Haase, S?nt. fr., § i3o
Cette couronne, au nom de Jésus, je te défends d'y
toucher.
Salvé% seie% de Mahom ! (Roi., 4i6.) Soyez sauvé, au nom de Mahomet !
De peut désigner l'instrument, le moyen, la manière et la matière : voici des exemples des deux premiers cas, les deux derniers étant conformes à la syntaxe moderne.
Ex. : Molt larges terres de vos avrai conquises.
{Roi, 2352.) J'aurai conquis par vous de bien grandes terres. De saint batesme Vont fait régénérer. {Alexis, 29.) Avec le saint baptême ils l'ont régénéré.
Pour le de partitif, cf. l'article partitif. C'est au de partitif que se rattachent des exemples comme le suivant : ave% veû de ces ribaus ? (— avez-vous vu ces ribauds ?) (Joinville, 237.) On trouve des tournures semblables avec veoir et ouir.
De signifiant au sujet de, touchant, concernant, s'emploie dans les mêmes cas que dans la langue moderne ; mais son emploi est bien plus étendu. Il est impossible d'énumérer toutes ces nuances de sens, qui varient suivant le contexte.
Il semble cependant qu'on puisse rattacher à ce sens l'emploi de de exclamatif.
Ex. : 0 chiers amis, de ta jovente bêle ! {Alexis, 476.) 0 cher ami, quel regret de ta belle jeunesse ! Fils Alexis, de ta dolente medre ! (Jbid., 3q6.) Fils Alexis, que ta mère est malheureuse ! Deus, que ferai ? Ijxsse, cheitive !
Del melhor chevalier qui vive, Del plus franc et del plus jantil !
(Chr. de Troyes, Erec, 43^7.)
256 SYHTAXE
Dieu, que ferai-je? Pauvre malheureuse! Le meilleur chevalier qui vive, le plus noble et le plus gentil !
De marquant l'éloignement et la séparation peut signifier, avec certains verbes, contre.
Ex. : Que nos aidiez de Rollant le baron, (Roi., 623.)
Que vous nous aidiez contre (à nous délivrer de)
Roland le baron.
Mais que de Sarrasins et paiiens nos guarde^.
(Pèlerinage, 2 2 4.) Pourvu que vous nous gardiez des Sarrasins et des païens, que vous nous protégiez contre eux.
De suivi d'une indication de temps s'emploie dans de nombreux cas où nous mettrions depuis. On disait : de tant (depuis tant de temps), de pièce, de grant pièce (depuis longtemps).
De suivi d'un adjectif neutre a servi à former des locutions adverbiales: de nouveau. Cet emploi était plus étendu dans l'ancienne langue que dans la moderne : de fi, de certain (= sûrement), del tôt (complètement); cf. les expressions analogues de rien, de neient (= en rien), etc.
EN
En provient du latin in, qui signifiait dans et sur : ces deux sens existaient dans l'ancienne langue, qui disait : se dresser en pie^, estre pendu en crois, estre assis en cheval (lat. in equo sedere), monter en cheval, etc.
Ex. : Ja mais en teste ne portera corone. (Roi., o3o.) Jamais sur la tête il ne portera la couronne. Sean^ en deus chaiéres, le% a le%.
(\ illehardouin, 216.) Assis sur deux chaises, côte à côte.
En s'employait ordinairement devant un nom de ville : en Londres, en Rome la citét, en Saragoce, etc. Cet emploi a persisté jusqu'au xvne siècle : en Jérusalem, en Damas, en Florence, surtout devant des noms de ville commençant par une voyelle : en Alger, en Avignon1.
Pour l'emploi de en devant un infinitif et un gérondif, cf. p. 217.
De en il faut rapprocher la double préposition ew{ en < intus in, qui disparaît d'ailleurs dès le xne-xme siècle.
On sait que en le a donné el, plus tard ou, et que en les est devenu es. Cette dernière forme a survécu jusqu'au xYie siècle; es était encore vivant au xvne2.
Ex. : 77 tombe es mains d'un autre ennemi.
(Malherbe, II, 11.)
Votre trône, 0 grand Dieu, est établi es siècles des siècles. (Bossuet, Serm. pour la Circoncision*.)