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COPULATION DE MOTS HÉTÉROGÈNES

d'une action avec un substantif, un adjectif ou un verbe qui ailleurs est rendu par l'infinitif accompagné de différentes prépositions.

§ 256. En première ligne il faut mentionner la copulation de SUBSTANTIFS AVEC LE PRONOM PERSONNEL. Comme on l'a déjà fait observer p. 91, au lieu du pronom possessif on peut avoir le pronom personnel accompagné d'une préposition, ce qui supprime la juxtaposition attributive : anima mea est donc susceptible d'être remplacé par la tournure copulative anima de me, d'où en roum. inima din mine (Basme 128, 24), viata din sine (128, 25), e stingere de tine (278, 27), en a. -franc. la fins de toi est aproismie (Brut M. 699), par la salveté de tei (IV Livr. 155), le sens de nus (Ph. Thaon, Comp. 574), larme de mi (P. L. 16, 13). Cette tournure, particulièrement fréquente dans le Psautier lorrain, est rare en moyen français et en français moderne, sauf peut-être quand la clarté l'exige : cf. V enterrement d'elle (Rab. 2, 3), mais aujourd'hui son enterrement à elle (p. 91). Pour rendre le génitif objectif surtout, on préfère de : en ital. per amor di te, sen:(a alcuna noia e fatica di voi et autres expressions analogues.

§ 257. Ensuite on peut se servir de ad pour joindre un ADJECTIF à un PRONOM PERSONNEL qui représente la personne à laquelle est attribuée la propriété exprimée par l'adjectif. Cette tournure est italienne et limitée en outre à l'exclamation : misero a me (malheureux que je suis), povero a lui (le pauvre), lasso a me (Bocc, Dec. 10, 3); elle est notamment très recherchée en lombard, où déjà elle se rencontre chez Bonve- (287) sin et s'est maintenue jusqu'à nos jours : cf. 0 poer a mi (Fogazzaro, Picc. Mondo, 109). Le point de départ a dû être guai a me; alors a me etc. s'est aussi conservé lorsqu'à la place de l'interjection indéterminée exprimant la douleur s'introduisit l'adjectif qui exprimait avec plus de précision l'état de l'âme.

§ 258. Certains pronoms démonstratifs sont unis par de à un substantif lorsqu'on doit indiquer la provenance ou un caractère distinctif d'une personne ou d'une chose qui n'est pas autrement désignée et spécifiée que par le pronom et le

substantif en question : en roum. cee de trup spur cat (Gaster I, 12, 25 : celui avec un corps impur), cet de fatà (Basme 283, 20 : les assistants), en ital. quelli de Firenxe, quelli dei danari (Nov. 76), en franc, ceux de Paris, fréquemment surtout en espagnol : lo del lion (Cid 3330 : l'histoire du lion), el del bosque (Nov. ej. 263), en port. 0 do olho britado (Castello Branco, Paç. Nin. 8); nous avons cité d'autres exemples avec ille p. 96, avec eccuille p. 98.

§ 259. L'infinitif se joint aux substantifs de la même manière que les substantifs eux-mêmes, c.-à-d. surtout au moyen des prépositions de, ad et per Çpro). L'infinitif avec de remplace le génitif du participe futur passif latin, absolument comme de avec un nom remplace le génitif d'un substantif : il s'emploie donc surtout après les désignations de temps et les mots abstraits, p. ex. en roum. (avec de a d'après ce qui a été dit p. 26) : timpul de a prànx} (le temps de déjeuner), pofta de a trài (le désir de vivre), învàtàturà de a face cernealà de scris bunà (Gaster 2, 46, i : recette pour faire de bonne encre à écrire), nu mal era chip de a 0 dreage (Basme 152, 25 : il n'y eut jamais moyen de la redresser), en ital. il tempo di andare, il giorno di partire, l'ora di essere a casa, la voglia di studiare, la speranxçi di ottenere gracia, il modo di vivere. Farte di far la guerra etc., en a. -franc, nen tint pour ne de mûrir dutance (Roi. 828), la noise de monjoie escrier (215 i), en franc, mod. le temps de s'en aller, l'heure de mourir, la force de régner, l'art de parler, l'impossibilité d'obtenir la victoire, la force d'achever cet ouvrage, la manière de vivre, en esp. el tiempo de andarse, el deseo de ver, el ocasion de hablar, el modo de vivir, en port, hora de ceiar, pavor de sseer chagado (Graal 115), esperança de obter (288) gracia, tanta maa aventura de taaes dous homems se matarem (Graal 58), por dos grandes maravilhas, que nunca homem via de leôes guardarem cervo (139) etc. Mais, tandis que l'italien et le français en restent là, les langues de I'Ouest étendent cet emploi et ont ensuite aussi recours à de lorsque l'infinitif exprime la possibilité ou la nécessité ou le but : en esp. yerro de emendar (une erreur à corriger), una cosa de envidiar, vestido de caminar (vêtement de voyage); il en est de même en portugais. Cf. là-dessus le § 328.

