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POUR

Pour peut signifier à cause de, pris en mauvaise part, c'est-à-dire en somme malgré.

Ex. : N'en descendrat por malveises noveles. (Roi., 810.) Il ne descendra pas, si mauvaises que soient les nouvelles.

Por est surtout employé avec ce sens devant un infinitif.

Ex. : Ja por morir le champ ne guerpiront. (Roi., 1909.) Jamais, dussent-ils y mourir, ils n'abandonneront

le champ de bataille.

Ne vos faudrons por estre desmembrê.

(Aimeri de Narbonne, 856.) Nous ne vous faillirons pas, dussions-nous être

démembrés.

N'alast avant por les membres trenchier.

{Cour, de Louis.) Il ne serait pas allé en avant, même si on lui avait tranché les membres.

Au sujet de pour employé dans des propositions concessives, cf. supra, p. 2^1.

Pour marquant la cause, le but, a servi à former les locutions conjonctives : por 0 que, por so que, plus tard pource que, remplacé définitivement au xvne siècle par la conjonction parce que.

Por poi, por poi que peuvent se traduire par : il s'en faut de peu que.

Ex. : Por poi d'ire ne fent. (Roi., 3o4.)

Il s'en faut de peu qu'il ne crève de colère. Por poi que nest desvé~. (Roi., 2789.) Peu s'en faut qu'il ne devienne fou.

L'ordre des mots était beaucoup plus libre dans l'ancienne langue que dans la langue moderne. L'existence des cas favorisait les inversions, comme on peut le voir par le début de la Cantilène de Sainte Eulalie.

Buona pulcela fut Eulalia;

Bels avret cors, belle^pur anima;

Voldrent la veintre li Deo inimi.

Bonne jeune fille fut Eulalie — Beau elle eut le

corps, plus belle l'âme — Voulurent la vaincre

les Dieu-ennemis.

La liberté dans l'ordre des mots n'est pas d'ailleurs le pur arbitraire : souvent l'ordre pathétique l'emporte sur l'ordre dit logique, comme il arrive dans les langues qui n'ont pas encore fixé par des règles trop rigoureuses l'ordre de leurs éléments. Nous ne pouvons donner ici que quelques indications sommaires, le sujet étant trop vaste et les « règles » n'étant pas nettement établies.

Plus que dans la syntaxe proprement dite il y a dans ce domaine des usages, tendances ou habitudes plutôt que des règles.

Place des substantifs sujets et compléments. — Grâce à la distinction du cas-sujet et du cas-régime, il n'est pas rare de rencontrer le régime direct avant le verbe et le sujet après, ou bien le régime en même temps que le sujet devant le verbe, ou d'autres combinaisons.

Le régime indirect pouvait aussi précéder le sujet et le verbe, et ce sans préposition, comme on l'a vu plus haut; cf. p. 169. Voici quelques exemples de ces combinaisons, mais elles sont beaucoup plus nombreuses.

Ex. : Hait sont li put et molt hait sont li arbre.

(Roi., 2271.) Les puys sont hauts et très hauts sont les arbres. Ço sent Rollan^ la veiie at perdue... Croist li aciers... et dist li quens. (Roi., 2297.) Boland sent que la mort le presse ; . . . l'acier grince. . . le comte dit.

Rollant saisit et son cors et ses armes. (Roi., 2280.) Il saisit Roland (cas- régime) et son corps et ses

armes.

L'aJlre meitiet avrat Rollan% sis niés. (Roi., 4y3.) L'autre moitié, Roland, son neveu, l'aura. Vanmc del Comte portent en Paradis. (Roi., 23q6.) Ils portent en Paradis l'âme du comte.

Karles se dort corn home travail l et, Saint Gabriel li at De a s enveiét, L'empereor li comandet a garder. (Roi., 2025.) Gharlemagne dort comme un homme fatigué ; Dieu

lui a envoyé Saint Gabriel ; il lui commande de

veiller sur l'empereur.

Ne hoir enfant retolir le sien fié. (Cour, de Louis.) Ne pas enlever son fief à un enfant orphelin.

Sujet après le verbe. — Dans les propositions optatives le sujet suit ordinairement le verbe.

Ex. : Dehait ait li plus len~! (Roi, 1938.) Malheur au plus lent !

Cf. encore, dans la langue moderne : Fasse le ciel ! Puissé-je ! Puisse-t-il ! Périssent les colonies !

Même en dehors de ce cas, le sujet se place après le verbe bien plus souvent que dans la langue moderne, non seulement dans les propositions principales, mais aussi dans les subordonnées.

Cette inversion, dans les propositions principales, a lieu quand la proposition commence par des adverbes de lieu, de temps, de manière ou par un complément. La langue moderne a gardé des restes assez nombreux de cet usage.

Ex. : Devant cheval chet uns Sarrasins. (Roi., 1^70.) Devant chevauche un Sarrasin.

Les dis mule^fait Charles establer. (Roi., i58.) Charles fait remiser les dix mulets.

Parmi la boche en sait fors li clers sancs.

(Roi, 1763.) Parmi la bouche en jaillit le sang clair. Ne placet Deu....

Que ja por mei perdet sa valor France. (Roi., 1090.) A Dieu ne plaise... que jamais pour moi la France perde sa valeur.

L'inversion est à peu près de règle jusqu'au xive siècle; à cette époque les infractions à la règle se multiplient1.

L'inversion du sujet se faisait fréquemment quand le verbe signifiait dire, parler, ou voir, ouir.

Ex. : Dist Oliviers. (Roi., 1080.)

Respont H cnfes. (Cour, de Louis, 21 4-) L'enfant répond.

Dans les incises l'inversion est de règle, comme aujourd'hui (fait il, dist il, respont il, etc.)

Place du complément déterminatif. — En général quand le substantif complément déterminatif n'est pas relié au substantif déterminant par la préposition de, il suit le déterminant : la mort Roland, Vespée Charlon, Vonor mon père.

Quand le complément déterminatif est uni à son substantif par la préposition de, il peut le suivre immédiatement, mais il arrive souvent qu'il le précède.

Ex. : De mon espede encui savras le non. (Roi., 1901.) Tu sauras aujourd'hui le nom de mon épée. De nos ost âges fer at trenchier les testes. (Roi., 57.) Il fera trancher les têtes de nos otages.

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