‹ Grammaire élémentaire de l'ancien françaisChapitre 11 sur 121 · VOCALISME VOYELLES TONIQUES OU ACCENTUÉES · texte numérisé non relu

VOCALISME VOYELLES TONIQUES OU ACCENTUÉES

Le changement des voyelles dépend principalement de l'accent. Les voyelles toniques se sont ordinairement diphtonguées en passant du latin au français, les autres non, sauf dans des cas d'analogie.

Deux consonnes exercent une grande influence sur les voyelles avec lesquelles elles sont en contact : n et surtout i consonne ou y (appelé yod).

Les règles phonétiques ou plutôt les lois sont rigoureuses ; les nombreuses exceptions apparentes s'expliquent par des faits d'analogie, d'emprunts à d'autres langues, etc.

On appelle mots savants ou mots d'emprunt les mots empruntés plus ou moins directement au latin ou au grec (et aussi aux langues modernes) ; ils ont été francisés sans se soumettre aux lois régulières de la phonétique : ainsi monasterium donne la forme populaire mousîier et la forme savante monastère ; on appelle ces doubles formes doublets.

A tonique libre devient e (pour le son de cet e, cf. infra, prononciation).

Ex. : clanim > cler ; cantare > chanter; mare > mer ; parem > per; alam > ele ; fabam > fève; amatam > amée, etc.

Clair, pair, aile sont des formes refaites à la Renaissance; a a été rétabli d'après le latin (clarum, parem, alam).

Quand a tonique est suivi de m, n, il se dégage un i provenant de ces consonnes; le résultat est la diphtongue nasalisée ain (âin), prononcée depuis le xne siècle ein (èiri) avec e ouvert).

Ex. : amo > j'aim ; clamo > je claim ; famem > faim ; manum > main ; pancm > pain ; granum > grain ; planitm > plain :

plangere > plaindre \frangere > a. fr. fraindre, etc.

Le suffixe -âlem a donné -el, comme le montrent les formes mortalem > mortel; *missalem > missel; cf. encore talem > tel ; qualem > quel ; mais on trouve de nombreuses formes en al (égal, royal, loyal, etc.), qui n'appartiennent pas sans doute à l'ancien fonds de la langue. On trouve mel (mal uni) à côté de mal ; animal est emprunté au latin.

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Beaucoup de mots savants ou de mots d'emprunt ont gardé Va : étable, fable, tabh\ adjectifs en -able : aimable, coupable, etc.; état, pape, candélabre, etc.

Le suffixe -âriutn donne -ter : primarium > premier ; * caballarium > chevalier; *prunarium > prunier ; *pomarium > pommier, etc.

Le suffixe -ânum devient -ien quand il est précédé de / ou d'une consonne palatale (c, g).

Ex. : christi-anum > chresti-ien, chrétien ; médi-anum > moyen ; decanum > dei-ien, doyen ; paganum > pai-ien, païen.

De même c devant a tonique libre le diphtongue en té.

Ex. : canem > chien ;

*capam > chief, chef; carum > chier, cher ; capram > chièvre -.

D'une manière générale quand a, tonique libre à l'intérieur d'un mot, est précédé soit immédiatement, soit dans la syllabe placée devant lui, d'un i ou d'un /*, c, g, il se diphtongue en /eycela se produit surtout aux infinitifs de la ire conjugaison. Cette diphtongue ie s'est réduite à e (V) pendant la période du moyen français (xive—xve siècles); elle a persisté dans quelques mots comme amitié, moitié, pitié.

Ex. : *vervicarhim > bergier, berger; *leviarium> légier, léger; *abbreviare > abrégier; judicare > jugier ; bapti^are > batisier; vindicare > vengier; clericatum > clergiet; delicatum > delgiet (fr. mod. délicat); peccatum

i. Tabula a donné en a. fr. taule (dialectal ?), auj. tôle. 2 . Beaucoup de mots français commencent par ca : ce sont des mots d'emprunt : cf. infra, au consonantisme, traitement de c initial.

i4 PHONÉTIQUE

> pechiet ; dignitatem > deintiet (dignité) ; pietaîem > pitiet ; peccare > pechier ; *circare > cerchier (chercher) ; predicare > prechier; vocare > vochier (appeler), etc.

Enfin lorsque a tonique et libre précédé d'une palatale se trouve suivi de c, il devient i (ou y) par la réduction d'une triphtongue hypothétique iei (te représentant a diphtongue et i provenant de c).

Ex. : jacet > *gieist > gist, gît; CUpiacum > *Clichiei > Clichy; ainsi s'expliquent les nombreuses formes en y ou /des noms de lieux : Chauny, Choisy (Cauciacuni)* Joigny (Ganniacum), Juvigny (Juviniacum), etc.

A peut être en contact avec u, par suite de la chute d'une consonne intermédiaire ; le groupe au ainsi produit devient ou (à l'origine ou, diphtongue).

Ex. : fagum,fa(g)um > fou (hêtre ; cf. fouine) ; clavum >clou; Andega(v)um > Anjou, Picta(v)um > Poitou; habuit, a(b)uit > ôut (il eut) ; sapuit, sa(p)uit > sôut (il sut).

De même a peut être en contact avec le groupe ui, par suite de la chute d'une consonne intermédiaire ; cela arrive à la ire personne du prétérit de certains verbes (cf. la conjugaison). On a dans ce cas la diphtongue ôi.

Ex. : ha(b)ui > ôi (j'eus); sa(p)ui > soi (je sus); pla(c)ui > plôi (je plus), etc.

A tonique entravé se maintient.

Ex. : arborent > arbre ; marmor > marbre ; partent > part ; cârcerem > chartre ; cantal > chante.

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