§ 26o. 261. INFINITIF UNI PAR ad, pro 299

§ 260. Accompagné de ad, I'infinitif marque la nécessité ou la possibilité, mais il n'y a que le français qui connaisse cet emploi; I'espagnol et le portugais, comme on vient de le voir, se contentent de de; l'italien, ici de même qu'avec le nom (p. 287), recourt généralement à da : cf. en a. -franc. // nen at lengue a parler (S. Lég. 29), H plus hal^ liens a faire sacrefises (IV Livr. 234) et aussi doulx Dieu qui Toutes choses sce^^ et congnois Et aussi ceul^ a venir vois Com les présentes et passées (Mir. N. D. 9, 2), d'où le subst. avenir et par le même procédé affaire (II, p. 618), en franc, mod. une maison à louer, un avis à suivre, un verre à boire, un homme à tout oser; puis avec des noms abstraits lires d'adjectifs la promptitude à agir, rhabiletè à parler, avec des substantifs qui expriment un sentiment, où ad est presqu'un locatif et introduit le verbe indiquant l'action dont l'accomplissement fait naître ce sentiment : le plaisir à obéir, la honte à mentir et enfin naturellement après des noms abstraits à thème verbal quand les verbes dont ils sont issus exigeraient également à : l'exhortation à combattre, l'empressement à le servir etc. En italien, a se montre après les noms abstraits tirés d'adjectifs qui réclament a (§ 265) ou bien après les substantifs abstraits formés de verbes indiquant la direction : pronteT^^a a agire, dispo:(ione a parlare, tendenz^t a esagerare, aspiraT^ione a regnare et autr. sembl., et aussi // credere ingiustamente è sirada ad ingiustamente operare (Manzoni, V.), par conséquent toujours quand a possède un sens presque locatif. Sinon, c'est da qu'on rencontre : aghi da ricamare, acqua da partire, stan:(a da studiare, tabacco da fumare, l'età da prender marilo, una casa da vendcre, è donna da tener parola etc. En roumain, a n'est pas rare : vine ZJlele a plodi (Phys. 9, vient le jour d'être fécond), vremea a merge la ràsbotû (Basme 169, 25 : le temps de partir à la guerre) etc.

§ 261. Enfin pro {per'), de la même manière qu'il unit (289) entre eux deux substantifs (§ 248), peut également unir un infinitif à un substantif : cf. en macéd. filigén ti a peare yin (Weigand, Arom. 19, 8 : tasses pour boire du vin) avec // au lieu de pro, en ital. la falsa coscien^a trova più facilmente pretesti per operare che formule per render conto di quello che ha

300 CHAPITRE II : LE GROUPE DE MOTS § 26l. 262,

fatto (V.), en général beaucoup moins fréquent, il est vrai, que da^ en a. -franc, n en fait musgode por son cors engraissier (Alexis 51), vileins pur sa terre arer e pur ses ble:( seer e pur ses armes forgier e ses curres agréer (IV Livr. 27), en esp. hestias por domar e domadas (Berceo, Sil. 452), en port. 0 tempo pera eu conprir 0 que prometi (Rom. XI, 375).

