‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 93 sur 269 · PARTICULES COMPARATIVES RENFORCÉES · texte numérisé non relu

PARTICULES COMPARATIVES RENFORCÉES

des adverbes démonstratifs, emploi dans lequel il faut encore une fois distinguer deux cas. D'abord, en effet, les deux adverbes peuvent s'unir directement l'un à l'autre, comme on le voit notamment par l'ital. siccome, obw.-eng. sko. Ces deux formations sont absolument identiques, tandis que le tyrol. kk (p. 224) semble plutôt composé de si che. Le français, dans sa période moderne surtout, se sert de ainsi que : V odeur s'épaississait ainsi quune futme; de même en prov. las nueg:{ enaissi cant aquist verge vellava (Appel, C. 119, 30). Mais il arrive plus souvent que la particule démonstrative est placée devant l'adjectif de comparaison : en ital. ella è si bianca corne la neve, et aussi cosî . . . coDie, en a. -franc, aussi blanche corne une noif, tournure encore en usage durant la période classique, mais remplacée aujourd'hui et déjà dès le xV siècle par aussi blanche que la neige, en prov. tan ... can, où l'on doit peut-être voir simplement le lat. tam . . . quant : el mon tan laia inalautia non a, senher, can gilo:(ia (Appel, C- 5, 429) et de même en esp. ian ou tanto . . . cotno, en port, tào ... como. Le roumain fait un emploi analogue de atât ... ca.

§ 281. Quant au lat. auAM, le roumain est la seule des (304) langues romanes écrites qui l'ait conservé, et encore son emploi latin n'a-t-il persisté dans la Valachie que dans les patois : vorba ta e mat dulce ca mierea, sans compter qu'on peut en outre se demander si cette tournure est ancienne; plus souvent ca est usité dans la comparaison d'égalité, et nous en avons donné de nombreux exemples à la p. 222. Le point de départ de cette altération de sens se trouve peut-être dans le lat. tatn . . . quam. En dehors de là, quant a persisté après un comparatif d'intensité dans le vieux sarde plus ... cha (Arch. Glott. Xni, 40, § 99, f° 22), dans les anciens par- 1ers du Nord de l'Italie : en a.-vén. plu cha (Ex. 29, 24), lomb. altro cha (Chrysost. 9, 33), a.-gén. pe^o ca (Arch. Glott. X, 162), encore en usage aujourd'hui dans le vénitien populaire. Ensuite on a dans le vieux portugais : pela mais ca mim amar (Denis 172) et de nos jours encore dans la langue populaire du Portugal aussi bien que de la Galice.

§ 282. Mais, à part ces cas exceptionnels, l'ital. che, franc.-

$l6 CHAPITRE II : LE GROUPE DE MOTS § 282. 283.

esp.-port. que a pris la place de quant. Il est probable qu'il ne s'agit pas ici d'une substitution directe à più bella ca la rosa de più bella che la rosa, mais d'un procédé un peu plus compliqué. En latin, quand le second terme d'une comparaison est constitué par toute une proposition, c'est aussi la simple conjonction quam qui sert à introduire cette proposition : ditior est quam credunf. Mais, en roman, c'est quid qui sert d'ordinaire en ce cas de conjonction, de sorte donc que cette phrase latine devient en ital. é più ricco che non si crede, en franc, il est plus riche qu'on ne croit, en esp. es màs dichosoque nocreen. Du moment que che s'était trouvé employé dans ces cas et autres analogues à la place de quant, il put bientôt élargir davantage son emploi, surtout que dans nombre d'autres combinaisons quant avait également été remplacé par que. Il n'est pas nécessaire de donner des exemples pour que après les adjectifs au comparatif; nous pouvons nous contenter de citer quelques cas où il n'y a pas de comparaison dans la forme : en ital. le parole sonavan altro che pur voce uniana (Pétr., Sonn. 69), Vepopea printitiva non fu altro che storia, questo libro contiene lo stesso che quello, en a. -franc, bien trois tans soumes que li crestianté (Enf. Og. éo6), en franc, mod. r épopée primitive n'est autre chose que l'histoire, en prov. tot':{ prit/tiers creset en dieu que nulhs reis (B., D. 217, i), en esp. otros premios que aquellos, la doncella con (305) quien primera que con Isabela tenian concertado de casar à Ricaredo (Nov. ej. 137) etc.

