‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 87 sur 269 · C. ÉLÉMENTS HÉTÉROGÈNES · texte numérisé non relu

C. ÉLÉMENTS HÉTÉROGÈNES

§ 254. Dans la plupart des cas, l'association d'éléments hétérogènes a un caractère attributif, ce qui revient donc à dire qu'elle s'opère simplement par juxtaposition; mais cependant il peut aussi se produire une copulation, et cela par |des procédés différents. Quelquefois, en effet, l'un des mots sort de sa sphère, se rapproche de celle d'un autre ou bien y pénètre presque entièrement et doit dès lors, au point de vue syntaxique, lui être assimilé. C'est le cas p. ex. lorsqu'on associe (285) l'infinitif ou les démonstratifs avec des substantifs (§ 258). II se peut aussi que le déterminatif ne soit pas de sa nature apte à remplir un emploi attributif, que le terme à déterminer soit lui-même attributif, que sa signification soit dès lors limitée par un autre mot qu'on pourrait, il est vrai, juxtaposer en qualité d'attributif, tandis qu'on préfère pour des raisons de clarté recourir à la copulation. C'est notamment la règle pour la copulation d'adjectifs avec des substantifs (§ 262). Un autre cas est celui où le déterminatif exprime une de ces déterminations généralement locatives que le roman est forcé de rendre par des prépositions; c'est à cette catégorie qu'appartient la copulation d'adverbes avec des substantifs (§ 269). Comme dernier cas, nous avons enfin les comparaisons, qui

sont le résultat de façons de penser assez compliquées et variées. Elles constituent le groupe de mots le plus riche et qui offre le plus de points de contact avec la proposition; aussi convient-il de les reléguer à la fin de ce chapitre.

§ 255. Tout d'abord il faut consacrer au roumain quelques observations préliminaires. Dans ce qui suit on verra deux fois l'iNFiNiTiF jouer un rôle essentiel comme terme déterminatif. Or le roumain a presque entièrement abandonné l'infinitif (p. 26); aussi se demandera-t-on comment il se tire d'affaire dans ces cas. Nous l'avons montré au t. II, p. 572 : le roumain a conservé les noms abstraits latins en -us, -ûs et peut, dans une mesure illimitée, faire de chaque verbe un substantif correspondant, et il va de soi que ce substantif peut se présenter dans toutes les fonctions et combinaisons dont les substantifs sont susceptibles, mais que tout particulièrement après les substantifs et les adjectifs il joue le rôle de l'infinitif des autres langues. C'est ainsi qu'à l'ital. degno di vedere correspond en roumain vrednic de và^ut (digne en ce qui concerne l'action de voir) ; à facile a portare répond u{or de purtat (facile par rapport au transport). Mais si des associations de cette espèce se comprennent sans plus, il en est d'autres où l'on observe un éloignement assez considérable du sens primitif et qui ne peuvent guère s'expliquer que par un affaiblissement de celui-ci. Ainsi l'on dit casa aceastà este de vindut (cette maison est à vendre). Il est vrai qu'ici la préposition est peut-être plus (286) surprenante que vindut, car on conçoit à première vue que le participe futur passif latin puisse être rendu par le nom abstrait tiré du verbe au lieu de l'être par l'infinitif, ce qui se constate aussi p. ex. dans l'esp. no es para contado (Galdôs, L. Roch. i, 7 : ce n'est pas à raconter). Mais en même temps l'on a nam vreame de perdut (je n'ai pas de temps à perdre, proprement : je n'ai pas de temps pour ce qui est de perdre), aceea ce at de spus (Basme 117, 22 : ce que tu as pour ce qui est de parler, ce que tu as à dire), el venise atunce vreamia Troianilor de périt (C. B. I, 353» 38 : il était venu alors le moment pour les Troyens de périr), et l'on voit par là comment de suivi d'un substantif abstrait à thème verbal peut en arriver à exprimer ce rapport

Page 1