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Le Participe en -t

§11. Les participes formés de thèmes verbaux à l'aide de -tus (-sus^ sont originairement des adjectifs qui représentent une action comme une qualité ou une caractéristique inhérente à l'objet : homo potus est un homme chez qui, au moment où il est désigné comme potus, l'action de boire est caractéristique, par conséquent un buveur ou un homme qui a bu ou un homme qui aime à boire; caro coda est de la viande à laquelle on reconnaît le caractère d'un objet qui est ou a été soumis à la cuisson, etc. Si donc ces adjectifs n'expriment d'abord aucun rapport déterminé ni avec n'importe quel temps, ni non plus avec l'actif ou le passif, ils pouvaient cependant dégager facilement une signification passée et, quand le sens du verbe le permettait, une signification passive : cf. cenatus (qui a mangé), ausus (qui a osé), praeteritus (passé), profectus (parti), consullus (expérimenté), nupta (mariée), sol occasus (le soleil couché), placitus (qui plaît, agréable), scitus (qui sait, expérimenté), tacitus (qui se tait, discret); puis alors cantatum (ce qui est

§ II. 12. LE PARTICIPE EN -f I5

chanté), jactatus (jeté), etc. Comme en beaucoup de cas le verbe auquel ils appartiennent est un déponent (proficiscor à côté de profectus), les grammairiens ont pris l'habitude de considérer le sens actif comme une particularité des déponents et, partant de là, ils ont même inventé les semi-déponents :gaudeo, gavisus sum. Mais le nombre des formes en -t qui ne présentent pas strictement la signification à la fois passée et passive, est assez considérable pour montrer que pareille théorie ne correspond pas à la réalité des fiiits, mais plutôt que le participe en -t a eu d'abord et de tout temps en latin un sens général qui, selon l'emploi et la signification du verbe, répondait tantôt mieux à l'expression passive, tantôt mieux à l'active. Si l'on peut parler d'un développement plus intense de l'idée passive, c'est uniquement en tant que les verbes qui possèdent un passif, (15) peuvent aussi, sans aucune restriction, former un participe en -/, ce qui n'est pas le cas avec les verbes purement actifs : cf. cantatus, jacttis, doctus, profectus, mais pas de ventus (venu) et autr. sembl.

§ 12. Or le roman continue cet état de choses du latin, et cela non seulement en conservant la signification dépourvue de valeur temporelle, mais en outre en faisant toujours plus complètement abstraction de la tendance assez nettement prononcée à l'expression du passif : toutefois, en compensation, il exprime avec d'autant plus de précision l'idée de l'action accomplie. Il est vrai que l'ital. cantaio, comme le lat. cantatus, signifie « chanté » au sens passif, mais après cela l'italien dit aussi venuto « venu », c.-à-d. « quelqu'un qui est venu », tandis que le latin s'élève tout au plus jusqu'à un ventum est. Si, dans la période romane, tout verbe donné peut, quelle que soit sa signification, former un participe en -/, cette difference fondamentale entre le latin et le roman doit être en rapport avec la disparition du passif. En effet, aussi longtemps que cantatur subsistait, cantatus est pouvait exprimer une certaine opposition avec lui; on pouvait se figurer que cantatus est se trouve avec cantatur dans le même rapport que cantavi avec cantat. Ainsi, p. ex., s'il est vrai que l'expression jacta est aléa n'avait d'abord d'autre sens que « le dé est jeté », il s'y trouve

cependant la notion claire d'une action terminée au moment présent, précisément comme jecit au sens de parfait-présent exprime aussi une action terminée au moment présent. Or, comme le passif ne possédait pas de forme correspondante à jecit, jacla est n'adopta pas seulement cette signification facilement explicable et d'ailleurs justifiée; il fut alors également employé pour le parfait historique et reçut d'après le contexte les trois sens : le dé est jeté, fut jeté, a été jeté. Il va de soi qu'à la longue cette situation devait changer; bientôt même, dans les cas où il s'agissait d'exprimer le passé, fuit prit la place de est, et jactus conserva son ancienne acception, qui n'était pas proprement passive. Or ce changement entraînait aussi la possibilité de créer une forme nouvelle : ventus, et en effet cela se fit aussi d'autant plus facilement que, dans beau- (16) coup de cas précisément, la signification était encore plus générale : cf. ausus, profectus, fisus etc. Les rapports avec le part, en -nt seront étudiés au § 15 .

Cf. K. Brugmann, Die mit dem Suffix -to gebildeten Parti:{ipien itn Verhalsystem des Lateinischen und des Umhrisch-Oskischen, I. F. V 89-

§ 13. La signification plus générale s'observe encore en roman dans les exemples qui vont suivre. Roumain : om bàut (un homme qui a bu), mâncat et cinat (qui a mangé), oi pàscute (agneaux qui ont pâturé), vacà fatatà (vache qui a vêlé), scalar ràspuns (écolier qui a répondu) etc. dans une proportion très étendue, ensuite aïurat (qui rôde), adormit (endormi), en a.-roum. ajunat (qui jeûne, jeûneur), temut (craintif) Cod. Schei. 32, 18, et encore aujourd'hui cre^ut (crédule), ■ întelept (intelligent; le part, actuel est înteles), tàcut (qui se tait, discret), plàcut (qui plaît, agréable). — Italien : accorto (prudent), ardito (hardi), attentato (attentif, sage), aweduto (avisé), simulato (dissimulé), inteso (attentif), Jidato (intime), finto (feint, rusé), smemorato (qui a perdu la mémoire, étourdi), pentito (repenti), ragionato (raisonnable), riposato (reposé, tranquille), saputo (qui sait, expérimenté), sentito (prudent). — Français : dissimulé, entendu, juré, parjuré, osé, recru, repenti, renié, raisonné; les exemples sont beaucoup plus nombreux

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