CONJONCTIONS, ADVERBES. PRÉPOSITIONS, ORDRE DES MOTS
La syntaxe des conjonctions se rattache étroitement à l'étude des propositions subordonnées et se confond en partie avec elle; nous renvoyons donc à cette étude. On se reportera à la Morphologie pour les formes des diverses conjonctions et leur signification. Nous ne parlerons ici que de quelques points qui n'ont pas été traités dans l'étude des propositions subordonnées.
Omission de Que. — On a vu plus haut (p. 207, 226, 232, 23g) que la conjonction que pouvait être omise devant le subjonctif dans une proposition indépendante, devant une proposition complétive ou consécutive et dans quelques autres cas.
Emploi de Que. — La conjonction que est par excellence la conjonction usitée dans les langues romanes et en particulier en français. Son domaine s'est restreint dans la langue moderne; au moyen âge elle suffisait à elle seule — sans l'adjonction d'autres éléments — à désigner des rapports assez divers; elle pouvait même rem-
placer devant les propositions subordonnées la plupart des autres conjonctions.
Que peut avoir le sens de afin que.
Ex. : El camp este^, que ne seiom vencu. (Roi., io46.)
Restez sur le champ de bataille pour que nous ne soyons pas vaincus.
Que peut signifier si bien que, de sorte que ou pour que.
Ex. : Charles se dort qu'il ne s'esveilkt mie. (Roi., 72 4.) Charles dort si bien qu'il ne s'éveille pas. Corn fus si os que me saisis? (Ibid., 2293.) Comment as-tu été si osé pour me saisir?
Que peut encore signifier autant que, pour autant que, comme dans les expressions que je sache, que je puisse (= autant que je sache, autant que je puisse).
Que a souvent un sens explicatif et peut se traduire par car.
Ex. : Nicokte laisse ester, que c'est une caitive qui fu amenée d'estrange terre. (Aucassin, II, 27.) Laisse Nicolette, car c'est une pauvre fille qui fut amenée d'une terre étrangère.
Lorsque plusieurs propositions subordonnées, qui devraient commencer par que, se suivent, que peut n'être exprimé que devant la première : il en est de même de quant et de se (= si).
Ex. : Mandèrent que H emperere Alexis s'en ère fot% et si avaient relevé a empereor Vempereor Kyrsac
(Yillehardouin.) Ils mandèrent que l'empereur Alexis s'était enfui et
^w'ils avaient rétabli pour empereur Isaac. Se trestuit cil qui sont en paradis ierent présent et chascuns fust garnis. . .
Si tous ceux qui sont en paradis étaient présents et que chacun fût pourvu.
- Mais si l'ancien français avait la liberté de ne pas répéter la conjonction, il pouvait aussi, comme la langue moderne, remplacer par que la plupart des autres conjonctions, quand celles-ci auraient dû être répétées devant une ou plusieurs propositions subordonnées formant une même phrase. Cf. des exemples de cet emploi supra, aux propositions hypothétiques.
Pour les emplois et les sens de que dans les propositions comparatives, cf. supra, p. 238-289.
Puisque, conformément à son étymologie (post quod, ou mieux post quid, pour postquam) a le sens temporel (après que) aussi bien que le sens causal.
Ex. : Puisque il est sur son cheval montét. (RoL, 896.) Après qu'il est monté sur son cheval.
Puisque- 1 cornant, aler vos en estuet. (Roi., 3 18.) Puisque je le commande, il faut vous en aller.