§ 262. Dans une proportion considérable, les adjectifs s'unissent aux substantifs au moyen de de, plus rarement à l'aide d'autres prépositions. Ici il faut distinguer deux classes. La première embrasse les adjectifs qui, pour exprimer tout leur sens, doivent être complétés par un substantif désignant l'objet qui, par le rapport où il se trouve avec le substantif déterminé par l'adjectif, communique à ce substantif la propriété renfermée dans l'adjectif. Tel est p. ex. le cas pour l'ital. un uomo pieno di pregiudizj, franc, un homme plein de préjugés, où l'adjectif n'énonce rien en lui-même et n'acquiert au contraire de valeur réelle que grâce au substantif qui le suit, mais marque en même temps dans quel rapport réciproque se trouvent les deux substantifs. Quant à donner une règle générale déterminant quels adjectifs ont besoin d'être ainsi complétés, la chose naturellement n'est pas possible, car elle est subordonnée à la signification de chaque adjectif en particulier et à la signification des substantifs auxquels il s'attache. Tandis qu'on admettrait à peine un uomo pieno, un homme plein, on pourra très bien dire una borsa piena, une bourse pleine. En d'autres termes, quand l'idée exprimée par le substantif est telle qu'il ne peut y avoir aucun doute sur l'idée qui complète l'adjectif, cette dernière peut n'être pas formulée. Autre cas : l'ital. degno, franc, digne exige d'ordinaire un complément, et cependant on dit un degno uomo, un homme digne y si l'on peut s'exprimer ainsi, c'est que l'adjectif a quelque peu (290) modifié sa signification. A l'origine, il indique que des propriétés quelconques, en général plus ou moins abstraites, peuvent être attribuées à un homme; mais, comme les cas sont plus nombreux où ces propriétés sont dignes d'éloge, cette valeur laudative déteint sur l'adjectif lui-même ; et plus celui-ci attire à soi le sens du substantif, plus facilement il peut se

§ 262. SUBSTANTIFS ET ADJECTIFS UNIS PAR de 3OI

passer de ce dernier. Or, dans ces cas, tandis que le latin recourt à son ablatif ou à son génitif, le roman se sert de la préposition de; mais on ne saurait pas établir avec certitude si l'emploi de de dans ces tournures est toujours déterminé au fond par ce même point de vue. Certes, on peut sans peine partir partout de de au sens de « par rapport à une chose » (p. 57), et cette valeur est peut-être la seule admissible pour les locutions qui seront discutées au § 264. Mais, dans un cas comme le roum. plin de galbent, ital. pieno di danari, franc, plein d'argent, esp. lleno de plata, port, cheio de prata, il est permis de considérer aussi le de comme partitif, de même que le génitif latin est probablement partitif dans plenus nutnmortim. C'est encore au rapport partitif que ferait penser l'obw. plein daners, exemple qui concorde entièrement avec les phénomènes étudiés p. 161, où l'on a sans conteste une construction partitive; mais, comme il s'agit là d'un germanisme, on n'en peut tirer aucune preuve. D'autre part, le latin dit aussi plenus aliqua re, le roumain covàtea era plinà eu galbenï (Basme 280, 17 : la cruche était pleine d'argent), ce qui atteste alors qu'on a vu là un complément plutôt instrumental. Autre cas : l'ital. vuvto di ragione, franc, vide de raison renferme peut-être un de privatif, et l'on ne devra pas comprendre autrement l'ital. privo, nudo di (privé, dénué de). Il semble donc que de soit arrivé par des procédés divers à servir de particule employée pour unir aux adjectifs les substantifs qui en complètent le sens. Voici maintenant une série d'exemples. En roum. vrednic de cinste (digne d'honneur), nevrednic de cununà (indigne de la couronne), harnic de faptà rea (capable d'un fait coupable), plin de manie (plein de colère), vesel de fericirea altruî (heureux de la félicité d'autrui), vinovat de nelegiuire (coupable du crime) etc., en ital. abbondante, pieno, ricco, libérale, scarico, digiurw, parco, povero, scarso, vuoto, scevro, privo, nudo, reo, innocente, colpevole, partecipe, certo, incerto, dubbio, sicuro, pratico, invidioso, geloso, avido, desideroso, contento, awe^xPi capace, degno, felice etc., en franc, plein, (291) riche, libéral, fort, pauvre, faible, vide, privé, libre, quitte, coupable, innocent, certain, incertain, sûr, avide, désireux, curieux, ambitieux, envieux, affamé, jaloux, content, joyeux, capable, inca-

pable, absent^ éloigné et par analogie son contraire proche, digne, heureux, ravi, enchanté, triste, affligé, désolé etc., en esp. lleno, harto, rico, pobre, desnudo, libre, vacîo, abundante, reo, inocente, cierto, seguro, goloso, dvido, sediento, capa:{, digno, distante, suspecta, fugitivo etc.

