‹ Grammaire des langues romanes;Chapitre 98 sur 269 · CONSTRUCTIONS AVEC LE GÉRONDIF · texte numérisé non relu

CONSTRUCTIONS AVEC LE GÉRONDIF

historiques. En effet, en latin déjà, est cantans était de toute ancienneté très employé, tandis qu'une tournure comme stat, it, venit cantans ne se rencontre pas encore à l'époque classique, du moins avec la même valeur qu'en roman. Il en résulte que est cantans représente une tournure passée du latin en roman, tandis que les autres locutions nous montrent des créations nouvelles du roman, peut-être déjà du bas-latin. Mais cantans n'est pas une forme romane vivante : il a plutôt cédé sa place à cantando (p. 21) et c'est par conséquent aussi ce dernier, et non celui-là, qui est employé dans les locutions postérieures.

§ 313. L'emploi de est cantans est limité aux anciens textes et semble entièrement inconnu au roumain. On lit donc en a.-ital. io sono saccente (B. Lat. 26) et sono temente, è ferente et autres locutions semblables chez les plus anciens poètes; la tournure est fréquente dans l'ancienne épopée française, où les exigences de la rime ont évidemment contribué aussi à la répandre : querés la val mon oncle en Aliscans En mi l'estor u il est combatans; Por Dieu H dites k'il me soit secorans . . . Tant com el poing me puist durer li brans, Vos serai fou vers Sarrasins aidans . . . Païens nel voit ki n'en soit esmaians (Alisch. 199) et ainsi durant toute la période du vieux français et encore chez Marot, S. Gelais, Ronsard et son école, mais cependant on ne la trouve plus chez Montaigne; en prov. totx^ lo mons nera tostemps lau^ans (Appel, C. 58, 15), eu suy merceyans (58, 48), d'aital to^a deu amaire fort esser de^irans (65, 33), no suy ges acordans (65, 38); en a.-esp. mercT^ientes erades de seer enforcados (Berceo, S. Mill. 276), yo desto soy creyente (Hita 130) etc. Chose remarquable, en ancien roumain l'on rencontre parfois le gérondif : firea^i ascultându voi (Cod. Vor. I, 2 : je vous écouterais), unde se va fi màrturisindu ei'glie acasta (Math. 26, 13 : où cet Évangile sera annoncé) etc.

§ 314. Stat cantando manque au français, qui a d'ailleurs abandonné stare relativement tôt, mais on le rencontre souvent dans toutes les autres langues romanes. Il exprime naturellement la DURÉE, mais il s'y joint cette nuance que, pendant l'accompUssement de l'action, quelque chose d'autre arrive ou (33s) intervient, ce qui équivaut donc à peu près à la tournure fran-

34^ CHAPITRE III : LA PROPOSITION §314.-3x7.

çaise « il est en train de chanter » : cf. en ital. stava il cardinale discorrendo con don Abbondio sugli affari délia parrocchia (Manzoni, Pr. Sp. 25), en prov. estauc cantan, en esp. estoy escribiendo, est aba comiendo, en port, chegou ao pé dos tenentes Brandào e Oliveira que lendo acabado de jantar, estavam conversando (G. de Amorim, Am. Patr. 32).

§315. Plus étendu encore est l'emploi de it cantando, qui exprime également la durée : en ital. sono un povero Islandese che vû fuggendo la Naînra; e fuggitala quasi tutio il tempo délia mia vita per cento parti délia terra, la fuggo adesso per questa (Lcop. 174 : je suis un pauvre Islandais qui vais fuyant la Nature) etc., fra sognare e fantasticare andrai consumendo la vita (Leop., V.), en a. -franc, as eschies e as tables se vunt esbaneiant (Voyage Charlemagne 270), tienent lur amis si se vunt déportant (274), niult l'ai allet querant (279), chevalchet l'emperere, ne se vait atarjant (282) etc., tournure à son tour très recherchée à cause des besoins de l'assonance et d'ailleurs se rencontrant souvent même après la décadence de l'épopée, notamment au xvi^ siècle chez les écrivains de la Pléiade, mais abandonnée au xvii^ siècle, en prov. déjà dans le Boèce trastota dia va la mort reclaman (118), en esp. habia ido cerrando la noche (Trueba, H. Cid 29), dejemos de andar buscando aventuras (D. Quich. 2, 13), los que esta régla guardan sin andar dudando y vacilando, estan llenos de una grande y profunda humildad (C. D.), se va haciendo tarde (il se fait peu à peu tard), en port, van sendo horas (Diniz, Pup. 179), andava correndo os dois bôrdos do navio (G. de Amorim, Am. Patr. 32) etc.

§ 3 16. Venit cantando à son tour est plus rare et ne semble usité qu'en Italie et dans I'Ouest : cf. en ital. lo ciel venir più e più rischiarando (Par. 23, 18), e più direttamente esaminando vegnendo ogni particolarità (Bocc, Dec. 3, 9), en esp. avec le sens de « vouloir » : venirse durmiendo (vouloir dormir), venirse cayendo (vouloir tomber), en port, vinha servindo como capellào do navio (G. de Amorim, Am. Patr. 16) et autres locutions semblables.

§ 317. L'espagnol et le portugais possèdent encore d'autres (536) combinaisons exprimant pour la plupart la durée, comme en

Page 1