PAR
Par signifie primitivement a travers, qu'il s'agisse du temps ou de l'espace. Voici quelques exemples du premier emploi dans l'ancienne langue.
Ex. : Par deus an^ Va il ja eii.
(Chr. de Troyes, Erec, 5 9 5.) Il l'a eu pendant deux ans.
t. Haase, Synt.fr., § 126, 2°, C.
■2. Il s'est figé aujourd'hui dans quelques expressions comme : bachelier es lettres, docteur es sciences, etc.
Es étant un pluriel, les personnes qui, par manie d'archaïsme, l'emploient devant un nom au singulier commettent une erreur : des formes comme docteur es droit, es médecine n'ont jamais existé ; docteur es droits (droit civil, droit canon) au contraire est correct.
3. Haase, Synt. fr., § 126, 20, A. On trouve aussi, au xvne siècle, èsquelles = en, dans lesquelles.
Angla.de. — Grammaire élémentaire de l'ancien français. 17
Ensi dura cil asal^ bien par cinq jors.
(Yîllehardouin, 85.) Ainsi dura cet assaut pendant cinq jours.
Par peut marquer le moment, l'époque.
Ex. : Li emperedre est par matin levez- (Roi., i63.) L'empereur est levé de bon matin.
Par signifie, comme aujourd'hui d'ailleurs, au nom de.
Ex. : Par mon chief, ço dist Charles, orendreit le' m dire%.
(Pèlerinage, lii.) Par ma tête, dit Charles, vous me le direz tout de suite.
Par peut avoir le sens distributif.
Ex. : Par un et un i at pris les barons. (Roi., 2190.) Un par un il a pris les barons.
Il peut se traduire souvent par avec, surtout devant des noms abstraits.
Ex. : Serai ses hom par amor et par feid. (Roi., 86.) Je serai son vassal, avec amour et fidélité. Puis si chevalchent, Deus, par si grant fiertét !
(Roi., n83.) Puis ils chevauchent, Dieu, avec quelle fierté! Plorent... por lor paren^ par cuer et par amor.
(Roi, 1M7) Ils pleurent pour leurs parents avec cœur et amour.
Par pouvait être précédé de la préposition de, marquant le point de départ, l'origine ; d'où la préposition composée de par, confondue dans l'orthographe avec de part, qui viendrait de de parte. En réalité il faut écrire de par.
Ex. : Vos lui dites de par moi.
(Chr. de Troyes, Chevalier au Lyon, £286.) Dites-lui de ma part, en mon nom.
De par le roi. (Raoul de Cambrai, 167.) Au nom du roi.
Par suivi d'un nom ou d'un adjectif servait à former quelques locutions usuelles, dont voici les principales :
par nom de (= au risque de).
Ex. : Par nom d'ocidre j'enveierai le mien. (Roi., 43.) Au risque de le perdre, j'y enverrai mon fils. Par som = au sommet de, au-dessus de.
Par som les puis. (Roi., 71 4-) Au sommet des puys.
Josque par som le ventre. (Roi., 3922.) Jusqu'au-dessus du ventre.
C'est à des formations de ce genre que se rattache la préposition par mi, plus tard parmi.
Quant à par servant à former un superlatif, en particulier avec les verbes être et avoir, il se rattache aux adverbes; cf. supra, p. i48.
Par peut s'employer devant un infinitif. Cf. encore aujourd'hui: il finit par dire, il commença par protester ; ce n'est d'ailleurs qu'avec ces deux verbes que par est encore employé devant l'infinitif.