§ 263. En même temps que de l'on trouve aussi d'autres prépositions, notamment en franc, en : fertile, stérile, riche, expert, savant, en esp. con : contento, alegre con esta nueva, rico con los despojos, ciego con el enojo à côté de ciego de enojo et en outre en : guarnida en toda bondat (C. Baena 69), experto en las leyes, capa:( para toda etc.; enfin le port, conhecedor em belle^as (Diniz, Pup. 73) peut également être classé ici.

Sur l'esp. igual de, voy. p. 317.

§ 264. Dans une deuxième classe de combinaisons entre adjectifs et substantifs, le substantif-complément désigne la partie de l'être déterminé à laquelle doit être attribuée la propriété exprimée par l'adjectif; de remplace donc ici l'ablatif latin : cf. en roum. bun de cap (bon de tête, intelligent), îute de picior (leste de pieds, rapide), tare de brat (fort de bras), slab de stomac (faible d'estomac), gros de obraz^ (gros de visage) etc., en ital. grande, gagliardo délia persona, del corpo bellissimo, pronto di mano, brutto di viso, forte di braccio, fievole di salute, en a. -franc, maladieus de nez^ (Aniel 47), gente de cors et de vis bêle (Ch. Lyon 974 var.), de blanc sablon i fu biaus et grans li graviers (Aye d'Av. 59) etc. et de même en franc, mod. le chameau est haut de jambes, il est bien fait de sa personne, perclus d'un bras, faible d'esprit, doux et humble de cœur, grand de nom etc., en esp. menguado del vestido (AppoU. 114), aliviado del cuerpo, sordo de un oido, enfermo del pecho, una madré corta de vistas, un cuarto triste de Iw^, bajo de techo, alto de cuerpo, bianco de rostro, bien puesto de barba, enjuto de rostro etc. Il en est de même en portugais. Dans ce cas aussi l'on trouve certaines autres prépositions, du moins en rou- (292) MAIN : ïute la picior, frumos la chip (beau de figure), gros la ceafâ (gros de nuque ; mais on ne dit ni bun la cap, ni gros de ceafà), puis curat eu sufletul (pur d'âme).

§ 265. 266. SUBSTANTIFS ET ADJECTIFS UNIS PAR od, de 3O3

§ 265. Ensuite ad sert de lien entre adjectifs et substantifs. Le latin emploie tantôt le datif, tantôt ad avec l'accusatif pour unir aux adjectifs l'objet auquel se rapporte la particularité qu'ils indiquent, qui exprime le but de l'adjectif, et surtout il met aussi au datif le nom de la personne au profit ou détriment, dans l'intérêt de laquelle s'exerce cette particularité observée dans un objet. En roman, ad s'est naturellement introduit partout; c'est seulement avec le pronom atone qu'a persisté une distinction entre personne et chose de même qu'en d'autres cas (§ 377), et le roumain, fidèle à l'usage latin, a conservé folositonû tuturor (utile à tous), trebuîtorîû oatnenilor (nécessaire aux hommes). Ailleurs donc voici à peu près les cas qui se présentent : en ital. pronto alla vendetta, vicino alla morte, amico, perpetui netnici al nome Romano, ostile, contrario, rubello, fidèle et infidèle, grata, ingrato, riconoscente, utile, buono, vantaggioso, salutare, nocevole, nocivo, rovinoso, piacevole, spiacevole, aggradevole, caro, odioso, dolce, amaro, convenevole, sconvenevole, proprio, atto, necessario, intéressante, simile, uguale, disuguale, pari, incomparabile, conosciuto, superiore, inferiore, posterior e, ulterior e, anteriore, en franc, prêt, enclin, porté aux vices, exposé, ennemi, contraire, fidèle, reconnaissant, utile, bon, avantageux, nuisible, dangereux, ruineux, agréable, plaisant, cher, odieux, doux, amer, convenable, propre, nécessaire, intéressant, semblable, égal, supérieur, inférieur, postérieur etc., en esp. cercano, vecino, amigo, contrario, agrio, util, bueno, blando, provechoso, odioso, aborrecibile, conforme, semejante, igual etc. Il en est de même en portugais.