§ 283. En latin déjà, comme il a été dit, se rencontre une juxtaposition au moyen de de, laquelle a persisté dans toutes les langues romanes, bien que cependant dans une proportion inégale. En roumain, de s'emploie sans aucune restriction : de multe pasàrï mat bunî seti voî (Math. 10, 31 : vous êtes meilleurs que beaucoup d'oiseaux), nu sînt mai multe de cinct (ils ne sont pas plus de cinq), este mal mare de tine (il est plus grand que toi), puis aussi avec cât (quantum^ pour le renforcer : e^ti mai avut decât el (tu es plus riche que lui). Il en est de même en italien : sono più grande di te, niuna nuova potrebbe esserci più cara di questa, lo farà meglio e più presto del padre etc. ; di est surtout très fréquent avec le pronom personnel et de règle avec les noms de nombre : più di cinque;

§283. COMPARAISONS AVEC de 317

on trouve également de dans la plupart des patois : cf. p. ex. en napol. na cosella chiù mellese e morbeta de lana (Basile 35). Il faut encore remarquer tu non dubili che non abbiam le stesse qualità e gli stessi cast dei tuai popoli (Leop. 151), non è parso d'impiegar contra al duca di Ferrara altre for:(e di quelle che sono State dette (V.). En français, au contraire, on peut noter un recul considérable de de. Tandis que la vieille langue n'hésite pas à dire nonques encor ne fist nature De li plus bielle creature (Rich. 3715), de tou:(^ les autres plus jolis (Watr. 8, 33), se tu le trueves ain:( de moi (Mér. 2554), P^^^ l' autrui de moi Jeissie:^ mesagier (Enf. Og. 1694) ^^ continue à s'exprimer ainsi jusqu'en plein xv'' siècle, de nos jours de n'est employé qu'avec des désignations numériques : // a fait plus de quatre lieues, moins de la moitié, il y a plus de quinze jours et autr. sembl. L'ancien provençal aussi suit cet usage : non es lo sers maier de so senior (B., C. 9, 39), lo dia del dimenge maior es de totx^ los autres dias (Appel, C. 117, i) etc. Quant aux langues de l'OuEST, elles tiennent sous ce rapport le milieu entre l'italien et le français, c.-à-d. qu'à l'époque actuelle elles relèguent de plus en plus l'emploi de de dans le langage relevé, poétique et quelque peu archaïque, tandis que jadis elles en faisaient un usage illimité : cf. en a.-esp. de quanto nos decimos el mucho mejor era (Berceo, Sil. 48), otros de ti mejoirs (S. Mill. 315), es de la ley vieja la nueva mâs complida (Mis. 106); cf. encore de quantos oi viven tienes mejoria (Alex. 47), puis el spiritu sancto (306) que egual d'ellos posa (Berceo, Sil. i), m la misnia cuerda de la cera (Amadis 5 b), otro hombre de los que (D. Quich. i, 8 : un autre homme que ceux qui), en port, que mi queredes peior d'outra rem (Denis 696), parque vos fe:{ Deus melhor de quantas fe:{ (795), pois que al de mal nunca Deus em vos quis poer (58) et actuellement encore da mesma alegria de José das Dornas (Diniz, Pup. 67 : avec la même allégresse que José). A cet emploi se rattache alors une tournure plus exphcite qui, surtout à l'époque moderne, prend en portugais la place du simple de ou se range à côte de lui, do que : peor do que 0 chorar (Diniz, Pup. i), era obrigada a relér, mais do que uma ve:(, os mesmos livros (40), se fa\er apreciar mais do que pelos olhos (30), se tu moreres primeiro do que eu (Gomes de Amorim, Am.

3l8 CHAPITRE II : LE GROUPE DE MOTS § 283. 284.

Patr. 37) etc., expressions qui font présumer à l'origine l'existence de toute une proposition : peor do que é o chorar etc.

§ 284. Enfin nous avons encore à citer les cas de copulation avec supra et autr. sembl. En italien, l'on emploie surtout sopra et fra en les faisant suivre de altro : ostinato sopra tutti gli altri (Arioste, Supp. 2, 3), // dimoni mi piacciono sopra tutte Valtre cose (Nov. 25), voi che avete H cori gientili e nobili fra gli altri (Nov. 3), lo re prese una pietra tra 4'altre molto bella (8), homo fortissimo oltra che gli altri (Nov. 70). En vieux FRANÇAIS, on trouve la forme correspondante avec sur suivie de tout : sur els tu:{ plus hait parut (IV Livr. 35), moût millour sur toute vie (P. L. 62, 3), tu es de très belle forme sur tow^ les fil des homes (44, 2), seur toutes la plus belle (Watr. i, 231), seur toute riens mélodieuse (15, 29); il en est de même en espagnol : esto sobre todas cosas me traye mas afincado (Hita 637), sobre todos el mayor (C. Baena i, 61), cuanto mas bella se para De las estrellas la luna Tanto vuestra linda cara Se nos muestra perla clara Sobre las fermosas una (J. Mena 3), où l'on doit particulièrement remarquer les exemples où l'adjectif apparaît sous la forme du comparatif.

Page 1