -franc, tant riche, esp. tan grande, port, tào for maso etc. L'idée contraire « peu » est rendue par poco employé comme adverbe : en ital. poco cortese, franc, peu gentil, esp. poco amable et d'une manière analogue en roum. putin. En même temps l'on emploie un poco : en ital. un poco acerbo, franc, un peu amer, esp. un poco arrogante y un mucho desdenoso (D . Quich. i, 14), port, uni pouco amargo; simultanément on trouve aussi en a. -franc, auques : quant il furent d'eus auques près (Ben., Chron. 28755), en prov. e ' l segons es savis e bos terriers e alques lares (Appel, C. 98, 5), en esp. algo : algo enamoradi:(p (Nov. ej. 17) et en a. -port, quanto : era ja quanto allongado (Graal 120). Le ROUMAIN exprime cette nuance par cam : un flàcâû cam

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