§ 266. Enfin il faut encore faire mention des combinaisons

de TERMES INDIQUANT UNE DIMENSION AVEC DES ADJECTIFS QJJl

LA DÉTERMINENT : en ital. alto di due dita, questo bastone è lungo di tre piedi, en franc, ce bâton est long de trois pieds, un fossé large de six pieds, un mur épais d'un métré, en esp. aqueste baston es largo de très pies, puis en ital. questa camera è di cinque piedi più larga che quella et avec toute espèce d'adjectifs au comparatif : di gran lunga più alto, di gran lunga (293) migliore etc., à quoi l'on peut comparer l'a. -franc. // nestoit bon vis Si biaus d'asses con cil estait (Chev. Il esp. 1527).

L'emploi de de est quelque peu surprenant; mais, ce qui l'explique peut-être le mieux, c'est que le terme de mesure est considéré comme la distance qui existe entre le commencement et la fin, comme l'espace compris entre le point de départ et le point d'aboutissement, ce qui entraîne donc aussi l'emploi de la préposition marquant l'éloignement, la différence.

Il en est tout autrement de la tournure souvent réunie à celle que nous examinons ici et à laquelle elle est d'ailleurs étroitement apparentée pour le sens, à savoir en ital. due piedi di alto, en franc, il y a de la neige deux pieds d'épais, en esp. cnatro dedos de alto. L'adjectif possède ici la valeur substantive étudiée à la p. 10; ce qui suffit à le prouver, c'est qu'on peut aussi bien dire due piedi di altera etc., de sorte donc que de, ici comme dans les cas mentionnés à la p. 280, introduit le terme qualificatif.

§ 267. La combinaison d'un infinitif avec un adjectif s'opère également au moyen de de ou ad; dans des cas déterminés, elle se fait aussi au moyen de par. On pourrait supposer que la répartition des deux prépositions citées en premier lieu est ici la même que lorsqu'un substantif s'unit à un adjectif; cependant cette attente ne se réalise qu'en partie, et ce qui l'explique déjà, c'est que l'infinitif s'emploie beaucoup plus souvent que le substantif comme complément d'un adjectif. Le latin recourt en certains cas à son supin passif : facile portatu (facile à porter). Mais cette forme, après l'amuïssement de Vm, coïncidait avec un trop grand nombre d'autres, et c'est peut-être pour ce motif qu'elle a été abandonnée. A sa place on se sert de l'infinitif avec de, et en fait de semble avoir été, dans le roman primitif surtout, la préposition d'ordinaire employée dans les combinaisons de ce genre; c'est seulement par degrés que ad paraît avoir étendu son emploi, comme le montre notamment en a. -franc, prest de tender (Mér. 1403), qu'on trouve encore chez Molière à côté de prêt à, plus récent et seul en usage aujourd'hui. Nous l'avons vu p. 296, le roumain se sert d'une tout autre tournure, mais où la préposition de apparaît de nouveau; cependant on trouve aussi des traces de l'infinitif : (294) cf. treaba i lesne de a 0 face (Doine 499, 7 : le travail est facile à faire), dàtoriû de a plàti (obligé à compter), harnic de a face aceasta (capable de faire cela) etc. avec une double préposition,

§ 267. 268. INFINITIF UNI À UN ADJECTIF PAR de, ûd 305

conformément à ce qui a été exposé p. 26. Sinon, comme on vient de le dire, on ne trouve guère l'infinitif avec di en italien que lorsqu'un substantif serait également introduit par di : avido di guadagnare, capace di dire délie bugie, degno di sapere, bisognoso di gridare, sicuro di non ingannarmi etc. Il en est de même en français : cf. heureux de vous voir, désireux de rejoindre ses compagnons, las de perdre sa peine, il dit au comte Piper qu'il était plus fiat té de donner que de gagner ses royaumes etc. Les langues de I'Ouest poussent plus loin cet emploi de de : sans compter les cas correspondants aux exemples mentionnés, elles s'en servent aussi quand l'infinitif est destiné à spécifier la propriété renfermée dans l'adjectif : en esp. sabroso de oir (Berceo, Sil. 335), /ntto bueno de corner, hermoso de ver, escuro de entender etc., en port, facil de contentar, por ventura he fraca ou he cara cousa de fa^er a Deus qualquer cousa (Rom. XI, 364).

§ 268. L'infinitif avec ad s'emploie dans les mêmes conditions qu'un substantif avec ad, mais surtout quand il exprime l'activité dans la manifestation de laquelle se révèle la propriété renfermée dans l'adjectif; en ce cas les langues de l'Ouest seules préfèrent de (§ 267). En roumain, les exemples sont rares : cf. toutefois gâta a se ivi (Cod. Vor. 139, 7 : prêt à se montrer), inima et este pornità a se pianist cuiva (Basme 234,

11 : son cœur est prêt à s'abandonner à n'importe qui), putearnic a làiidâ (puissant à louer), tare a {i înfràrâ totu trupulu (Cod. Vor. 122, 12 : fort à serrer la bride autour de tout le corps), mândrl simtû a face ^«(Gasterl, 141, 25 : ils sont habiles à faire mal) et aussi lesne a gàsi (Caster I, 126,

12 : facile à trouver); en ital. atto a portare spada, pronta a venire, disposto a andarsene, contento a fare (Sere. 396), necessario a voler mantenere una città (Mach., Disc. 29) etc., puis la cosa ê facile a sapere, ottimo a fare, pomi ad odorar soavi e buoni (Purg. 22, 132), moite altre cose leggiadre e bellissime a riguardare vi vidi per diver si luoghi dipinte (V.) et aussi avec

da : facile da concepirsi, difficile da raccontarsi etc. ; en franc. (29s) prêt à partir, disposé à venir etc., facile à comprendre, bon à manger, affreux à raconter et aussi en prov. leu ad entetidre,

Meyer-Lûbke, Grammaire III, jo

greu a sufrir, bien qu'en même temps, dès la période primitive, on trouve aussi p. ex. en esp. clar d'entendre etc., tournure qui tend de plus en plus, à l'époque moderne, à s'employer exclusivement. — Parfois per fait concurrence à ad : cf. en roum. frumos pre càutat (Gaster I, 37, 23 : beau à examiner) et surtout en vieux français : ne fut une tels prophète Pur Ici tenir e pur humes alraire (Roi. 2256), vassals est bons pur ses armes défendre (3785), pur hanstes fraindre, pur escuT^ peceier, E pur osbercs derumpre e desmailier E pur prw^dumes tenir e conseillier, E pur glutuns veintre e esmaier En nule terre n'out meillur chevalier (Roi. 2210) et aussi pru^dume i out pur sun seignur aidier (26) etc., en esp. presto para oir, necesario para vivir, asqueroso para mirarse et autr. sembl., et surtout avec les adjectifs dont la valeur est renforcée par troppo : en ital. troppo vecchio per prender moglie, en franc, trop jeune pour entrer en charge et autres locutions semblables.

§ 269. Certains adverbes peuvent être unis à des substantifs ou à des PRONOMS par des prépositions et ensuite en arrivent facilement, en restant unis à ces prépositions, à prendre à leur tour la valeur d'une préposition simple. Sous ce rapport, ce sont les prépositions de et ad qui nous intéressent : cf. en lat. déjà usque ad et autr. sembl. Une combinaison probablement aussi antéromane, c'est foras de : cf. en roum. afarà de, obw. ord, ital. fuor di, franc, hors de, esp. fuera de, port, fora de. Pour les autres, on constate une grande divergence entre les différentes langues, de sorte qu'il y a lieu de les examiner chacune à part. Le roumain présente înainte de et l'a. -roum. dit aussi aînte de (avant) au sens temporel, de parte de (loin de) et par analogie avec celui-ci aproape de (proche de), asuprà de (sur). Avec départe et asuprà, de indique à toute évidence le point de départ, de sorte donc que asuprà de signifie « en haut, considéré de ce point-là »; mais înainte de tine (plus tôt que toi, avant toi) à côté de înainte tine (devant toi) est étonnant au premier abord. Toutefois cette différence s'explique d'une manière indiquée déjà dans la traduction. En effet, en même temps que înainte et ainte, le vieux roumain avait aussi nminlc de mai ainte, où dès lors l'emploi

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